On s’lève et on s’casse !

Alors cette Saint-Valentin ? Selon les sondages, un Français sur deux l’aurait fêté en 2021, 11% de moins qu’en 2020. Dans ton couple, lequel des deux ne l’a pas fêté ?

Incapable de te résoudre à Click & Collecter un menu spécial amoureux à 75 €, tu as acheté un pot de miel, puis, de ton Velux de confiné, avec elle tu as regardé la Lune et remis les mots dans l’ordre (y’en a qui suivent ?). Pas facile de conserver le goût de la bagatelle sous la menace de ce virus sud-africain qui n’écoute que du gangsta-rap toute la journée, hein ?

Avec le confinement comme unité de lieu, de temps et d’(in)action, oui, oui, trois fois oui, ta vie est une formidable dramaturgie dont tu es le héros. Pour un peu, Arte en ferait une série. Même en pyjama sur ton canapé élimé, tu restes ce héros qui porte haut « les valeurs » de la France en bon soldat aux ordres de ton grand chef à plumes !

En vrai, tu subis la litanie de ces jours de connerie pure et de privation des libertés les plus élémentaires qui te fait replonger au Moyen Âge tandis que le Monarque dont l’Eysée vient de te confier qu'ii a pris quelques kilos te distille ses conseils santé de son compte Insta !

Bien que « Roselyne je ne suis pas leur mère Bachelot » annonce aux artistes des « expérimentations de concerts-tests assis avec possibilité de se lever » (trop bien), bien que les soldes soient prolongées et que tout le monde s’en fout, bien que le PSG/Barca ait consacré l’envol de Bip-bip Mbappé vers la piste aux étoiles (?), bien que le robot Persévérance (Percy pour les intimes) soit bien arrivé sur la planète rouge, ton avenir « covid-free » reste bloqué en salle d’attente. « La situation reste si fragile qu'un rien peut la faire basculer », a déclaré le P’tit Gabi. Et si tu étais ce rien ?

Grand Seigneur, le gouvernement a décidé de te laisser galoper la bride sur le cou pendant la période vacancière…

Promis ! Pas de « Jean Père Fouettard Castex » ni de « Olivier Variant » surgissant de ta petite lucarne pour t’annoncer un nouveau tour de vis… Exit les sorties médiatiques anxiogènes de Delfraissy. Le Suzerain lui-même l’a placé sur liste rouge.

Et si tu prenais la route tel un Jack Kerouac des temps Covid ?

Direction la Champagne berrichonne et plus précisément la ville rieuse d’Issoudun dont le « Maire Courage » a ouvert le parc de sculptures d’un de ses musées où les enfants gambadent à nouveau avec leurs copines les statues. Pour refaire ton plein de culture, tu feras halte chez « Christian bon goût Estrosi » pour admirer sa kitchissime sculpture « Carnavalovirus, l'usurpateur », un OVNI carnavalesque et prétentieux qui clame Place Massena sa victoire contre le virus.

Pour satisfaire ton envie irrépressible de spaghettis au pesto, tu te fraieras un passage vers l’Italie par des sentiers montagneux. De l’autre côté des Alpes, tu marcheras longtemps dans cette lumière de la Toscane à nulle autre pareil. Pas après pas, tu oublieras les turpitudes funestes du Freluquet Poudré.

Bien loin de sa basse-cour aux remugles de pots de chambre, tu humeras à plein poumons le bon air de la Renaissance rêvant un monde où l’avenir s’écrira en commun.

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