Le monde d'après vu par les jeunes Ambassadeurs et Ambassadrices de ONE

Ninon, Priscille, Mathias, Mario et Louise font partie des Jeunes Ambassadeurs et Ambassadrices de ONE. Agés de 18 à 26 ans, ils et elles nous présentent dans cette tribune leur vision d’un monde d’après, régi par une jeunesse engagée, où solidarité internationale est le mot d’ordre de cette future ère post-pandémie.

Le monde d'après : quand une idée devient une priorité politique, alors tout devient possible.

Notre génération vit actuellement une césure inédite de son quotidien. Si la communauté internationale fait face depuis un certain temps à des défis à l’échelle globale comme la crise financière de 2008/2009 ou les crises environnementales, telles que le changement climatique ou la perte de biodiversité, aucune de ces crises n’avait marqué un coup d’arrêt aussi brutal à notre train de vie. C’est dans cette situation inédite et face à l’ampleur des dégâts que se pose la question du monde d’après : Comment éviter qu’une telle situation se reproduise ? Comment la communauté internationale peut-elle mieux se préparer et réagir à une telle crise ? Quel est le monde d’après que nous souhaitons voir émerger ?

 Construire un monde d’après basé sur la solidarité internationale

En tant que jeunes Ambassadeurs et Ambassadrices de ONE, nous appelons à une remise en question plus générale du monde dans lequel nous vieillirons. Nous avons grandi bercés par des actualités alarmantes : de l’accélération du changement climatique à l’accroissement des inégalités, en passant par la montée des populismes. Ce monde restait encadré par des règles anciennes, qui n’étaient pas à même de réguler une économie mondialisée et de plus en plus digitalisée. Elles ne répondaient plus aux défis auxquels l’humanité est aujourd’hui confrontée : par exemple, alors que la date du Jour du dépassement arrive chaque année de plus en plus tôt, il semble évident que la croissance économique ne peut plus constituer à elle seule l’indicateur de référence.

Alors que la catastrophe sanitaire actuelle nous affecte toutes et tous, nous devons être capables de saisir cette occasion pour changer de paradigme, au niveau tant individuel que collectif. Le COVID-19 nous rappelle que la société dans laquelle nous vivions encore il y a quelques semaines reposait avant tout sur des constructions sociétales partagées. Qui aurait imaginé, il y a deux mois, que des centaines de milliards de dollars pouvaient être injectés dans l’économie mondiale, que la pollution de l’air mondiale pouvait chuter aussi brutalement, ou encore que le trafic aérien serait réduit de plus de 90% ? Bien sûr, ces exemples se réfèrent à la période extrême que nous vivons actuellement, et qui ne constitue qu’une parenthèse. Cependant, ils témoignent bien d’une chose : quand une idée devient une priorité politique, alors tout devient possible.

Demain, la vie reprendra. Peut-être avec de nouvelles règles de distanciation sociale, peut être avec de réelles séquelles liées à la période de crise que nous aurons tous traversée à notre manière. Mais nous espérons que ce n’est pas la vie d’avant qui reprendra. Au contraire, nous espérons que cette crise nous aura permis de constater :

Que le changement climatique et d’autres crises écologiques sont déjà bien à l’oeuvre. Si le COVID-19 a pu émerger tel qu’il l’a fait, puis se transmettre à l’être humain, c’est bien en raison de la destruction de la biodiversité organisée méthodiquement par l’Homme sur sa planète depuis des décennies.

Que face aux forces de la nature, nous sommes toutes et tous vulnérables : riche, pauvre, femme ou homme. Mais que les plus fragiles, tels que les réfugiés ou les sans-abris, restent bien souvent les plus affectés par les crises parce qu’ils ne disposent pas d’un accès aux soins dont ils ont besoin, ou parce qu’ils n’ont pas les ressources pour faire face à une perte de revenus à court-moyen terme. Ce constat appelle à une réduction des inégalités sociales et des inégalités de genre, qui persistent et même s’accroissent dans de nombreuses régions du monde, et à tout faire pour que le vaccin du COVID-19, entre autres, soit développé comme un bien public mondial accessible à tous et toutes. 

Que nous avons besoin de biens et de services publics fonctionnels, qui constituent la richesse de tous. La situation actuelle nous rappelle l’importance de nos services publics, et en premier lieu de l’hôpital et de la santé publique, deux secteurs qui subissent d’importantes coupes budgétaires dans de nombreux pays depuis des années. Nous avons tous été inquiets d’entendre parler de “service de réanimation saturés”, de “risque de pénurie de médicaments”. Nous refusons de revivre ce type d’angoisse, et appelons donc au financement des biens et services publics, tant en France, qu’à l’échelle internationale, grâce aux systèmes de solidarité. 

Dans une société basée sur la solidarité, tout le monde doit contribuer financièrement au bien-être collectif. Cela veut dire que nous ne laissons plus certaines multinationales élaborer des systèmes opaques qui leur permettent de payer moins d’impôts et de maximiser leurs profits et que nous mettons un terme à la corruption et l’évasion fiscale. Cela veut aussi dire que nous taxons les acteurs financiers et leurs transactions pour abreuver nos budgets de lutte contre la pauvreté et les inégalités dans le monde. 

Nous, jeunes Ambassadeurs et Ambassadrices de ONE, faisons partie de la génération qui s'engage pour un monde meilleur. Ces dernières semaines, nous avons pu prendre du recul et contempler les débris de ce monde dépassé depuis nos fenêtres. En applaudissant nos soignants et les autres héros de première ligne, nous avons alors pris la résolution suivante : nous refusons de vivre dans un monde marqué par les pandémies, la peur et le repli sur soi. Nous refusons de revenir au monde d’avant qui idolâtre la croissance, l’efficacité et la compétition et prône des impératifs politiques et économiques “sans alternative”. Nous savons qu’un autre monde, solidaire, fait de compassion, d'humanité et d'espoir, est possible. Nous nous battrons pour que ce soit le monde de demain.

“Ne doutez jamais qu'un petit groupe de citoyens réfléchis et engagés peut changer le monde ; en fait, c'est toujours ainsi que le monde a changé.” - Margaret Mead

 

Ninon Beillard, Priscille Bouabré, Mathias Charles, Mario Jendrossek, Louise Thomas Leibengut

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.