«Pour des millions de filles dans le monde, l’éducation doit devenir un futur proche»

A deux jours de la reconstitution du Partenariat mondial pour l’éducation, organisée par Emmanuel Macron et Macky Sall à Dakar, Pierre, Nana et Wadi, un jeune français, une jeune malienne et une jeune nigériane, unissent leurs voix pour rappeler aux chefs d’Etats qui se rendront au Sénégal que 130 millions de filles dans le monde sont encore aujourd’hui privées d'éducation.

Quand nous pensons à l’éducation, il vient à chacun de nous des images, des souvenirs, des impressions. Certains verront une salle de classe avec un tableau noir, un professeur particulièrement inspirant. Certains se rappelleront du calvaire que représentaient ces tables de multiplication à apprendre par cœur, ou de la fierté de n’avoir fait aucune faute lors d’une dictée importante. D’autres se souviendront de la joie quand leur professeur d’histoire-géo arrivait en classe en poussant une vieille télévision et un magnétoscope sur une table à roulette, d’une classe surpeuplée où les élèves n’en faisaient qu’à leur tête, de leurs jeux préférés dans la cour de récréation. D’autres encore se rappelleront des sacrifices que leurs familles ont faits pour leur permettre de continuer à étudier. Nos expériences sont très différentes, et pourtant similaires dans leur finalité : Grâce à l’éducation nous avons eu la chance de recevoir, nous avons engrangé des savoirs, des compétences et des manières de penser qui ont fait de nous ce que nous sommes aujourd'hui, et nous pouvons lire et écrire ces lignes.

Nous sommes trois jeunes, deux filles et un garçon. Nous nous prénommons Nana, Wadi et Pierre. Nous sommes originaires du Mali, du Nigéria et de France. Nous avons 30, 20 et 21 ans, et nous sommes, chacun à notre manière, dans nos pays respectifs, des militants pour un monde plus juste. Aujourd’hui, nous faisons partie d’une délégation de jeunes qui se rend à Dakar, au Sénégal, pour participer à la conférence du Partenariat mondial pour l’éducation, coparrainée par la France et le Sénégal, pour y faire entendre la voix de notre génération et de celles à venir. La jeunesse n'est pas seulement la génération du futur, elle est aussi actrice de changement aujourd'hui.

Nous pourrions vous parler en détails de ce que nous faisons dans la vie, de ce que nous étudions, des associations dont nous faisons partie ou que nous avons créées, de ce qui occupe nos journées, nous motive à sortir de notre lit le matin ou nous tient éveillés la nuit.

Mais si nous écrivons ces lignes aujourd’hui, ce n’est pas pour parler de nous. Aujourd’hui, à quelques jours de cette conférence internationale où tous les pays concernés se rassemblent, et où les contributions financières de chaque pays donateur seront annoncées, nous voudrions vous parler des 130 millions de filles dans le monde qui ne vont pas à l’école.

Certaines d’entre elles n’y vont pas parce que la route qu’elles devraient parcourir pour rejoindre leur école est trop longue. Pour certaines d’entre elles, la route est trop dangereuse. Certaines d’entre elles n’ont pas les moyens d’acquérir un uniforme, ou les manuels scolaires indispensables pour suivre les cours. D’autres, encore, se retrouvent dans des classes dépourvues d’enseignants. Les raisons qui poussent les filles à quitter l’école ou à ne jamais y mettre les pieds sont innombrables, mais nous refusons de les considérer comme acceptables. Le statu quo n'est pas une option.

Pour ces millions de filles dans le monde, l’éducation n’est ni un souvenir, ni un présent. Mais grâce au Partenariat mondial pour l’éducation, elle pourrait être encore mieux qu’un espoir, un futur proche. C’est pourquoi il est essentiel que cette conférence soit une réussite et que l’éducation dans le monde reçoive les moyens financiers qu’elle mérite. Pour qu’elles aussi aient la chance de pouvoir lire, de pouvoir écrire leurs propres histoires, d’avoir de beaux souvenirs en tête lorsqu’on leur parle de l’école, de devenir celles qu’elles rêvent d’être. Cette année pourrait être celle du tournant vers une réelle mobilisation collective pour le droit à l'éducation.

 

Pierre Jothy, France

Nana Alassane Toure, Mali

Wadi Victoria Ben-Hirki, Nigeria

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.