Quand Centre-Presse se met au Polar !

Où ? Poitiers, quartier résidentiel du bas des sables au bord du Clain.

Quand ? Mardi soir, vers 18h30.

Qui ? Une jeune femme faisant son jogging.

Quoi ? Cette joggeuse s'est faite violer par un homme en scooter portant un casque, les enquêteurs soupçonnent une tentative de meurtre puisque la jeune femme a reçu un coup au thorax. 

Le journal Centre-Presse n'en sait pas plus sinon que la police enquête activement et qu'elle n'a à ce jour toujours pas retrouvé le coupable. Poussé sans doute par ses aspirations d'écrivain raté, le journaliste se laisse pourtant emporter dans une envolée noire sordide :

http://www.centre-presse.fr/article-398325-le-violeur-au-tournevis-reste-introuvable.html

Vous avez comme moi, je l'espère, chez vous, dans le bus, au bureau crié au scandale en lisant ces lignes :

Un porte à porte méticuleux pour chercher des témoins qui auraient vu le scooter de l'agresseur afin de retracer son parcours et déterminer le quartier où il vivrait. Les Trois Cités sont proches par les petites rues.

Nul besoin de connaître Poitiers comme sa poche pour deviner que le quartier des Trois Cités est une cité HLM, avec de la pauvreté et de la violence, à relativiser bien sur puisque nous ne sommes pas non plus dans les quartiers Nord de Marseille. Pas besoin pour le journaliste également de souligner d'un connecteur logique sa relation de cause à effet entre le viol, tentative de meurtre et la suspiçion d'un jeune des quartiers. Le journaliste, prisonnier d'un imaginaire collectif construit à coups de gros titres, ne peut alors même pas envisager la possibilité d'un coupable habitant du quartier calme et résidentiel du bas des sables.

Un coup porté

avec un tournevis

au thorax

Des mots gravés dans la page, aussitôt le suspect retrouvé, effet de style qui file la métaphore du meurtrier jeune de banlieue.

Et enfin, la jeune femme, prisonnière elle aussi de l'imaginaire collectif que le journaliste s'empresse d'activer, le cortex préfrontal des légendes urbaines, celles racontées à 20h chaque soir aux femmes qu'il ne faut pas attiser les foudres d'un homme ni roder dans les sous-bois peuplés de bêtes sauvages (comme les Trois Cités... ). 

Je vous laisse donc avec ces dernières lignes, dignes d'un très mauvais Elroy :

Le suspect connaissait-il sa victime, à l'image d'un ex éconduit, ou bien s'agit-il d'un homme poussé par une pulsion qui suivait sa victime?

Le parquet assure ne privilégier aucune de ces pistes.

Et nous alors, on en pense quoi ?

Même pas peur, même pas mal.

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