Une quinzaine de personnes étaient réunies hier soir (mercredi 24 mai) à la salle du conseil de Dompierre, mairie LR, pour une réunion publique organisée par le candidat Bruno Léal. Malgré le « boitage » (comprendre la distribution de tracts dans les boites aux lettres de la commune), réalisé en partie par le candidat lui-même : faible affluence au cours de cette soirée. Sont présents plusieurs élus de droite et l’âge moyen est assez élevé. Deux jeunes sont néanmoins présents et tous semblent être des sympathisants de classe sociale aisée. On peut notamment croiser un superbe manteau « Carole » accompagné de son sac « Vuitton » en cuir. Aucun dans l’assistance ne semble être venu apporter la contradiction à cet homme réputé pour sa culture et ses talents d’orateur.

 

Aucun à l’exception de deux Insoumis qui ont déjà croisé le chemin du candidat à plusieurs occasions, notamment lors d’un débat organisé par l’association Esprit Citoyen, rencontre au cours de laquelle ces deux protagonistes avaient clairement été identifiés par l’enseignant de la faculté de La Rochelle, candidat de la droite et du centre comme tels. Mais ce soir il ne semble pas les reconnaître et les accueille en sympathisants.

 

Le maire de Dompierre prend donc la parole au cours d’une introduction floue sur le président nouvellement élu et son positionnement qui brouille les cartes de la politique traditionnelle, l’élu rappelle ce qu’un député doit être : un homme présent sur le terrain, ayant le souci de défendre les valeurs locales sur un plan national. Il rappelle de tristes mémoires de 2012 au cours de laquelle la droite a perdu la bataille des législatives à la faveur d’Olivier Falorni, candidat sortant et par le jeu d’un vote réputé référendaire ayant joué en sa faveur face à Ségolène Royal, perdante de ce scrutin.

Paraphrasant la célèbre citation de Churchill, « un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre » pour introduire la prise de parole du professeur des universités agrégé d’histoire au parcours de réussite au sein de notre système éducatif, le premier magistrat de la commune de Dompierre cède donc la place à la conseillère municipale d’opposition de la mairie de La Rochelle : Fabienne Michel, collaboratrice et suppléante de Bruno Léal.

Cette dernière énonce les qualités dont doit faire preuve un député en poste : avoir de la volonté et des capacités de gestion, être travailleur, savoir analyser et être productif et enfin être compétent. Cette cheffe d’entreprise semble maîtriser la fiche de poste d’un cadre supérieur et l’avoir appliquée aux compétences requises pour un député de la République. La suppléante de M.Léal enchaîne donc sur la volonté du parti Les Républicains de construire une alternance réelle et nous annonce sans surprise, que son collègue possède toutes ces qualités.

 

Vient alors le tour du candidat de s’exprimer.

Ce qui frappe tout d’abord c’est son ton professoral. Difficile de nier en effet que cet homme n’use pas des fruits de son expérience passé (ex-enseignant au lycée Dautet) et présente. Le rythme est lent, assuré et clair. Faits cohérents avec celui qui se présente comme le « candidat de la clarté ».

 

Vient alors le temps des formules rhétoriques.

Le grand démon de cet homme de Droite est, sans grande surprise, la Gauche. En cinquante nuance de rouge il dépeint  d‘un coup de pinceau ses adversaires de gauche, y incluant au passage Olivier Falorni, dont les votes à l’Assemblée Nationale ne peuvent que laisser dubitatif quant à la validité de cette affirmation (vote en faveur de la loi Macron, abstention lors de la motion de censure contre le gouvernement Valls…). Evidemment il s’agit d’une notion sémantique. A savoir : que place-t-on dans le mot gauche ? Ou plutôt qui y place-t-on ?

Pour Bruno Léal la réponse ne fait aucun doute. En premier lieu notre regretté président de la République : François Hollande. L’homme qui se qualifiait de social-libéral ne peut en effet selon l’orateur du jour n’être qu’un gauchiste patenté, n’est-il pas le représentant du Parti Socialiste ? CQFD ! Reléguant ainsi à une extrême gauche ses adversaires à l’élection législatives. Triste manque de culture ou stratégie rhétorique ? Nous vous laisserons libres de répondre à cette question.

Cependant, ce point est pour le moins intéressant à soulever : en effet s’il considère François Hollande comme porteur de valeurs de gauche (lesquelles je vous prie ?) alors son dauphin, Emmanuel Macron ancien conseiller du Président et Ministre de l’économie est par essence même de gauche. B. Léal l’affirme haut et fort, il faudra une majorité absolue ou relative « pour aider le Président à se débarrasser de toute velléité de politique de gauche ». Vous sourcillez ? C’est bien normal. Mais il est bien important pour comprendre la stratégie de ce candidat et celle de son parti de comprendre ce point. Si tout ce qui se trouve au-delà de l’extrême limite de l’UDI, un des partis investissant M.Léal on comprend donc que les véritables porteurs des valeurs libérales mais néanmoins humanistes se trouvent plus à droite.

 

 

A droite certes, mais pas trop tout de même.

