Iran: "Paris à l'heure d'Ispahan"? Une initiative en trompe l'oeil...

Paris organise un semaine de la culture iranienne, avec une visite du maire d'Ispahan et d'autorité du pays. Mais sous prétexte de parler de culture, les organisateurs risquent de passer sous silence les nombreux interdits qui rythment la vie sous la République Islamique d'Iran.

Le groupe d'amitié parlementaire France Iran, présidé par madame Delphine O, et proche du régime iranien, propose d'organiser une semaine parisienne à Ispahan, en invitant notamment le maire d'Ispahan. Ils prévoient notamment des festivités culturelles et des réception à l'INALCO, au Sénat et à l'Assemblée Nationale. Il est à noter que madame O supervise "les activités de recherche et d'analyse des lettres persanes", mais que ces activités servent surtout à ressérer les liens économiques avec le régime iranien, puisqu'elle a réalisé un colloque sur "l'héritage de la Révolution iranienne dans l'Iran Contemporain", en coordination avec l'Institut français des relations internationales.

Ainsi il est prévu, en lien avec les autorités françaises et la mairie de Paris de réaliser une semaine de présentation de la Culture en Iran: pourtant il est possible que sous prétexte de présenter la culture iranienne, on y fasse mention à Paris de certaines pratiques dans le domaine culturel... en grande partie interdite actuellement en Iran: ainsi le chant des femmes est proscrit, pour des raisons religieuses y compris pour le chant traditionnel. Le chanteur Mohammad Motamedi a été interdit de chanter récemment à Ispahan. Même si la culture perse à eu son âge d'Or au Moyen Âge, il est peu probable, que dans le contexte actuel on autorise cette culture à se développer avec autant d'écho et d'importance que souhaitée. On risque donc de nous jouer, une nouvelle fois la partition d'un "persan à Paris". Autre exemple: sur la question de l'environnement qui semble une question très importante mais négligée par les mollahs en Iran: il est prévu dans ces festivités de vanter la culture des jardins, de parler d'architecture: fort bien. Mais on notera que le fleuve Zayandeh Round qui passe à Ispahan est complètement asseché depuis plusieurs années, et que les autorités iraniennes n'ont pas pris de mesure pour remédier à cette situation, et que de nombreux agriculteurs ont protesté ces derniers temps contre cette situation inacceptable pour eux: il est donc fort probable que cette image des roses d'Ispahan représente une image du passé. Par ailleurs, le régime des mollahs interdit les femmes de faire du vélo, au motif que cela heurte la pudeur des hommes, car elles seraient alors tenues de se vêtir en tenue sportive ou en pantalon.

 Il est à noter que contrairement à ce qui a été communiqué récemment par les autorités iraniennes, le port du voile est toujours obligatoire en Iran, même si les sanctions ont été assouplies ou allégées dans la capitale iranienne. Ainsi donc, le régime iranien procède de cette manière: le chant des femmes est interdit, sauf exception. Les mal voilées peuvent être durement sanctionnées, sauf exception. De même pour le vélo. Et ainsi de suite.

 Donc l'organisation de cette semaine de la culture iranienne ne doit pas faire oublier la situation politique préoccupante en Iran: à Ispahan, en 2017, 80 personnes ont été pendues, et quelques femmes ont violentées dans des attaques à l'acide ces dernières années. L'organisation d'une semaine sur la culture iranienne ne doit pas faire oublier que des manifestations importantes ont eu lieu en Février dans de nombreuses villes d'Iran, pour protester contre le marasme économique qui touche les jeunes, victimes du chômage et de l'inflation, et de la répression qui touche les opposants politiques et les minorités religieuses.

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