160 listes aux municipales sont prêtes à monter dans le train de nuit

160 candidats aux élections municipales se sont engagés à appuyer la relance des trains de nuit, à la suite des 175 000 signataires de la pétition. La demande vient entre autres du Sud et des zones de montagne, qui sont plus particulièrement enclavés. Étonnamment, elle provient aussi de l’ensemble de l’Hexagone.

Le train de nuit est complémentaire du TGV

Si les trains de nuit intéressent toutes les régions, c’est parce qu’ils sont pertinents pour les liaisons transversales. Il existe actuellement une carence de mobilité pour relier les régions entre elles ! En effet le TGV mène surtout à Paris – un peu comme les routes mènent à Rome. A l’opposé le train de nuit est multidirectionnel. Le développer permettrait de connecter les régions entre elles. Et en attendant, pour la maire sortante de Lourdes, Josette Bourdeu, « le passage au tout TGV a été une catastrophe pour notre ville».

Car circonstances aggravantes, le TGV a tendance à bouder les villes moyennes. Pour rouler vite, ce n’est pas possible pour lui de s’arrêter dans chaque petite ville du parcours. De vastes territoires sont abandonnés, par exemple la « diagonale du vide » à l’intérieur de l’Hexagone. Le train de nuit permet de nombreux arrêts. Il est bien adapté pour irriguer les territoires en profondeur d’autant plus qu’il emprunte ces « petites lignes » que l’État hésite à continuer à financer. Relancer les trains de nuit aiderait d’ailleurs à faire pencher la balance pour régénérer les voies ferrées menacées.

Il existe encore un autre avantage. Plusieurs rapports officiels ont montré que le TGV est surtout adapté aux liaisons de 500 km et jusqu’à 750 km. Le train de nuit permet des voyages confortables de 8 à 10 heures – le temps d’une nuit -, qui nous emmènent deux fois plus loin, de 1000 à 1500km. C’est une mobilité idéale pour relier l’Europe. Déjà l’Autriche, la Suisse et la Suède se lancent dans l’aventure pour connecter l’Europe par le train de nuit. Il représente une mobilité d’avenir, car il est beaucoup moins énergivore et émetteur de pollution que l’avion ou la route.

Pendant 40 ans, l’investissement ferroviaire a été centré trop exclusivement sur le TGV. L’État n’a pas acheté un seul train de nuit neuf depuis 1980 ! C’est ce qui explique aujourd’hui l’obsolescence et le délabrement du service. Le collectif « Oui au train de nuit » a évalué le besoin à 1,5 milliards d’euros sur 10 ans pour créer 15 lignes nationales et 15 lignes intra-européennes. Alors, la mobilisation des territoires amènera-t-elle l’État à valider un investissement ambitieux et nécessaire pour relancer le service ?

Le train de nuit apparaît comme une alternative à l’avion

Ces dernières années, beaucoup d’élus des territoires excentrés ont promu l’avion pour désenclaver leur territoire, d'autant plus que les trains de type Intercités et trains de nuit ont manqué à l'appel. A l’heure de la transition écologique, un retournement de perspective aura-t-il lieu ? 24 candidats situés dans des agglomérations qui subventionnent l’activité aérienne se sont engagés à financer en priorité le train de nuit : « nous sommes prêts à accorder aux trains de nuit une subvention égale ou supérieure à celles des lignes aériennes ». Et pour 30 candidats : «l’arrivée de nouveaux trains de nuit permettra de réduire les subventions aux lignes aériennes ».

Par exemple, la liste Nantes Ensemble se dit « favorable au développement des trains de nuit et à la réduction du trafic aérien en France et dans le monde. » Pour Lille Verte « pour diviser par 2 nos émissions de gaz à effet de serre en 10 ans, le redéveloppement d’une offre train de nuit (type ÖBB) est indispensable. » Strasbourg en Commun fait savoir qu’en Grand Est « il y a trop d’aéroports et pas assez de trains de nuit, nous devons parvenir à inverser la tendance. » Strasbourg Écologie et Citoyenne propose le train de nuit pour « raccorder Strasbourg à presque toute l’Europe politique sans devoir recourir à l’aérien ». Pour sa part, Paris en Commun (Anne Hidalgo) propose « d’adopter un plan de relance du ferroviaire pour diminuer l’attractivité de l’automobile ou de l’avion sur longues distances. […] les lignes de trains de nuit ont et auront bien évidemment tout mon soutien ».

Même subventionnés, les billets d’avion pour les villes petites à moyennes restent onéreux, et ils sont utilisés surtout par les entreprises. La liste Cause Commune de Clermont Ferrand dénonce ainsi « les déplacements polluants et réservés à une élite sociale tel que l’avion. Le train de nuit doit redevenir la norme des déplacements longue distance. » Par ailleurs, il n’est pas possible pour les futurs élus de tout financer. Alors que choisir, avion ou train de nuit ? Pour la liste Carcassonne citoyenne, écologique et sociale « si nous devions faire un choix entre le soutien à l’aéroport et le soutien aux trains de nuit, il sera clair : priorité aux trains. » Poitiers Collectif va plus loin : « nous avons pris l’engagement d’arrêter de subventionner l’aéroport de Poitiers, petit aéroport structurellement déficitaire. Cette décision doit s’accompagner par un soutien affirmé aux alternatives existantes, et aux évolutions dans nos modes de voyage personnels et professionnels. Les trains de nuit sont une alternative responsable majeure ».

Quels sont les partis qui soutiennent les trains de nuit ?

Parmi les 160 candidats qui ont répondus, les plus représentés sont sans étiquettes (57). Vient ensuite EELV (35 candidats), France Insoumise (20 candidats), Génération.s et le PS (14 candidats chacun), les listes citoyennes (12 listes), le PCF (10 candidats), En Marche / Modem (5 candidats), Les Républicains (5 candidats), Rassemblement National (2 candidats).

Les candidats qui n’ont pas répondu peuvent encore le faire et les réponses des candidats ville par ville sont à découvrir sur https://ouiautraindenuit.wordpress.com/

 

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