De nouveaux trains de nuit entre Berlin et Vienne, Budapest et Cracovie

S’endormir le soir et se réveiller le matin à des centaines de kilomètres : c’est le principe du train de nuit. À Berlin comme ailleurs, ce mode de transport permettant de parcourir de longs trajets tout en respectant l’environnement avait tendance à reculer. Mais à l’occasion du changement d'horaires de décembre 2018, l’offre va, pour la première fois, s’étoffer à nouveau.

Trois nouvelles liaisons nocturnes permettront de rallier Vienne, Budapest, ainsi que le sud-est de la Pologne en passant par Cracovie. « Il y aura des nouvelles destinations », indique Kurt Bauer, directeur grandes lignes chez ÖBB, les chemins de fer autrichiens. Grâce à ces lignes de nuit, le maillage international de Berlin va nettement s’améliorer.

Alors bien sûr, prendre l’avion est souvent plus rapide et moins cher. Mais pour cela, il faut se lever très tôt si on veut arriver à destination dans la matinée. Faire la queue à l’aéroport n’est pas non plus du goût de tout le monde. Quel contraste avec la manière dont commence un voyage en voiture-lits ! On ferme la porte du compartiment, on débouche la bouteille de vin mise à notre disposition, puis c’est déjà l’heure de se coucher. Si, de surcroît, le conducteur du train et les agents d'escale manœuvrent en douceur, c’est même l’occasion d’une nuit réparatrice.

Bus et avions en concurrents des trains de nuit

Pendant des décennies, le train de nuit était, à Berlin comme ailleurs, le mode de transport privilégié pour rejoindre des destinations lointaines. Avant la Seconde Guerre mondiale, on pouvait, depuis les différentes gares de Berlin, rejoindre sans correspondance Cannes, Rome ou Naples. Et également Wiesbaden dans l’ouest de l’Allemagne, La Haye sur la côte hollandaise, Ostende sur la côte belge ou encore Paris. Jusque dans les années 90, on avait le choix entre un grand nombre de trains de nuit dotés de voitures-lits – le trajet le plus long permettait d’atteindre Novosibirsk en Russie, à plus de 5 600 kilomètres de Berlin.

Mais la Deutsche Bahn (DB) s’est progressivement retirée de ce marché. Hausse des redevances payées pour emprunter les voies, fiscalité désavantageant le transport ferroviaire, concurrence des vols low-cost et des autocars longue distance : autant de facteurs ayant contribué à cette évolution. La DB a supprimé les lignes les unes après les autres jusqu’à fin 2016, où elle supprima toutes les lignes restantes, même celles desservant Berlin. Mais l’histoire ne s’arrête pas là : ÖBB a repris l’exploitation du train de nuit de Berlin vers Fribourg-en-Brisgau, Bâle et Zurich. Ce train en places assises, voitures-couchettes et voitures-lits, est l’un des « Nightjets » de la compagnie autrichienne qui rencontre le plus de succès. Par ailleurs il reste encore les trains de nuit Paris-Berlin-Moscou exploités par la compagnie russe RŽD, sans oublier le train de nuit saisonnier pour Malmö. Aujourd’hui l’offre s’arrête là.

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 Places assises, voitures-lits et voitures-couchettes

Dès le changement d’horaires du 9 décembre 2018, la tendance va s’inverser. Le nombre de liaisons nocturnes va à nouveau augmenter. On savait déjà que ÖBB allait rétablir la ligne de nuit Berlin-Vienne. Mais c’est le tracé qui crée la surprise. Le train partira de Berlin à 18h40, passera la frontière polonaise à Francfort-sur-l’Oder avant de desservir Zielona Góra en Pologne, puis Wrocław vers 23 heures. Il atteindra Vienne le lendemain peu avant 7 heures.

Dans l’autre sens, le départ aura lieu à 22h10, avec une arrivée prévue à Berlin le lendemain matin à 9h15. Sur le tronçon Berlin-Wrocław, le Nightjet proposera donc une nouvelle desserte en début et en fin de journée, qui n’existait pas jusqu’à présent. « Entre Berlin et Vienne, nous ferons circuler une voiture à places assises, une voiture-couchettes et une voiture-lits », indique Kurt Bauer de ÖBB. Le matériel roulant pour le Nightjet 456/457 sera prélevé sur d’autres trains de nuit, ce qui montre l’importance que les Autrichiens attachent à ce train au départ et à destination de Berlin.

Or la composition de ce train de nuit, qui circulera quotidiennement, ne se limitera pas à trois voitures. « Afin d’assurer sa rentabilité, il emmènera d’autres voitures », explique Kurt Bauer. Il est notamment prévu qu’une partie de la rame soit constituée de voitures de l’opérateur grandes lignes polonais PKP Intercity – une information confirmée par une porte-parole de la DB. Il est apparemment question d’une voiture places assises, mais aussi, éventuellement, d’une voiture-lits. À Wrocław, ces voitures supplémentaires seront accrochées à un train qui desservira Cracovie avant de rejoindre Przemysl près de la frontière avec l’Ukraine.

Pour la première fois depuis des années, Berlin bénéficiera donc à nouveau d’une liaison ferroviaire directe avec la métropole polonaise de Cracovie, qui attire de plus en plus de touristes. Début 2009, en dépit d’une bonne fréquentation, les Polonais avaient supprimé le train de nuit « Stanisław Moniuszko », qui comportait des voitures directes Berlin-Cracovie. Et depuis 2012, il n’existait plus de liaison directe de jour non plus.

Une combinaison d’offres répondant à un grand nombre de demandes

Selon ÖBB, le train comportera encore un autre ensemble de voitures, qui, à Břeclav en République tchèque, seront attelées au train de nuit à destination de Budapest. Selon les premières informations disponibles, les chemins de fer hongrois MÁV prévoient eux aussi de faire circuler des voitures à places assises et au moins une voiture-lits. Ainsi, la liaison de nuit Berlin-Budapest sera elle aussi rétablie, après la suppression du « Metropol » qui avait relié les deux capitales jusqu’à fin 2017.

« Ce nouveau Nightjet combinera plusieurs offres répondant à un grand nombre de demandes », souligne Kurt Bauer. L’objectif, selon lui, est que cette nouvelle desserte amortisse elle aussi ses coûts d’exploitation et soit même rentable. Les Autrichiens veulent faire de leur Nightjet le numéro un européen du secteur des trains de nuit. Avec cette nouvelle liaison, ils font un pas de plus vers cet objectif.

 

Traduit de l’allemand avec l’aimable autorisation de l’Auteur. Article original :

Peter Neumann, Neue Verbindungen Nachtzug fährt bald von Berlin nach Wien, Budapest und Krakau, Berliner Zeitung, 9 juillet 2018 

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