Émeutes en Tunisie: triste anniversaire de la chute de Ben Ali...

La Tunisie est frappée, en ce début d'année, par une série d'émeutes, consécutives au vote, par les pouvoirs publics de la loi de finances 2018: ces manifestations incontrôlées sont la conséquences logique du marasme social et économique qui touche le pays, et de la politique d'austérité engagée par le gouvernement, sous la pression des instances financières internationales.

Alors que survient le septième anniversaire de la chûte de l'ancien dictateur ben Ali, qui allait déclencher à l'époque un vaste mouvement de fond, intitulé "printemps arabe", la Tunisie est secouée par une vague d'émeutes, touchant l'ensemble du pays, suite au vote, par l'Assemblée Représentative Populaire, de la loi de finances 2018. Sous l'impulsion du Fond Monétaire International, le pouvoir tunisien s'est senti obligé et contraint de faire voter des mesures d'austérité drastiques, provoquant la hausse des prix du téléphone, d'internet, du gasoil, de denrées alimentaires de bases, mais également une hausse de la TVA, ainsi qu'une augmentation des impôts. La pilule semble amère pour la population, qui espérait, après le départ de Ben Ali, en 2011, pouvoir réclamer et obtenir "travail et dignité". Mais 7 années plus tard, si le pays du jasmin s'est doté de nouvelles institutions, après une transition "démocratique" et des élections libres, le marasme social et économique est patent, et certains observateurs, à l'intérieur du pays craignent également la persistance de pratiques autoritaires issues de l'ancien régime, qui bloqueraient de véritables réformes, au sein de l'appareil d'Etat, pour relancer l'économie, mais aussi moderniser le système judiciaire et politique.

 C'est dans ce contexte, et alors que les tunisiens manifestent tous les ans, à la même époque, pour encourager le changement de régime, depuis le départ de Ben Ali, que sont survenues ces violentes échauffourées du Nord au Sud du pays, mettant aux prises de nombreux jeunes avec la police. A Tébourba, près de Tunis, un jeune est décédé, suite à un accrochage avec les forces de l'ordre, un autre est tombé dans le coma, dans une autre commune. A Siliana, dans le Sud, des pierres ont été jetées sur les forces de l'ordre. Et le premier ministre a dénoncé des actes de vandalisme. Les forces politiques se rejettent la responsabilité des violences, la gauche radicale soutenant les manifestants et fustigeant la politique du gouvernement, et les partis de gouvernement dénonçant des provocations sources de sabotages et de débordements. Mais le mouvement de protestations semble spontané et aucun leader ne semble émerger dans ces mouvements de foules, si ce n'est un mystérieux collectif intitulé "qu'est ce qu'on attend?" (Fech Nestannew). On ne peut que regretter cette évolution de la situation politique et économique. D'aucuns redoutent un scénario économique similaire à celui de la Grèce, avec un pays qui risque une situation de faillite et/ou de mise sous tutelle par les institutions financières internationales. Une triste hypothèse qui s'avèrerait peu glorieuse pour la très jeune démocratie tunisienne, alors que celle-ci représentait un espoir après le printemps arabe.

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