Chasseurs et élections politiques : à la chasse, les "cadeaux" entretiennent l'amitié

À l'approche des élections européennes 2019, la chasse aux chasseurs est ouverte. Plus d'1 million de permis de chasse, ça compte ! Quatre ministres étaient au congrès 2019 des chasseurs, et des responsables politiques n'hésitent pas à subventionner radar à repérer les oiseaux par-ci, étude pour inventorier la faune par-là. Des subventions parfois au détriment d'associations environnementales.

Le milieu de la chasse se voit octroyer régulièrement, et encore ces jours-ci, des subventions conséquentes par des responsables politiques. Désintéressés. © Reproduction interdite Le milieu de la chasse se voit octroyer régulièrement, et encore ces jours-ci, des subventions conséquentes par des responsables politiques. Désintéressés. © Reproduction interdite

Les élections européennes 2019 approchent, et un peu plus encore qu'à l'accoutumée, où le monde de la chasse est chouchouté depuis toujours par la classe politique, droite et gauche confondue, la chasse aux chasseurs s'accentue au fur et à mesure que se rapproche les échéances électorales. C'est qu'entre 1,1 et 1,2 million de personnes qui détiennent un permis de chasse, ça compte dans une élection ! Et vice-versa : le milieu de la chasse, Willy Schraen, son sémillant président national en tête, flanqué de Thierry Coste, lobbyiste porte-flingue des chasseurs, savent se « vendre » à la classe politique pour conserver leur pré carré.

Ainsi, le Canard enchaîné en révèle dans son édition du mercredi 3 avril 2019 une illustration croustillante sous le titre, « La Biodiversité chti à coups de fusils », qu'il faut lire en entier dans le célèbre Palmipède. En résumé, la France accueille du 29 avril au 4 mai la 7e session plénière de la IPBES, la Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques, où l’on va tergiverser sur la vie et la mort de la flore ET LA FAUNE.

329.402 euros aux chasseurs pour un recensement

Mais les chasseurs des Hauts-de-France, présidés aussi par l'incontournable Willy Schraen, semblent bien en vue aussi pour tirer les premiers dans le domaine de la biodiversité !? Car Xavier Bertrand, le patron de la région (où Guy Harlé D’Ophove, président des chasseurs de l’Oise, officie dans la commission ruralité, chasse, pêche, environnement…), entretient toujours des relations étroites avec les chasseurs (et il n'est pas le seul responsable politique) qu'il sait subventionner quand il le faut... Ainsi, comme le dévoile le Canard enchaîné dans son édition du 3 avril 2019, fin 2018, le président des Hauts-de-France a de nouveau choisi les chasseurs au sort subventionnel, avec cette fois une enveloppe de 329.402 euros pour les autoproclamés « Premiers écologistes de France ». Et ce, afin d’enquêter sur les perdrix ou blaireaux (chassables) et autres espèces moins chassables, officiellement à destination du Système d’Information sur la nature et les paysages (SINP).

Mais le très officiel Groupe ornithologique et naturaliste du Nord-Pas-de-Calais (GON), lui aussi chargé de mission en milieu naturel, aurait été du même coup privé de subventions !? Il n’aurait pas été sage, car « c'est à cause de leur position publique anti-chasse », dixit la région Hauts-de-France, rapporte le Palmipède du mercredi 3 avril 2019. Ça ne rigolerait pas dans les Hauts-de-France donc !?

Xavier Bertrand et le radar de la chasse

Ce n'est d'ailleurs pas la première fois que le patron Xavier Bertrand épaule les chasseurs dans sa région, puisqu'en 2018, la chasse des Hauts-de-France s'est déjà vue doter d'un cadeau très politique de 226.000 euros pour financer un radar censé mieux repérer (et compter) les oiseaux migrateurs... Inauguré dans la Baie de Canche, non loin des dunes d'Étaples, lieu symbolique, pour ne pas dire mythique d'un long combat des chasseurs pour conserver (là encore) leurs privilèges de chasse aux frontières d'une réserve naturelle... Sachez-le : les chasseurs, de leur côté, ne lâchent jamais rien. Ou pas de gaieté de coeur... Mais la puissante Fédération nationale des chasseurs sait aussi se faire désirer, depuis toujours, sans états d'âme, par les pouvoirs politiques en place. Comme depuis le début du mouvement des gilets jaunes, où Willy Schraen et ses troupes sont restés volontairement, sur recommandations de leur chef, dans les clous politiques. On ne change pas une équipe qui "gagne"...

Michaël Darmon, sur Europe 1, le 14 janvier 2019, en plein grand débat national, l'a justement stigmatisé ↓

Grand débat national : et si les chasseurs devenaient "le contrepoids des gilets jaunes" ? © Europe 1

→ Ainsi encore, au congrès des chasseurs 2019, à la Mutualité à Paris, mercredi 20 mars, pas moins de quatre ministres sont venus cajoler le monde de la chasse : le ministère de la Transition écologique et Solidaire (et de la chasse) avec François de Rugy et Emmanuelle Wargon ; le ministre de l'Agriculture Didier Guillaume, et Sébastien Lecornu, ministre chargé des Collectivités territoriales. Car on dit que la chasse représente la "ruralité", et à l'occasion la Biodiversité, chasseurs qui ne se privent pas alors de se présenter facilement aussi comme des "écologistes de terrain"...

Le congrès 2019 des chasseurs et ses éventuels prolongements électoraux européens n'ont d'ailleurs pas échappé non plus à Michaël Darmon, sur Europe 1 ↓

Élections européennes : Emmanuel Macron mise beaucoup sur les chasseurs © Europe 1

Les subventions entretiennent aussi l'amitié

Quant aux "petits cadeaux", pardon subventions, qui entretiennent l'amitié et les bonnes relations de travail entre les hommes politiques et les chasseurs, on peut citer encore Laurent Wauquiez, président de région Auvergne-Rhône-Alpes, qui, après une convention de 3 millions d'euros sur trois ans signée, une première fois, en 2016, poursuit l'aide à la chasse...

Hervé Morin, de son côté, patron de la région Normandie, a lui aussi été touché par la "modernité" d'un radar à oiseaux, très controversé aussi en Normandie, avec une subvention de 180.000 euros... Quant à Christian Estrosi, président de la région PACA, c'est un "engagement" pour la chasse de pas moins de 2,5 millions d'euros, face aux écologistes désabusés, qui a défrayé la chronique locale. Et nationale, comme toutes les autres subventions chasseresses, et autres permis de chasse abaissés en 2019, année électorale, de 400 euros à 200 euros.

Encore ces jours d'avril 2019, au Sénat, on n'a pas franchement fait de la peine aux chasseurs avec une série de décisions plutôt favorables à la chasse. Les chasseurs sont un monde dont les voix portent vers les hauteurs politiques décisionnaires, on vous dit. Car dans les urnes, à l'occasion, leurs voix comptent...

(*) Mais 70 % des Français(e)s, en moyenne, veulent que les règles politiques de la chasse évoluent (changent), avec une vraie réforme populaire (LIRE ICI→), voix du peuple qui pèsent aussi quant à la cause animale dans les élections, de plus en plus. D'autant que les tirs accidentels de chasse sont de plus en plus impopulaires, et résonnent aussi dans les médias !

Isabelle Saporta, journaliste à RTL, pas vraiment "convaincue" par le radar à oiseaux de Normandie, le traduit bien ici... ↓

"Si les chasseurs pouvaient enfin distinguer un vététiste d'une oie cendrée" demande Isabelle Saporta © RTL

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