"Grâce à Dieu" de François Ozon: le scandale de la pédophilie dans l'Église.

Le film de François Ozon, "Grâce à Dieu", à travers le récit de ce scandale de pédophilie en France, dévoile les compromissions de l'Église, et dénonce l'hypocrisie de la hiérarchie épiscopale, incapable de prendre les mesures nécessaires et adéquates, pour prévenir ces dérives inacceptables.

Le film de François Ozon, "grâce à Dieu" relate un scandale de la pédophilie, en France, mettant en cause le diocèse de Lyon, dans lequel officiait jusqu'à très récemment, Philippe Barbarin, archevêque et cardinal, et dénommé pompeusement "le primat des Gaules". Ce sujet est récurrent dans le monde de l'Église, puisqu'un cinéaste américain, Tom Carthy, avait réalisé, en 2015, un drame réaliste, quasi similaire, "Spotlight", mettant en scène une enquète de journalistes de Boston, débusquant une affaire de pédophilie au sein de l'épiscopat, aux États Unis.

 Le film de François Ozon relate l'histoire véridique d'Alexandre, François et Emmanuel, trois hommes, qui de nombreuses années auparavant, ont été abusés sexuellement, par le père Preynat, lorsqu'ils étaient jeunes enfants, et scouts, au sein du diocèse de Lyon. Alexandre, la quarantaine bien sonnée, est cadre bancaire, et semble avoir une vie réussie, puisqu'il est marié et a 5 enfants. Il est toujours resté très croyant, et est issu de la bourgeoisie lyonnaise, catholique et très pratiquante. Pourtant Alexandre n'a jamais oublié les sévices qu'il a eu à subir trente ans plus tôt, et quelle n'est pas sa surprise de de découvrir par hasard, alors qu'il communie dans une Église de Lyon, que le père Preynat qui l'a abusé lorsqu'il était un jeune garçon, officie toujours en contact avec de très jeunes enfants. Il s'en émeut auprès des autorités religieuses, dont le cardinal archevêque, Philippe Barbarin. Celui-ci autorise la psychologue du diocèse, à laquelle s'est confié Alexandre, a organisé une confrontation avec le Père Preyant, et son accusateur. Le Père Preynat reconnait les faits, mais l'entrevue curieusement se termine par une prière commune, entre les trois protagonistes. Le cardinal Barbarin regretterait simplement, dira-t-il que le Père Preynat n'ait pas "demandé pardon" à Alexandre. En fait, ces propos révèlent son hypocrisie, car il aurait évidemment souhaité qu'Alexandre, le jeune plaignant, accorde à son ancien bourreau, son pardon, pour pouvoir ensuite disculper l'Église de ses fautes. La justice divine serait au dessus de la justice des hommes, et tout est bon pour tâcher d'étouffer un scandale qui couve.

  Alexandre n'a de cesse de relancer les autorités religieuses, pour les alerter de la dangerosité du père Preynat, dans l'espoir que la hiérarchie de l'Église prenne des mesures de précaution, pour écarter le prêtre et ne plus le mettre en contact avec des enfants, dans le cadre de ses fonctions ecclésiastiques. Mais la hiérarchie catholique, soucieuse de gagner du temps et de ne pas faire de vague ne prend aucune mesure préventive, et Alexandre constate quelques mois ou années plus tard que le père Preynat est toujours en fonction au même poste, et n'a pas été renvoyé ni même muté. Furieux contre les autorités religieuses, il décide de porter l'affaire devant la justice, et de solliciter d'autres témoignages d'anciennes victimes. C'est alors qu'il fait la connaissance de François, devenu athée depuis, lui-même ancien scout et victime du Père Preynat, ainsi que d'Emmanuel, jeune chômeur marginal, lui même ancienne victime du prêtre, et qui se déclare depuis sa jeune enfance, psychologiquement et socialement détruit. François va créer l'association "la parole libérée", qui vise à obtenir d'autres témoignages de victimes, qui se révéleront fort nombreuses, et à porter l'affaire en justice et sur la place publique, pour dénoncer ses faits, bien que certains s'avèrent visiblement prescrits. Le cardinal Barbarin, lui-même sera assigné en justice, pour avoir couvert le Père Preynat, et ne pas avoir dénoncé ses exactions.

  Ce film dénonce les compromissions de l'Église catholique, dans les affaires de pédophilie, mais également l'hypocrisie de la hiérarchie catholique, soucieuse de préserver son pouvoir et son sentiment de domination sur les âmes, pour ne pas dévoiler sur la place publique un scandale qui pourrait détruire ou affaiblir durablement son autorité. La casuistique religieuse, selon Barbarin, imposerait à la victime de pardonner à son bourreau, après que celui-ci lui a demandé pardon! Ce qui laverait de tout soupçon l'institution religieuse. Le désarroi des héros du film, ancien scouts du diocèse de Lyon, est d'autant plus grand, qu'ils ont accompagné le cardinal Barbarin, et ses troupes, dans son opposition à la loi sur le mariage homosexuel, au nom de la "protection" et du "droit des enfants". Ils découvrent ainsi, à leurs dépends, l'hypocrisie redoutable de la hiérarchie catholique, ses mensonges, ses compromissions. En cause, le célibat des prêtres, le discours répressif sur la sexualité, et l'emprise de domination que peut parfois exercer la hiérarchie épiscopale sur ses ouailles. Plus qu'un film athée, c'est donc plutôt un film anticlérical, remettant en question l'autorité de l'Église, qui peut abuser de son pouvoir sur les croyants placés sous sa dépendance. De ce fait, le pouvoir séculier semble devoir prendre le pas sur le pouvoir divin et religieux pour demander des comptes à celui-ci.

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