Le "Pacte finance climat": une initiative bienvenue!

L'initiative "Agir pour le climat", lancée en Décembre 2017, vise à proposer un "Pacte Finance Climat" au prochain Conseil Européen du 20 et 21 Mars 2019, c'est-à-dire, pousser l'UE à adopter un nouveau traité européen, en faveur de la transition énergétique, suite aux rapports alarmants de l'ONU sur la question climatique. Une initiative bienvenue pour l'intérêt général!

Le 7 Décembre 2017, quelques acteurs de la société civile, comme Jean Jouzel, ancien président du GIEC (Groupe d'Expert Intergouvernementaux sur le Climat), ou encore Pierre Larroutourou, ingénieur agronome et économiste, ou encore Anne Hessel, docteur en médecine, et fille de l'ancien diplomate et défenseur des Droits de l'Homme Stéphane Hessel, ont lancé un appel pour créer un "Pacte Finance Climat", et contraindre  l'Union Européenne à prendre des mesures énergiques et décisives pour lutter efficacement contre le réchauffement climatique.

  Leur initiative, intitulée "Agir pour le Climat" a été motivé pour les rapports alarmants du GIEC et notamment de l'ONU, qui le 31 Octobre 2017, pointait du doigt "l'écart catastrophique qui existe entre les engagements des États et les réductions de gaz à effet de serre qu'il faudrait opérer pour maintenir le réchauffement en dessous de 2 degrés." En effet, lors de l'Accord de Paris, en Décembre 2015, les pays signataires s'étaient engagés à limiter le réchauffement climatique, sur l'ensemble de la planète, d'ici la fin du 21 siècle, à 2 degrés maximum, en menant des politiques publiques adaptées à cet objectif ambitieux, tout en alimentant un fond vert pour le financer. Mais face au caractère non contraignant de cet engagement, l'ONU, a constaté que les engagements pris par les États signataires jusqu'à présent pour réduire leurs gaz à effet de serre risquaient d'occasionner une hausse des températures, d'ici la fin du siècle sur l'ensemble de la planète de 3 degrés à 3,2 degrés! Pire même: si les émissions de gaz à effet de serre se poursuivent au rythme actuel, la hausse de température sera de 2,6 degrés à 4,8 degrés, note, un brin fataliste, Jean Jouzel!! Ainsi les États signataires de l'accord de Paris n'ont tenu qu'un tiers de leurs engagements, en moyenne. Des dérèglements climatiques extrêmes pourraient naître dans les décennies à venir (inondations, sécheresses records, ouragans, tempêtes), sur différents points de la planète, provoquant l'exode probable de quelques 150 millions de réfugiés climatiques, d'ici 2050, sur l'ensemble du Globe, prédisent les instances internationales!!

  L'initiative "Pacte Finance Climat" proposée par Jean Jouzel, Pierre Larroutourou, et leurs amis est simple: elle propose de mettre en place, au prochain Conseil Européen du 20 et 21 Mars prochain, un nouveau traité européen, basé sur la mise en application de deux idées élémentaires: tout d'abord, permettre à la BCE (ou banque centrale européenne), qui est une banque européenne d'investissement, de financer le développement durable des états membres, c'est-à-dire de permettre à chaque États membres de l'UE de tirer de la BCE 2 pour cent de son PIB pour financer sa transition énergétique, par des prêts à taux nul ou très avantageux. Ainsi la France pourrait prélever chaque année 40 milliards d'euros, et l'Allemagne 65 milliards d'euros, pour alimenter son budget, et financer la recherche sur les économies d'énergie et les énergies renouvelables, (transport, chauffage, isolation thermique, etc) pour lutter contre le réchauffement climatique, en Europe et en Afrique. Les initiateurs de l'appel pour "agir sur le climat" notent que l'Europe, en 2008, a été capable d'investir 1000 milliards d'euros pour sauver les banques, et ils demandent donc qu'un effort identique soit répété pour une question plus noble qui engage l'avenir de l'humanité comme la question du climat!

Parallèlement, les initiateurs de cet appel propose qu'un nouvel impôt ou "contribution climat", sur les bénéfices, à 5 pour cent, soit établi pour alimenter ce fond pour la transition énergétique: en effet, argumentent-ils, l'impôt sur les bénéfices a, en moyenne, été divisé par 2 en 40 ans, s'établissant à 20 pour cent, alors qu'il est stable aux États Unis depuis 80 ans, à 35 pour cent.

  La nécessité pour l'Europe de diviser par 4 ses émissions de gaz à effet de serre, d'ici 2050, impose des mesures énergiques et draconiennes, pour éviter ou contenir la catastrophe: "si le climat était une banque, il aurait déjà été sauvé" martèle Pierre Larroutourou! Et Jean Jouzel de surenchérir: "nous n'avons que trois ans pour inverser la tendance"! Le temps presse donc. D'autant que l'heure n'est pas à l'optimisme, comme le démontre le retrait récent des États Unis de l'Accord de Paris, sous la houlette de Donald Trump. La pression sur les instances européennes risque d'être conséquente: de nombreuses personnalités de premier plan ont déjà signé l'appel du "Pacte Finance Climat", comme Anne Hidalgo, maire de Paris, ou encore, Manuela Carmena, maire de Madrid, Pedro Sanchez, premier ministre espagnol, Romano Prodi, ancien président de la Commission Européenne, et ancien président du Conseil Italien, Daniel Cohn Bendit, ancien eurodéputé, Éric Piole, maire de Grenoble, Jean Pierre Raffarin, ancien premier ministre, ou encore Delphine Batho, ancienne ministre de l'environnement. De nombreux acteurs de la société civile ont également rejoint cet appel, comme Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, ou encore, Fred Vargas et Erik Orsenna, écrivains, mais encore Edgard Morin, sociologue, ou Michel Serre, philosophe.

  Cet appel semble le plus organisé et constructif. D'autres initiatives fleurissent depuis quelques mois, témoignant de la prise de conscience grandissante du danger inhérent représenté par le réchauffement climatique et de son enjeu crucial de pour l'humanité. Des marches pour le climat, engageant les lycéens, sont organisées à Bruxelles, en Belgique, depuis quelques mois. Une jeune lycéenne suédoise, Greta Thrunberg, est notamment intervenue, au dernier sommet de la COP24, à Katowize, en Pologne, pour enjoindre les États membres, signataires de l'accord de Paris, à redoubler d'effort pour lutter contre le réchauffement climatique. Elle a fustigé notamment l'inconscience des États et/ou des grands dirigeants devant la catastrophe qui s'annonce et qu'il sera difficile d'éviter. En France, des marches sont organisées pour le climat, depuis plusieurs mois, dans différentes villes, en guise de sursaut citoyen suite à la démission surprise de Nicolas Hulot du gouvernement, en Septembre dernier. 3 ONG françaises ont même assigné l'État français, devant le tribunal administratif, pour manque de moyens dans la lutte contre le réchauffement climatique, occasionnant par là même un nombre record de signatures pour la pétition lancée à l'occasion.

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