Mouvement des gilets jaunes: un antiparlementarisme inquiétant.

Le mouvement des gilets jaunes a commis deux erreurs lors de ce mouvement social: son refus de se structurer politiquement et d'accepter une médiation des forces politiques et syndicales, d'une part. Son absence de volonté de négocier avec le gouvernement d'autre part. Ce dernier est resté dans une gestion très sécuritaire du mouvement social qui a été durement réprimé.

Le mouvement des gilets jaunes s'est positionné, dès le début, comme une forme de révolte des habitants des zones périurbaines et/ou rurales contre les élites et/ ou populations aisées des grands centres urbains. Une série de revendications et de doléances ont été formulées rapidement après une mobilisation expresse autour des réseaux sociaux, et s'est rapidement cristallisée sur son opposition aux taxes (carbone, TVA), pour une augmentation des salaires, et l'adoption du référendum d'initiative citoyenne, comme mode de fonctionnement et de démocratie.

   Certes, si au départ, certaines difficultés sociales constatées et/ou revendications paraissaient légitimes, comme le problème de la dépendance excessive à la voiture et son corolaire environnemental et social, ou encore la persistance des inégalités économiques et territoriales qui minent la société française, le mouvement des gilets jaunes a commis manifestement deux erreurs: son refus d'une part de se structurer politiquement, en désignant des interlocuteurs crédibles et soudés, pour négocier avec les pouvoirs publics. D'autre part, sa stratégie simpliste, du moins de la base la plus radicale des gilets jaunes, constituant en un antiparlementarisme primaire (domiciles d'élus saccagés, parlementaires gravement insultés, demande de dissolution de l'Assemblée Nationale préalable à toute discussion), et la simple dénonciation du "président des riches" qui devait rendre gorge. Résultat des courses: un mouvement spontané, peu structuré, qui refuse toute médiation politique ou syndicale, s'exprime par la violence et provoque en retour la répression du gouvernement (usage de balles de défense, grenades d'encerclement, occasionnant une critique officielle du Parlement européen, exprimant son souci du "respect de l'intégrité physique" des manifestants et de "l'usage proportionné de la force", loi anticasseurs limitant sévèrement le droit à manifester). Résultat des courses: 2700 blessés (1000 du côté de la police, 1700 chez les manifestants), des dizaines de blessés graves à la tête, 5000 arrestations en trois mois: bref l'un des mouvements sociaux les plus durs que l'on a connu depuis une cinquantaine d'années.

  Si le gouvernement français n'est pas exempt de tout reproche dans la gestion du conflit (gestion très sécuritaire du maintien de l'ordre, "grand débat" aux allures de campagne électorale ou vague consultation citoyenne, mais dont l'issue concrète semble très indécise, et l'impartialité sujette à caution), la responsabilité du mouvement des gilets jaunes dans l'échec d'une vraie négociation aux allures de conférence citoyenne, qui aurait pu impliquer les forces syndicales, citoyennes et politiques, n'est pas nulle. Pire encore: par son caractère trop spontané et le manque de maîtrise de sa communication, le mouvement des gilets jaunes favorise les passages à l'acte inadmissibles: la parole antisémite se renforce, même si elle n'est pas, loin s'en faut, l'apanage de ce mouvement social, et qu'elle préexistait nettement avant l'émergence de celui-ci.

 Tout ceci ne prédispose rien de bon: l'absence manifeste de culture politique, les discours simplistes, peuvent provoquer un retour de bâton inquiétant: stigmatisation des précaires, limitation des espaces de liberté, discours réactionnaires et non plus progressistes ni solidaires. On risque de passer largement à côté de l'image "exemplaire" des sans culottes que les initiateurs de ce mouvement pensaient incarner au départ.

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