Le développement de l’Afrique, un enjeu électoral pour la génération Y

Victoria, 25 ans, jeune Ambassadrice de l'ONG de lutte contre l'extrême pauvreté ONE, explique pourquoi l'Afrique et son développement sont si important pour les jeunes en France, alors qu'à ce jour, seuls 4 candidats à l'élection présidentielle ont présenté un plan pour l'Afrique.

Un français sur quatre est bénévole dans une association. Moi, j’ai fait le choix de m’engager dans une ONG de solidarité internationale. J’ai rejoint ONE il y a deux ans car je suis convaincue qu’on peut mettre fin à l’extrême pauvreté d’ici à 2030. D’ailleurs, entre 1990 et 2013, la part de la population mondiale vivant sous le seuil de l’extrême pauvreté a été réduite de près de 60%.

L’Afrique me passionne depuis de nombreuses années et je me suis vite rendue compte qu’elle possédait un potentiel de développement énorme. Malgré les images de guerre, de maladie et de pauvreté qui y sont généralement associées, l’Afrique est un continent d’avenir. Aujourd’hui, plus de 47% des Africains ont moins de 18 ans et d’ici 2050, la population de ce continent aura doublé. En plus de son potentiel démographique, l’Afrique compte également d’innombrables ressources naturelles : 30% des réserves mondiales de minéraux, 10% du pétrole, 8% du gaz, la deuxième plus grande forêt tropicale, et bien d’autres. Mais paradoxalement, l’Afrique est aussi le continent qui souffre le plus de l’extrême pauvreté : 38% des personnes extrêmement pauvres vivent sur ce continent. Prenez les cas du Niger par exemple. Dans ce pays, le taux de fécondité est de sept enfants par femme. Tous les ans, se sont environ 243 000 jeunes qui arrivent sur le marché du travail dans les villes, alors que les emplois industriels dans le secteur manufacturier (si on exclut le secteur minier et pétrolier) ne représentent que 4 000 postes. Quelles perspectives d’avenir ont-ils alors? Il devient urgent que les Etats africains, leurs bailleurs et les pays donateurs investissent massivement dans des politiques de développement favorisant l’accès à l’éducation, à l’emploi et l’émancipation des jeunes. Si des mesures sont prises dès maintenant, les pays africains pourraient bénéficier d’un dividende démographique et devenir des partenaires économiques stratégiques, offrant de nouvelles opportunités commerciales aux pays développés.

A chaque sommet international, les chefs d’Etats rappellent qu’ils veulent augmenter l’aide publique au développement à hauteur de 0,7% du revenu national brut. Le Royaume Uni, le Danemark, le Luxembourg, la Norvège, la Suède, les Pays-Bas, la Suède et maintenant l’Allemagne y sont parvenus, alors pourquoi pas la France ? Face à l’immobilisme politique, il est de notre devoir, en tant que citoyens, de rappeler à nos dirigeants qu’ils doivent respecter leurs engagements. Dans le cadre de l’élection présidentielle, la voix des jeunes compte particulièrement et nous devons la faire entendre pour faire bouger les choses. Il y a quelques mois, ONE a lancé la campagne « Cap ou pas cap » pour interpeller les candidats. Notre objectif est de les pousser à s’engager publiquement à nous présenter un plan pour l’Afrique, répondant à quatre exigences : augmenter le financement de l’aide publique au développement pour atteindre ces 0,7% d’ici à 2022, aider en priorité les femmes et les filles des pays les plus pauvres et les plus fragiles, prendre des mesures concrètes pour lutter contre l’évasion fiscale et la corruption, et affirmer le leadership de la France sur ces questions lors des sommets internationaux. Notre travail auprès des équipes de campagne, notre mobilisation sur les réseaux sociaux et nos interventions dans les médias ont fini par faire réagir les candidats. A ce jour, Benoit Hamon, Nicolas Dupont-Aignan, Jean-Luc Mélenchon et Jacques Cheminade ont présenté leur plan pour l’Afrique et ont été déclarés « Cap » par ONE. Benoit Hamon, Jean-Luc Mélenchon et Jacques Cheminade se sont d’ailleurs explicitement engagés à atteindre les 0,7% au plus tard d’ici à 2022.

Même si une partie de la population continue de penser qu’il faudrait mieux s’occuper de la pauvreté en France plutôt que de l’Afrique, 70% des Français soutiennent l’aide aux pays en développement. Pour beaucoup de jeunes de la génération Y, nés, comme moi, à l’ère de la mondialisation, c’est même un enjeu électoral. Nous vivons dans une société de consommation et nous importons nos produits du monde entier. L’Afrique est le premier producteur de matières premières, parmi lesquelles le pétrole et le coltan, présents dans de nombreux produits que nous utilisons quotidiennement. Nous profitons des progrès technologiques dans les domaines du transport, de la santé, de l’information, de la communication etc. Nous vivons dans un monde de plus en plus connecté et transnational mais nous voudrions que les problèmes des autres s’arrêtent à nos frontières ?! Dois-je rappeler que si la France fait aujourd’hui partie de pays développés, c’est parce qu’elle a exploité pendant des décennies les ressources de ses anciennes colonies. Personnellement, je considère que nous avons un devoir de redevance envers ces pays et que l’on ne peut pas se contenter d’apporter une réponse sécuritaire aux problématiques migratoires, de banditisme et de terrorisme que nous partageons actuellement avec les pays d’Afrique.

L’état de famine a été décrété au Soudan du Sud et menace également le Nigéria et la Somalie. Au total, l’ONU estime que plus de 100 millions de personnes sont confrontées à une insécurité alimentaire grave. Les populations qui fuient leur pays ne le font pas pour trouver un eldorado européen mais pour échapper à des conflits et à la mort. Ceci devrait nous faire prendre conscience que les questions sécuritaires auxquels l’Europe fait face sont à l’origine liées à des problématiques de développement. C’est la raison pour laquelle l’aide publique au développement doit rester un instrument de lutte contre l’extrême pauvreté. Elle est le premier outil dont la France dispose pour aider les pays pauvres et les pays fragiles, qui n’ont que très peu accès à d’autres financements extérieurs. En tant que composante de notre politique de développement, l’aide publique au développement ne doit pas être détournée à d’autres fins politiques. C’est pourtant ce que tente de faire Marine Le Pen, qui veut conditionnaliser l’aide et y inclure les dépenses d’assistance sécuritaire et militaire. Elle préfère d’ailleurs utiliser le mot de « coopération » lorsqu’elle s’engage en faveur du chiffre symbolique des 0,7%. Quant à Emmanuel Macron, malgré plusieurs rencontres avec son équipe de campagne et un engagement tacite de sa part, il ne nous a toujours pas présenté son plan et sa position sur la conditionnalité de l’aide publique au développement reste ambivalente.

 

A une semaine du premier tour, la génération Y aimerait que les candidats qui ne l’ont pas encore fait nous expliquent comment ils comptent relever le défi du développement de l’Afrique et qu’ils précisent clairement leur position sur l’aide publique au développement. Et surtout, nous espérons que notre futur président prendra des engagements fermes en faveur d’une aide au développement efficace, en accord avec nos valeurs républicaines. 

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