"Un homme intègre" de Mohammed Rasoulof: une critique sociale et politique de l'Iran.

Dans son dernier long métrage, intitulé "un homme intègre", le cinéaste Mohammed Rasoulof, réalise à nouveau une critique sociale et politique de la République Islamique d'Iran: il y dénonce une corruption généralisée régnant dans ce pays, source de compromissions récurrentes, vis à vis desquelles il est difficile de s'extraire, sauf à devenir une véritable victime du système.

Mohammed Rasoulof est un cinéaste iranien qui, dans ses films, critique volontiers le régime de Téhéran. Dans l'un de ses précédents longs métrages, notamment en 2011, avec la sortie d'"Au revoir", il dénonçait déjà les tracasseries policières s'exerçant contre des militants des droits de l'homme, notamment à l'égard de la femme d'un journaliste blogueur en prison, et qui tentait de fuir l'Iran, parce qu'elle était interdite d'exercer son métier d'avocate. Cette oeuvre primée, à l'époque, au festival de Cannes, lui avait valu une condamnation à un an de prison, pour "activité contre la sécurité nationale et propagande", en même temps que la condamnation à 6 ans de prison infligée à Jafar Panahi, autre cinéaste célèbre, qui prenait parti pour les manifestants du "printemps de Téhéran", en 2009.

 En 2017, Mohammed Rasoulof récidivait, si l'on ose dire, avec la sortie d'"Un homme intègre", primé à nouveau à Cannes, en Mai dernier, dans la catégorie "un certain regard". Après la sortie de son film, et alors qu'il lui avait été signifié une interdiction de sortir d'Iran, et qu'il n'avait pu recevoir son prix, comme en 2011, le cinéaste était convoqué, en octobre dernier, par la police de son pays, et risquait jusqu'à 6 ans de prison, pour être accusé d'"activités contre la sécurité nationale" et de "propagande contre le régime". Dans ce film, Rasoulof critique volontiers le climat d'"oppression" qui règne au pays des mollahs, comme il l'annonce, en prologue: il met en évidence, ici, dans ce long métrage, la corruption généralisée de la République Islamique qui gangrène toute la société, et au sein de laquelle "tout s'achète", et qui fabrique de ce fait, soit des "opprimés" soit des oppresseurs", comme il l'explique avec pessimisme.

Reza, le héros du film, a fui Téhéran, avec sa femme, pour s'installer à la campagne, et y élever des poissons rouges (très prisés pour le Nouvel An iranien) dans un bassin de pisciculture. Sa femme elle est directrice d'école. Reza refuse les compromissions et les passe droits: il renonce dans un premier temps à verser un dessous de table à son banquier, pour trouver un arrangement concernant un remboursement de crédit qu'il a du mal à honorer, et qui lui permettrait de ne pas payer de lourds aggios qui le pénalisent. Puis, c'est la compagnie des eaux, dont le directeur est un potentat local, et un vrai mafieux, qui veut l'obliger à vendre son terrain. Notre héros refuse de se laisser intimider. Mais bientôt, son ennemi tue ses poissons rouges en libérant des oiseaux malfaisants qui vont décimer sa culture dans son bassin. Et le rusé mafieux n'hésite pas à se procurer un faux certificat médical, qu'il monnaye, pour se présenter comme victime d'une rixe violente avec son adversaire. Le jeune homme est alors accusé, par la police, de violence à l'égard du potentat local. Il semble s'enfoncer irrémédiablement et paye cher son "intégrité", et son entêtement, à ne pas vouloir céder aux compromissions. Son épouse tente alors une ultime manoeuvre, pour lui porter secours: elle essaye d'amadouer la fille du potentat et directeur de la compagnie des eaux, brillante élève dans son école, et demande à celle-ci d'aller convaincre son père de retirer sa plainte contre son mari. Mais cette entreprise échoue, car le potentat local s'avère être un tyran odieux encore plus terrible que prévu, à l'égard notamment de sa propre famille, dans laquelle il incarne à l'évidence un symbole du patriarcat dominant qui écrase tout. De la sorte, notre héros se retrouve acculé et piégé par le système oppressant auquel il entendait résister. Et il finit par capituler.

 Pour l'année 2018 qui vient de débuter, on ne peut que souhaiter bonne chance à Mohammed Rasoulof, face à ses accusateurs ou à ses juges, et manifester notre solidarité à l'égard de tous ceux qui résistent et réaffirment leurs droits de lutter contre toutes les injustices, notamment en Iran!

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