 

 

Celui qui lors de la rencontre avec Esprit Citoyen affirmait sa volonté de lutte contre les phénomènes de délinquance et celui du terrorisme par des lois plus fermes et un plus grand nombre de places de prison (40 000 supplémentaires créées au cours de la mandature) tout en proposant la suppression de 300 000 postes de fonctionnaires (dans la lignée d’Alain Juppé) qui dans un même temps souhaite voir la suppression de l’ISF (contrairement à ces gauchistes qui souhaitent encore et toujours prendre aux riches par cet impôt punitif) ; celui qui souhaite voir allégé le code du travail car on le sait bien les entreprises seules sont capables de créer de l’emploi et de lutter efficacement contre le chômage, comme nous l’ont montré ces quinze dernières années ; celui qui souhaite  que les entreprises puissent faire publicité au sein de l’école afin que chacun puisse mieux se former, épousant par-là la logique même du médef d’un rapprochement entre entreprise et école ; celui qui s’affirme l’adversaire politique de Jean-François Fountaine, maire de La Rochelle et élu divers gauche, soutien d’E.Macron, mais qui a voté en faveur de ses mesures à hauteur de 80 % ; celui-là le dit et que l’on ne s’y trompe pas, il n’y a pas de ressemblance entre M.Macron qui laisse la gauche imprégner sa politique et lui, M.Léal. Il est d’ailleurs de notoriété publique qu’il n’y a aucun ministre LR au sein du gouvernement actuel.

M.Léal enchaîne donc les formules rhétoriques pouvant lui permettre de démarquer, en vain, son parti de celui de M. Macron, ou devrait-on dire du mouvement de Macron qui a phagocyté une gauche de droite et une droite néo-libérale pour en faire un monstre informe.

 

En effet, cet aspirant député qui se présente en libérateur des conflits de chapelles internes à la droite souhaite être porteur d’un projet pour la France. Une France au sein de laquelle il souhaite « agir pour vous », comme le prône son slogan.

 

On ne peut que s’interroger sur la clarté et la cohérence de ce candidat de droite. Fonctionnaire des universités qui souhaite supprimer des postes de fonctionnaires car il s’agit du « premier poste de dépense de l’état » en oubliant au passage que la nature n’aimant pas le vide le privé se chargera bien vite de prendre la place laissée au frais des « usagers ». Homme qui se réclame de la clarté mais qui peine à se démarquer dans les faits de la politique annoncé par le président élu et son gouvernement qu’il considère comme « de gauche ». Est-il besoin de souligner l’absurdité d’un tel propos ?

En bref un homme qui malgré ses précautions oratoires n’est rien d’autre que le digne continuateur des politiques traditionnelles de la droite, victimes de l’ubérisation de leurs idées par le jeune prodige à la tête de l’exécutif et qui aura, en cas de victoire aux législatives tôt fait de promouvoir la politique macroniste par son vote « en conscience » puisqu’il semblerait que cette dernière sous des aspects de modernité de façade contienne les mêmes vieilles antiennes que les tenants d’une droite républicaine rigide, à quelques détails prêts dont « la subtilité risque fort d’échapper à l’électeur moyen ».

Rappelons enfin certaines réalités qui semble échapper au candidat de ce parti en plein naufrage, sauvé in extremis lors de la présidentielle par un rapprochement avec les militants de Sens Commun. Tout d’abord sur l’ISF dont la suppression a été largement entamée sous le mandat Sarkozy-Fillon, soit un manque à gagner de recettes fiscales de 2 milliards d’euro. A la décharge du candidat les républicains pour qui cet impôt est inutile, il faut reconnaître que 2 milliards finalement c’est quoi dans une vie ? Ne soyons pas si pingres et mesquins et arrêtons de prendre l’argent là où il se trouve !

En parlant d’argent d’ailleurs, l’homme qui veut faciliter la vie des patrons en faisant subir une cure d’amaigrissement forcé au code du travail (qui se trouve actuellement en surcharge pondérale du fait d’un travail de complexification par ceux qui poussent des cris d’orfraies devant son épaisseur) oublie de signaler que le revenu moyen d’un dirigeant du CAC 40 était de 2.5 million d’euro sous Sarkozy, accompagné de la modique somme de 37.4 milliard d’euros versés aux actionnaires. Mais encore une fois ne soyons pas bornés ! Ce qu’Oxfam dénonce comme une explosion de la rente et de la concentration des capitaux alors même que le monde connait une crise économique, des licenciements de masse et des délocalisations n’est en réalité que la manifestation d’un « libéralisme humaniste » comme le dit si bien M. Bruno Léal, candidat UDI / LR.

Enfin, parlons dette et dépense publique puisqu’il s’agit là de leur marotte favorite. La fameuse, cette preneuse d’otage des peuples, de la croissance et du bien-vivre. Rappelons que l’austérité économique mise en place par notre ex-candidat à la présidentielle lorsqu’il était premier ministre de l’hyperprésident et connu pour ses largesse vis-à-vis de l’argent public, a causé une augmentation du déficit commercial français et de la dette publique alors même que l’austérité visait officiellement à une réduction de celle-ci et que dans un même temps Nicolas Sarkozy augmentait son salaire de président de 172 %.

 

 

Voilà donc dans le paysage politique que se propose de nous offrir la Droite par l’intermédiaire de ce sympathique visage (« peut-être même plus sympathique que M.Falorni »). On cherche, on creuse mais difficile de trouver de signifiantes différences entre un sympathisant pro-macron qu’est M.Falorni, une candidate déclarée REM (originaire du MODEM) et un candidat de la Droite et du Centre. Bien malin celui qui sera capable d’en faire une distinction axiomatique nette qui puisse chasser d’une idéologie ou de l’autre la main « invisible » mais visiblement présente du néo-libéralisme effréné dans ces programmes politiques.   

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