Opération Correa

Ah… ça fait du bien de rire au cinéma, enfin ! Non, je ne suis pas allée voir Les Gorilles, Entre amis, ni Shaun le Mouton (même si j’en suis une grande fan) mais le dernier Pierre Carles, qui passait au cinéma d’art et d’essai de ma petit ville de province.

Bon, avant de nous diffuser Opération Correa : "les ânes ont soif", ils nous ont fait regarder un petit film d’horreur d’une trentaine de minutes, On a mal à la dette, sur les politiques d’austérité, les coupes budgétaires… Les images de discours politiques effrayants étaient heureusement entrecoupés d’interventions de penseurs, écrivains, économistes comme Susan George (fondatrice de l’ATTAC*), d’Aurélie Trouvé (coprésidente d’ATTAC France), Jean Gadrey, Bernard Friot, Patrick Saurin, Michel Husson… « Heureusement » j’écris, parce qu’ils nous invitent à distancier notre regard du harcèlement médiatico-politique et à penser la question de la dette autrement, et donc à avoir un peu moins peur et un peu plus d’espoir. Et si on faisait tout simplement un audit ? Parce qu’après tout, la démocratie, c’est le pouvoir du peuple ?

Question timide mais que l’on est en droit de se poser… Le savoir c’est le pouvoir dit on aussi et un peuple dans l’ignorance n’est donc pas en mesure de juger et d’agir. Alors, comme nous l’expliquent par la suite dans Opération Correa les grands noms du journalisme, des citoyens qui voudraient s’interroger sur la dette publique ce serait un peu comme si les Pokémons se mettaient à réfléchir sur l’enfer de la claustration dans une Pocket Ball… Comment penser la dette lorsqu’on nous explique qu’elle est une affaire de spécialistes ou qu’aucun audit officiel n’a été réalisé sur la dette (publique ?). Un audit, ça paraît simple mais confrontés aux ténèbres de la « science » économique bien plus difficile à réaliser. Ainsi, certains économistes se sont penchés sur les origines de la dette. Cette dette d’État, et donc des citoyens puisque l’État c’est le peuple, se serait donc construite en partie sur d’énormes cadeaux fiscaux aux chefs d’entreprises (et non pas à cause de Michel qui touche le RSA ou de Brigitte qui bosse à Super-U et touche les alloc’ pour ses trois mômes si vous en doutiez…). Exemple, je touche un bon salaire qui me permet de vivre aisément et même parfois de m’offrir des petits extras tels que des voyages avec mon amoureux à l’étranger, une voiture un peu bling bling, une super garde-robes et mamie m’offre un chèque de 150 euros pour mon anniversaire pensant que je vais le réinvestir dans un truc qu’elle a bien en tête et qu’elle me murmure à l’oreille en me tendant chèque et carte – « comme ça tu pourras payer des nouvelles chaussures de qualité » (entendez label français) jugeant du peu d’allure de mes Converses – sauf que des chaussures j’en ai déjà plein sinon trop et je peux m’en acheter autant que je veux, que vais-je faire des sous de mamie ? Je vais les mettre sur un compte épargne sauf que le mien est au Crédit Agricole et non pas chez HSBC. Le problème de mamie n’est pas le seul à être soulevé. On y évoque également le fait que les États ne puissent pas emprunter auprès de la BCE et bénéficier de taux d’intérêts bien moins importants que ceux que leurs proposent les banques privées. Ce qui pose la question : à qui profitent ces intérêts de la dette. Je ne vais pas refaire ici le synopsis de On a mal à la dette que je vous invite bien évidemment à regarder.

Le seul défaut de ce court métrage c’est que pour le coup, il est un peu (trop) court pour traiter d’un sujet aussi important et que l’on reste un peu sur sa fin… À la fin, j’avoue avoir été un peu hystérique « non mais y’a que ça ? On va pas en savoir plus ? Mais c’est pas vrai que j’ai payé pour voir que ça ? (logique capitaliste) ». Bon, encore heureusement, le court métrage n’était qu’une mise en bouche pour introduire l’excellent long métrage Opération Correa : les ânes ont soifs (épisode1).

Je ne vais pas vous en dire trop, c’est un documentaire participatif puisque la réalisation des prochainsrubon44 volets nécessite des dons (ou d’aller payer un petit billet de cinéma). Petit apéritif donc : dans ce film, Pierre Carles, réalisateur connu pour s’intéresser aux alter-penseurs, nous propose de déterrer des archives de la Sorbonne, du Monde Diplomatique, du Figaro et de TV5 Monde, la venue en France du président de gauche équatorien Rafael Correa passée quasi inaperçue des médias français. Des larmes au rire, des discours durs et alarmistes dans On a mal à la dette aux justifications pathétiques des journalistes français sur ce silence radio à mourir de rire dans Opération Correa, voilà un bel effet de contraste voltairien et de quoi convaincre l’auditoire ! Dommage qu’il n’est pas été entendu ce Correa puisqu’il nous expliquait de quelle manière il avait réduit le chômage (4,1%), relancé l’économie d’un pays de celui qu’on appelle désormais le « miracle équatorien ». On y retrouve l’interview de nombreux journalistes sur ce silence radio comme Christophe Barbier, Agnès Bonfillon, Yves Calvi, Frédéric Haziza, Christophe Hondelatte, Thomas Legrand, Ivan Levaï, Elisabeth Quin, Frédéric Taddeï et Alban Ventura, Patrick Bèle, Maurice Lemoine, Mylène Sauloy. Dernière petite impression et je vous laisse avec la bande annonce puis courir dans les salles, la liberté de la presse est vraiment à questionner en France, plus que jamais.

 

Opération Correa Episode 1 : Les ânes ont soif - Bande annonce [HD] © Autour du Monde Diplomatique

* ATTAC : Association pour la Taxation des Transactions financières et pour l’Action Citoyenne.

Site internet de Pierre Carles avec les infos sur le deuxième volet Le miracle équatorien ? : http://www.pierrecarles.org/

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