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Billet de blog 14 janv. 2022

Iran: "la Loi de Téhéran", film de 2019

"La Loi de Téhéran", est un polar iranien, sorti en 2019, qui se veut une critique sociale et politique du régime en place. Le réalisateur, Saeed Roustayi nous décrit un tableau impitoyable de la situation sociale iranienne, ravagée par le phénomène de la drogue, que l'attitude extraordinairement répressive des autorités ne parvient pas à endiguer.

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"La Loi de Téhéran" est un film iranien sorti en 2019, avant la pandémie de Covid 19, et réalisé par Saeed Roustayi. Ce film policier, qui est un drame social haletant, raconte l'histoire d'un policier, en Iran, traquant les consommateurs de drogues ainsi que les dealer, dans un pays qui compte, 6,5 millions de clients potentiels de cracks ou autres substances potentiellement illicites. Le titre original du film, "six mètres et demi", tout comme le titre anglophone international "Just 6,5" donne ainsi l'idée de ce phénomène social et politique, alors que l'Iran est en proie à la pauvreté endémique, la corruption, et les sanctions internationales qui le minent, et qu'il possède une frontière commune avec l'Afghanistan, premier producteur mondial de pavot.

 Le film raconte l'histoire d'une enquète policière, et met en scène deux ou trois acteurs clefs: le policier, Samad, joué par Paymad Maâdi, primé en 2011, pour le film d'Asghar Fahradi, "une Séparation", par un Ours d'interprétation au festival du film de Berlin; le trafiquant de drogue, Naser Khakzad, joué par Nawid Mohammadzadeh, prix du meilleur acteur du festival international du film de Tokyo, en 2019; et Hamid, le collaborateur policier de Samad. Saeed Roustayi dépeint un policier, le héros du film intransigeant et qui ne lâche rien, et qui peut faire preuve, pour arrêter des prévenus, de brutalité, dans un pays où la simple possession de drogue sur soi peut valoir la "peine de mort", et notamment la pendaison, que cette possession soit de "30 grammes ou 50 kilos", comme le fait subtilement remarquer Naser Khakzad, le dealer, et où la complicité et/ou assistance au porteur de drogue vaut peine de prison systématique. L'intrigue de l'histoire est rudement menée, conduisant parfois à des images presque insoutenables, comme lors de cette course poursuite, au début du film, entre le héros policier, et une petite frappe, qui termine sa course dans un trou, dans lequel il sera enterré vivant par un engin de chantier. Le film de Saeed Roustayi se veut une critique subtile mais évidente de la politique répressive implacable de l'Iran, en matière de drogue, car en quelques années, malgré les peines sévères infligées aux trafiquants, consommateurs de drogues, et complices présumés, le nombre de consommateurs de ces substances illicites est passées de 1 million à 6,5 millions, traduisant l'impuissance des autorités (qu'elles soient judiciaires, policières ou politiques) pour endiguer le phénomène. Le tableau des prisons iraniennes où s'entassent, serrés comme des sardines, des dizaines et des dizaines de prévenus, zombis hagards,déshabillés et installés dans le plus simple dénuement, sous les regards durs et martials de leurs geôliers, donne une image effrayante des conditions carcérales des prisonniers dans l'Iran d'aujourd'hui. Le drame policier décrit l'attitude intransigeante du policier Samad, traquant, lors de perquisitions expéditives, la moindre dissimulation ou mensonge, comme celle de cette femme, Eihman, jouée par Parinaz Izadyan, démasquée par un chien, qui sent sur ses vêtements l'odeur de la drogue, alors que son mari, suspecté de trafic, s'est absenté quelques minutes. Mais cette intransigeance, qui a pour effet, de conduire la Justice à exécuter plus de prévenus, en Iran recorman du monde du nombre de personnes pendues, rapportées au nombre d'habitant, est un tonneau des danaïdes, car cette sanction, loin de freiner le développement de la délinquance, ne fait qu'accentuer ce phénomène, dans un pays, où les trafics illicites constituent un moyen comme un autre, pour les iraniens d'assurer leur survie économique, comme le souligne le dealer Naser Khakzad: dans un long développement, ce dernier explique qu'il n'a pu éviter cette dérive funeste, dans l'espoir de nourrir et d'éduquer sa famille. Le film prend d'ailleurs des accents de mélodrame, lorsque le réalisateur film le neveu du dealer, Naser Khakzad, rendant visite avec sa famille, au parent de la drogue, quelques jours avant son exécution, et esquissant des scènes de gymnastique, devant son oncle médusé. Les enfants, dans ce film, peuvent également être victimes de la politique pénale iranienne, comme ce fils, contraint de "porter le chapeau", pour son père, selon l'expression du juge, et condamné à être enfermé dans un centre éducatif fermé.

  Les policiers ne sont pas à l'abri d'être accusés de corruption, c'est-à-dire, d'être achetés pour assurer la libération d'un trafiquant, comme le héros du film, Samad, lui-même mis en garde à vue, pour être soupçonné d'avoir dissimulé deux kilos d'héroïne, et qui ne doit son élargisse-ment, qu'in extrémis, et alors que Naser Khakzad a échappé miraculeusement d'une première exécution, quelques années auparavant, lors d'une première arrestation, avant d'avoir été mystérieusement libéré...

   Finalement, Samad le policier fait un aveu d'échec, à la fin du film, en démissionnant de son poste, alors qu'il vient d'être nommé commis-saire, mais qu'il fait le constat de son impuissance à endiguer ce fléau de la drogue, dans cet Iran répressif et carcéral, où la prohibition doublé d'un régime de terreur, sont présentés comme seul remède à un mal endémique. Plus qu'une critique sociale, "la Loi de Téhéran" se veut aussi l'expression d'une critique politique, bien que le film ait réussi à contourner et à vaincre, après 8 mois d'attente, les rigueurs de la censure du ministère de la Culture et de l'Orientation Islamique.

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