Sur l'obscurantisme et l'intégrisme...

La chrétienne Asia Bibi,malgré son acquittement pour blasphème, reste en prison suite aux pressions exercées sur le gouvernement par des intégristes radicaux. De quoi s'interroger sur le poids de l'intégrisme dans le monde. Exemples choisis.

La chrétienne Asia Bibi, au Pakistan avait été poursuivie pour blasphème contre l'Islam, alors qu'elle était emprisonnée depuis 2009: son crime? Avoir bu de l'eau dans un puits que possédait une musulmane, et avoir voulu partagé cette eau avec elle. Elle risquait la peine de mort. Il est vrai que la question du blasphème est particulièrement sensible, notamment au Pakistan, où l'intégrisme sévit. Mais d'autres pays, notamment la République Islamique d'Iran, pratiquent ce châtiment barbare, pour insulte ou diffamation envers une religion, où encore à l'égard du prophète. Au mois d'octobre, Asia Bibi avait été acquittée, après des années de détention. Mais les intégristes ont manifesté, et exercé une telle pression sur le gouvernement pakistanais, que celui-ci, sans tenir compte de la décision du tribunal, a décidé de maintenir Asia Bibi en prison, et d'autoriser une procédure d'appel, devant la cour suprême, en attendant la décision finale. On notera que le gouvernement pakistanais s'assoie sur l'indépendance de la Justice, et cède aux sirènes totalitaires des dictatures religieuses, puisqu'il préfère négocier, avec des islamistes radicaux manifestant dans les rues d'Islamabad, pour appliquer une vision très rigoriste  et une interprétation extrêmement rétrograde de la charia. Tout comme en Iran, où le système judiciaire et le pouvoir civil sont totalement inféodés au pouvoir religieux, sous la coupe du Guide Suprême.

   L'intégrisme et l'obscurantisme menacent sérieusement le monde. Déjà même en Tunisie, malgré la démocratie nouvellement instaurée en 2011, et la tradition laique, depuis l'indépendance, et les Droits dont jouissent les femmes, depuis l'instauration de la République, en 1957, les risques sont réels, pour ceux qui s'attaquent, même pacifiquement aux symboles de l'Islam. Après la Révolution de 2011, la simple projection du film "Persépolis", de Marjane Satrapi, avait valu au projectionniste des poursuites pour "trouble à l'ordre public", passible d'une peine de prison, au motif que l'intrigue du film, mettait en scène une représentation du prophète, même imaginaire, ce qui serait interdit par une interprétation très stricte de la Charia. De même, deux jeunes tunisiens, à la même époque, avaient été poursuivis, et condamnés à de la prison ferme, également pour "trouble à l'ordre public" pour avoir insulté ou diffamé l'islam, en critiquant de manière très virulente, le prophète Mahomet. Notons que la Constitution tunisienne maintient des ambiguités dans la rédaction de ces articles, puisque le principe du "sacré" y est reconnu,  de même que la "liberté de conscience", ce qui peut apparaître contradictoire, et engendre un flou total dans l'interprétation juridique que l'on peut en faire.

 En France, les risques ne sont pas moins grands, malgré les lois censés protégés les citoyens. On sait le sort qui a été réservé aux journalistes de Charlie Hebdo, qui ont payé un lourds tribus pour leur liberté d'expression, et victimes d'une vengeance d'un groupe terroriste. Et n'oublions pas les critiques émises par un journal conservateur iranien, expliquant quelque part, dans une formule ambigue, que la rédaction du journal Charlie Hebdo, avait  bien cherché cette réaction terrible, puisque disait ce journal "qui sème le vent, récolte la tempête". Les islamistes radicaux n'ont pas néanmoins le monopole de l'intolérance, même en France. Il n'est pas besoin de citer Voltaire pour cela. Les metteurs en scène de deux pièces de théâtre, il y a quelques années, "Golgotha Picnic", et "concept sur le visage du Christ", avaient également été menacés par des intégristes catholiques, qui demandaient l'interdiction de ces spectacles et manifestaient pendant leur représentation, aux abords du théâtre, en présence de policiers.

  En Autriche, une activiste d'extrême droite, qui avait critiqué l'islam et le prophète Mahomet dans une conférence, s'en est mieux tirée, malgré ses protestations: elle n'a été condamnée qu'à 450 euros d'amende, et la Cour Européenne des Droits de l'Homme a validé cette décision des tribunaux autrichiens. On le voit: il reste un travail important à accomplir pour séculariser l'image des religions et lutter contre l'intégrisme et l'obscurantisme. Le principe de laîcité, ou neutralité de l'Etat en matière religieuse, est utile en ce sens. Cela rejoint le combat contre l'intolérance prôné par Voltaire, mais aussi,  d'une certaine manière, la vision qu'avait Montesquieu, d'une séparation des pouvoirs (pouvoirs judiciaire, exécutifs et législatif), dans "l'Esprit des lois", qui peut s'appliquer également entre pouvoir temporel, et pouvoir céleste. Reste à appliquer une juste interprétation à cette vision de la laîcité, puisque les législations varient en fonction des pays et des lois qui y sont votées.

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