Les réformes de l'éducation nationale ou comment brasser de l'air pendant que les enseignants pataugent

Ce qu'il faut pour l'éducation de nos enfants, ce sont des réformes. Pas n'importe quelle réforme, de grands chantiers à ciel ouvert. Il faut plonger le scalpel dans la plaie purulente qu'est devenue l’École de la république.

Ce qu'il faut pour l'éducation de nos enfants, ce sont des réformes. Pas n'importe quelle réforme, de grands chantiers à ciel ouvert. Il faut plonger le scalpel dans la plaie purulente qu'est devenue l’École de la république.

Voilà l'idée fixe des gouvernements qui se succèdent. L'éducation clé de voûte d'une politique populaire, c'est la bête noire et le fétiche des ministres qui défilent sur le podium. Leur idée fixe : rentrer dans l'histoire, être les Jules Ferry de leur temps, des Habby du 21ème siècle.

Entre élitisme et égalitarisme, l'école est un malade chronique qui valse de service en service entre les mains de grands charcutiers et qui va finir à terme par succomber aux septicémies que les différentes interventions lui font subir.

L’École avec un grand E, celle de l'égalité des chances, celle de la place pour tous, celle des mille possibilités ! L'école est le terrain de jeu favori des apprentis sorciers bouffis d'ambition et aveugles à la réalité des choses.

Dans les faits, elle est le lieu de sélection, de classification, le lieu où l'on concasse déforme et transforme les individus. Elle est un lieu de concurrence, de violence psychologique. L'école, c'est un lieu cruel où l'individu, le cartable remplie de rêves et d'espoir apprend très vite que l'égalité des chances n'est pas la même pour tous. Que ces magnifiques discours dont on abreuve les parents, qui noient les enfants et désorientent les enseignants sont une illusion qui berce ceux qui n'en comprennent pas les codes.

L'égalité des chances, c'est avant tout la responsabilité individuelle. Celui qui échoue est responsable de son sort et ne peut s'en prendre qu'à lui même. Victime de la tragi-comédie de l'enfer dans lequel on l'a plongé sans que le choix ne lui en ait été laissé, il est submergé par les affres de la culpabilité et l'illusion de sa propre nullité.

S'il est vrai qu'un enfant élevé dans les beaux quartiers parisiens, issus d'une famille aisée, envoyé dans une école réputée a plus de chance de réussir, cela n'enlève pas pour autant de valeur à sa réussite. Certes non, mais les armes mises à sa disposition pour affronter la jungle scolaire sont d'une tout autre qualité, et il faut avouer que ce vocabulaire même, devenu monnaie courante a de quoi épouvanter.

Qu'en est-il alors de l'enfant pauvre, vivant dans des quartiers de bétons sales, fils de parents ouvriers dont le capital culturel ne leur permettent pas de l'aider au-delà de ses 10 ans et qui pourtant rêvent d'un parcours scolaire resplendissant pour leur enfant ?

A cela l'égalité des chances nous répond très simplement : chaque enfant se voit remettre à son entrée dans l'école de la République les clés de la réussite : compter, lire, écrire, savoir s'exprimer.

Et cette réussite ne dépend cependant pas de l'école elle-même, voilà tout. 

L'on est en droit de se dire : mais l'enseignant dans tout ça, n'est-il pas là pour aider le petit pauvre à acquérir ce que la vie ne lui a injustement pas offert avant son entrée dans le milieu scolaire ?

En effet, on peut supposer qu'une grande majorité de ces fonctionnaires d'état à la tâche plus que cruciale, utile ou nécessaire, sont entrés dans la fonction publique éducative afin d'apporter ce petit plus à ceux qui ont le moins. On peut croire que ces humanistes sont là dans une volonté d'égalité, la vraie, celle qui donne à tous les chances de devenir et d'être ce que leurs rêves les poussent à imaginer. Chaque enseignant a, au fond de lui, cette étincelle de bonté et de désir, qui le pousse à donner sans borne à ces êtres en formation.

 

Seulement voilà,

Comment sont considérés ces fonctionnaires qui ont la charge d'aiguiser les esprits et d'apporter du savoir ?

Il est nécessaire de souligner la probable réaction de chacun à la lecture du mot « fonctionnaire », comme moi avez-vous eu peut-être ce mouvement de dégoût, de dédain, cet élan de condescendance et de dérision lié intrinsèquement à ce mot ? Comme un arrière goût amer dont il est impossible de se défaire, même si intellectuellement vous savez ne pas être réel ?

Si c'est le cas, vous comprendrez qu'un premier problème se pose là.

 

Qu'est-ce qu'un fonctionnaire ?

Un simple poste de dépense, un puits sans fond, un profiteur, une tradition d'une autre époque ?

Peut-être adhérez-vous comme notre cher ministre de l'économie socialiste Macron à l'opinion que les fonctionnaires doivent être peu à peu éradiqués, comme une infection pourrissant l'écorce de l'arbre France ?

 

Posons-nous donc une simple question :

Un médecin de l'hôpital public est-il un distributeur de médicaments, la distribution de notre courrier doit-elle être confiée à des entreprises privées que nous n'aurons pas choisies, la sécurité des citoyens doit-elle être bradée, l'enseignement des savoirs et de l'esprit critique doit-il être soumis aux lois du marché et à la précarité de ceux qui les transmettent ?

Si à ces questions vous estimez que la réponse est non, vous comprenez dès lors qu'un fonctionnaire n'est pas une simple dépense mais un serviteur du public, un investissement dans l'avenir, dans le tissu social même qui fonde notre société.

Pour en revenir aux enseignants/fonctionnaires, quelles sont leurs conditions d'enseignement, comment sont-ils considérés ?

Classes surchargées, maltraités et déconsidérés tant par les parents que par l'administration publique dans la réductions des moyens qui leur sont offerts que par des discours péjoratifs et dédaigneux. L'enseignant est cet individu à l'élan altruiste qui se retrouve pris dans l'engrenage de la politique publique néfaste et de l'évolution sociétale qui tend à déprécier sa fonction.

La problématique de l'enseignant et de tous les personnels d'éducation (de l'infirmière au CPE en passant pas le conseiller d'orientation et l'assistante sociale) est simple : pour accomplir les missions qui leur ont été confiées, ils doivent travailler avec les moyens du bord, variables en fonction de l'établissement dans lesquels ils évoluent, mais largement insuffisants quant à la dotation globale proposée par les pouvoirs publics. En somme, comment enseigner à tous lorsqu'une classe peut atteindre des effectifs de 37 élèves, comment s'occuper de tous lorsqu’un CPE peut avoir à sa charge 600 jeunes, comment prendre soin de chacun alors qu'une assistante sociale ou une infirmière peut avoir 3, 4 voire 5 établissements à sa charge ?

 

Voilà les problématiques qu'un(e) bon(ne) ministre de l'éducation devrait affronter. Et celui ou celle qui aurait la volonté d'y répondre pourrait enfin rendre l'école inclusive et juste. Alors enfin pourrions-nous qualifier l'école de la République d'égalitaire. Enfin pourrions-nous percevoir ce que le travail d'un enseignant est vraiment, apporter au plus grand nombre les armes pour faire face à ce monde féroce que chacun des enfants entrant à l'école de Marianne devra affronter.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.