Lettre, ministères Écologie, Agriculture: de la protection animale. Et des Français.

Alors que des élections approchent à grands pas, la sphère politique serait bien inspirée d’entendre (réellement) le souhait des Français(e)s en matière de condition animale, mais aussi de protection des espèces menacées, et d’une profonde réforme sociétale de la chasse. Pas moins de quatre études de l’IFOP, et un nouveau sondage d'IPSOS, étayent leurs doléances déterminées.

L'appel du 12 septembre 2018 en faveur de la protection animale. © Brigitte Bardot L'appel du 12 septembre 2018 en faveur de la protection animale. © Brigitte Bardot
Il suffit de lire l’appel par Brigitte Bardot à toutes les associations de protection animale de France, le 12 septembre 2018, pour prendre la mesure de la détermination des Français(e)s dans la prise en compte de leurs doléances en la matière. Français(e)s qui ne sont pas loin de brandir leurs bulletins de vote, telles des pancartes, pour faire entendre leur « voix »… Et si la colère de Mme Bardot, symbole de la défense des animaux s’il en est, cible dans sa lettre des points plus névralgiques de la chasse en général, on sent bien que la cause animale est devenue une vraie  préoccupation sociétale. La sphère politique, droite et gauche confondues, aurait tort aujourd’hui de le sous-estimer…

Tout en ne confondant pas le souhait d’une grande majorité de Français(e)s d’améliorer le sort des animaux et de voir disparaître des pratiques jugées indignes d’un pays moderne, avec le véganisme par une frange de la population plus radicalement tournée vers un choix d’alimentation personnelle...

Ainsi, l’IFOP (Institut français d’opinion publique) et la Fondation Brigitte Bardot montrent l’état des lieux dans l’étude « Les Français et la chasse » (rapport en ligne), et « dans un contexte de préoccupation de plus en plus importante de l’opinion publique à l’égard de la souffrance animale ». Ainsi, 71% ne se sentent pas en sécurité dans la nature en période de chasse (l’actualité leur donne malheureusement régulièrement raison avec les accidents de chasse, parfois mortels). 82% adhèrent à l’idée d’un dimanche non chassé ; 64% rejettent des élevages et lâchers d’animaux destinés à la chasse, et 84 % se disent pour l’abolition de la chasse à courre, dont les dérives défraient parfois aussi la chronique. Et la liste des souhaits n’y est pas exhaustive.

85 députés de tous bords viennent de signer une tribune dans le JDD pour la condition animale, et 76 fondations et associations, toujours sous l'égide de Brigitte Bardot, se sont unies dans un manifeste contre les « les excès et provocations de la chasse. » (lire le manifeste à la fin de l’article). Sans oublier, Madame la Ministre de la Transition écologique et solidaire, les propositions pour abolir la chasse à courre (cosignées par le député François de Rugy) en 2011 et en 2013. Ces propositions de loi viennent d’ailleurs d’être réactualisées par des membres du Sénat, Laurence Rossignol en tête, et à l’Assemblée nationale, via Bastien Lachaud. La très controversée vènerie d’aujourd’hui (seulement 10.000 pratiquants), qui épuise des cervidés avant de les saigner à la dague ou à la pique, peut même être rapprochée dans l’acte de mise à mort à l’égorgement d’animaux non étourdis ?

Avis majoritaire également des Français(e)s pour le sondage de l’IFOP et la Ligue pour la protection des oiseaux dans « Les Français et la protection des espèces menacées » (ICI). 88% demande l’arrêt immédiat de la chasse des espèces d’oiseaux menacées (classées sur les listes rouges de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature), dont vingt de ces espèces seraient toujours chassées en France. 65 % s’opposent aux piégeages cruels des oiseaux (Brigitte Bardot l’évoque dans son appel), et ce ne sont pas les 11 arrêtés qui avaient déjà été signés par le Ministère de la Transition écologique et solidaire (et de la Biodiversité), quant au piégeage des oiseaux pour la saison 2018-2019, qui vont apaiser les esprits... Enfin, 53 % sont tout à fait opposés à la réouverture des chasses présidentielles, sur lesquelles, Mr De Rugy, alors vice-président de l’Assemblée nationale (avant d'être ministre), avait préféré de pas se prononcer sur le sujet, le 31 mars 2017 (vidéo ci-dessous).

François de Rugy était l'invité du 8 h 30 de Jean-Michel Aphatie le 31 mars 2017, où il a réagi à la proposition d'Emmanuel Macron de rouvrir les chasses présidentielles. © FranceInfo

Même constat dans le rapport de l’IFOP avec la Fondation 30 Millions d’Amis « Le bien-être des animaux » (LÀ), où les « Français montrent un souci du bien-être animal largement majoritaire dans la population et même en progrès quant à l’interdiction de certaines pratiques envers les animaux. » L’étude est implacable sur la mauvaise défense des animaux par les politiques (67 % des sondé-e-s le pensent). Des sondé-e-s qui s’élèvent particulièrement contre les abandons d’animaux, mauvais traitements et sévices graves, comme aussi dans certains abattoirs, ou encore l’expérimentation animale, la fourrure et les corridas. Et plaident pour un contrôle vidéo dans les abattoirs.

Enfin, le dernier sondage du 28 mai 2018 par l’IFOP et l’association L214 Éthique & Animaux, est directement en lien avec le projet de loi agriculture et alimentation piloté par Stéphane Travert, et son successeur Didier Guillaume, Ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation (*), dont un volet du dossier porte sur le bien-être animal : « Une écrasante majorité de Français (80%) considère qu’il est du devoir de son député de voter ces amendements défendant la condition animale, près d’un Français sur deux (49%) étant même « tout à fait » de cet avis.», insiste l’IFOP en tête de ce rapport : « La prise en compte de la condition animale » (À LIRE ICI).

Et l'institut IPSOS démontrait lui aussi récemment dans un sondage que les Français(e)s plaidaient pour une réforme radicale de la chasse (À DÉCOUVRIR LÀ), en association avec l'association de défense animale « One Voice ». Et on ne compte plus les personnalités qui rejoignent les Français(e)s et les associations de défense dans leurs nobles exigences, désormais, pour la protection animale en général (comme dans le projet de loi EGalim), et pour de nouvelles règles de chasse en particulier. À défaut que leurs voix et leurs doléances soient vraiment entendues par la sphère politique, ils n’hésitent plus désormais à évoquer les voix des urnes comme porte-voix électorales… Le lobby de la chasse et son million de licencié(e)s, notamment, pourraient même ne pas faire le poids…

 

Ci-dessous, la position sur la chasse de l’écologiste François de Rugy en 1999, déjà en désaccord avec François Patriat, actuellement sénateur et président du conseil d'orientation du Domaine national de Chambord.

1999 : François de Rugy "Les verts, la chasse et le nucléaire" | Archive INA © INA Politique

(*) Article mis à jour mardi 16 octobre 2018, après le remaniement ministériel, et le samedi 3 novembre 2018 après l'annonce par 76 fondations et associations, menées par Brigitte Bardot, d'un manifeste contre « les excès et provocations de la chasse. »

↓ LE MANIFESTE DES 76 FONDATIONS ET ASSOCIATIONS, BRIGITTE BARDOT EN TÊTE.

Appel des 76 fondations et associations contre les "excès et provocations" de la chasse. © Fondation Brigitte Bardot Appel des 76 fondations et associations contre les "excès et provocations" de la chasse. © Fondation Brigitte Bardot

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