Manifestations en Iran: le pouvoir tremble!

Le mouvement de contestation qui a secoué l'Iran, ces dernières semaines, est inédit par son ampleur, puisqu'il a touché simultanément une soixantaine de villes. Ce sont essentiellement les jeunes et les couches populaires du régime qui se sont cette fois manifestées contre la crise économique et la vie chère, mais aussi pour contester finalement la politique générale du gouvernement.

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Fin Décembre, a eu lieu tout une série de manifestations, dans une soixantaine de villes d'Iran contre le régime de Téhéran: même si le phénomène de contestation dans ce pays n'est pas nouveau, l'ampleur des protestations est un fait majeur à signaler: cette fois ce sont des raisons économiques qui ont poussé les iraniens, et notamment les moins favorisés, à descendre dans la rue: l'augmentation drastique des prix des denrées alimentaires de base, la corruption du régime, et le chômage massif, au sein de la population, malgré la signature de l'accord sur le nucléaire iranien, signé il y a quelques années, semblent les causes initiales de ces manifestations. A la différence des manifestations de 2009 qui se sont déroulées pour contester le résultat d'une élection, opposant les "conservateurs" du régime aux "réformateurs", et mettant aux prises essentiellement la classe moyenne et/ou aisées, cette fois ci, le mouvement de protestation couvre une part encore plus importante de la population, et essentiellement des jeunes appartenant aux couches populaires. Beaucoup de ces jeunes ne trouvent pas de travail, et sont en plus étranglés par la situation économique du pays.

Les slogans des manifestations se sont étendus rapidement à une contestation générale du régime des mollahs, puisque l'on entendait "à bas Khomeiny", "à bas Rohani", "à bas le dictateur", "ni Gaza, ni Liban", "prends ma vie". Ainsi, le mouvement de protestation critiquait notamment la dilapidation des richesses, par les pasdarans (Gardiens de la Révolution), dans le financement d'institutions ou fondations religieuses totalement inféodées au régime, et dont ne bénéficient pas l'ensemble de la population, mais aussi la fuite en avant belliciste du régime dans le soutien militaire à des régimes sanguinaires et/ou des groupes terroristes en Syrie, en Iraq, etc, notamment. Donc cela débouche sur un ras le bol généralisé contestant les bases même du régime clérical islamiste.

Le pouvoir en place a réagi en plusieurs temps: dans un premier temps, Rohani, soupçonnant des éléments les plus "conservateurs" du régime d'être à l'origine du déclenchement de ces manifestations, et craignant des débordements, a indiqué qu'il fallait laisser "s'exprimer des espaces de manifestations", mais en évitant "toute violence". Très vite cependant, devant la montée de la contestation, son ton s'est durci, et il a appelé à réprimer "la sédition". Dans un premier temps, des contremanifestations, appelant à soutenir le régime, se sont imposées, pour tenter, vainement, de marquer un coup d'arrêt au vent de subversion qui touchait le pays. Puis de nombreuses arrestations ont eu lieu, parmi les contestataires du régime, et des dizaines de victimes sont tombées, lors des heurts avec les forces de l'ordre (bassidji, pasdarans, force de police, etc). Enfin, alors qu'une rencontre entre Emmanuel Macron, jean Yves le Drian, et Rohani, était prévue à Téhéran, au moment de ces manifestations, Rohani a ressorti, opportunément, la question du complot ourdi par l'étranger et par les moudjahidine iraniens, basés notamment à Auvers sur Oise, près de Paris, et demandé au président français de prendre des mesures pour restreindre les activités, en France, de ce groupe qu'il a qualifié de "terroriste". Devant cette mise en cause de son homologue iranien de réfugiés iraniens séjournant en France depuis de nombreuses années, Emmanuel Macron s'est contenté de recommander à Rohani la "retenue" et "l'apaisement" dans la gestion des manifestations, et il a reporté, à plusieurs mois, la décision d'aller rencontrer le président iranien à Téhéran. Il semble que le président français souhaite demander au chef de l'Etat iranien la fin de son soutien aux milices chiites en Iraq, qui empoisonnent la vie des populations locales sur place, ou bien de se désengager du conflit militaire en Syrie, pour tenter d'amorcer une transition politique, dans ce pays, sans Bachar El Assad. On le voit, le débat se poursuit sur le rôle du régime intégriste iranien, tant à l'intérieur de ses frontières qu'au niveau international.

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