Que veulent vraiment les citoyens ?

Coup de gueule du soir.

Ce matin, à la recherche de sorties culturelles pour cet été, je suis tombée sur le site internet de la mairie de ma ville. C'est une ville de taille moyenne en province, plutôt calme, qui perd chaque jour un peu plus de son dynamisme et de sa bonne humeur, et pour cause.

Une offre d'emploi très singulière a attiré mon attention. 

Ville de Poitiers. Direction Tranquilité publique - Réglementation. Recherche 2 médiateurs incivilités espaces publics H/F. Pour son service de Prévention - Tranquilitépublique. Durée : 9 mois. Dans une démarche du développement du dialogue autour des règles de partage de l'espace public, de responsabilité des citoyens fréquentant les espaces publics, le service Prévention - Tranquilité publique, souhaite mettre en place une médiation et confier cette mission à 2 volontaires en service civique.

Jusqu'ici à ce point de ma lecture, tout m'était encore obscure. Poitiers n'est pas réputée pour son taux de criminalité, ses nombreuses incivilités ni sa délinquance sinon sa mauvaise réputation liée à son manque de dynamisme et à ses apparitions périodiques dans les médias (récemment l'affaire du professeur de philosophie accusé d'apologie du terrorisme, le PDF raciste sur les dangers de l'islamisation radicale à destination des chefs d'établissements de l'académie... ). Sans ça, elle serait même plutôt calme ma ville voire trop calme. Jeune et active, j'envisage même de partir voir si l'herbe n'est pas plus verte ailleurs. Il semblerait pourtant que les citoyens ne se sentent pas très bien ici et seraient même gênés par... la musique ! C'est en tout cas ce que s'imagine La Mairie. Voici en effet, les missions spécifiques qui seront dévolues aux deux futurs services civiques (sous-payés, non formés, des petites mains chargées du sale boulot...) :

Sous la direction du Responsable du Service Prévention - Tranquillité publique, l’agent devra :

  • Intervenir sur l’espace public pour prévenir par le dialogue les incivilités et comportements inadaptés dans certains espaces publics (rues, places, jardins, parcs publics).
  • Réguler ainsi certains problèmes de comportements, type : musique dans les espaces publics de la ville en amenant les citoyens à s’interroger sur leur comportement. 
  • Rappeler les règles de savoir-vivre.

La musique adoucie les mœurs et j'ai toujours trouvé qu'une ville un peu bruyante, si on considère que la musique n'est qu'un bruit, est bien plus vivante qu'un gros village aseptisé de ses voix.

L'autre jour, j'attendais dans la rue le début d'une réunion et j'ai eu la chance de pouvoir terminer ma cigarette bercée par les magnifiques chansons à texte d'un chanteur de rue. Après avoir déposé une pièce dans le chapeau, une collègue m'a expliqué que ce pauvre hère s'était fait viré de tous les coins de rues parce que sa musique mélancolique gênait les commerçants ! Il est vrai que ses chants sur la crise financière pourraient vous dissuader d'acheter un top... En un sens, on pourrait les comprendre es commerçants, c'est la crise et les magasins du centre-ville ferment à tours de bras. Mais cette histoire de service civique et cette précédente me laissent un goût amère dans la bouche... J'ai un peu voyagé et je n'ai jamais autant appris sur la bonne humeur que dans des lieux bruyants.

Alors, qui gênent ces chanteurs ou ces jeunes qui écoutent du rap sur leurs portables dans les parcs les rares après-midi ensoleillés à Poitiers ? Mes concitoyens..? Comme semble le suggérer La Mairie..? Permettez-moi d'en douter. Si vous souhaitez vivre dans un espace calme, je vous conseille la campagne, et dieu sait qu'elle ne se trouve pas loin de ma ville. Cette petite police de l'incivilité, par les citoyens eux-mêmes, sinon des super citoyens, ceux qui font leur service civique oui Monsieur, me fait froid dans le dos. L'air tourne et le vent ne nous emporte pas dans le bon sens...

Ouverture.

Parlons incivilités maintenant. Il en existe, ne les nions pas mais ce n'est pas à coup de "dialogue" qui n'est ici qu'un rappel à l'ordre que nous réglerons ce qui gangrène notre beau vingt-et-unième siècle. Il faudrait pour cela modifier les fondements même de notre démocratie économique. J'ai donc nommé, tout d'abord, l'humeur maussade comme par exemple celle du chauffeur de bus qui se met à vous insulter parce que vous n'avez pas de monnaie, mais peut on vraiment blâmer un employé sous-payé, dressé à coup de rappels à l'ordre et chargé du sale boulot, devoir rappeler lui-même à l'ordre les citoyens qui n'ont pas de monnaie, de tickets... J'ai ensuite nommé les incivilités à l'égard des femmes. Ces sifflets, ces coups de klaxons, ces "Eh Madwouazelle", ces regards sales... Mais peut on exiger d'un homme dressé à coup de publicités pornographiques qu'il vous voit comme un être humain ? Que faire pour lutter contre les incivilités..? La réponse n'est en tout cas pas pour moi dans ces miséreux services civiques.

Oxfordienne

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