Tunisie: Révolution du Jasmin, 10 ans après!

le 14 Janvier 2021 a marqué l'anniversaire des 10 ans de la Révolution, en Tunisie: un anniversaire amère, secoué par des manifestation et des émeutes de la jeunesse dans de nombreuses villes: la déception, liée au marasme économique, est grande. Malgré le retour de la démocratie, la Tunisie n'a pas tenu ses promesses, en matière de Justice sociale, et de dignité.

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La Tunisie est le théâtre, depuis quelques semaines, de manifestations et d'émeutes, dans différentes villes: Tunis, Kasserine, Sidi Bouzid, etc. Ce sont les laissés pour compte du régime, depuis la Révolution de 2011, qui se révoltent: jeunes (diplômés ou non), issus des catégories défavorisées, de la banlieue de Tunis, ou des régions du Sud. 600 personnes ont été arrêtées, par les forces de l'ordre. Le renversement du régime de Ben Ali, avait laissé beaucoup d'espoir à la jeunesse, puisque les manifestations de Janvier 2011, qui faisaient suite à l'immolation par le feu, du marchand ambulant, Mohamed Bouazizi, issu de Sidi Bouzid, suite à la confiscation de son matériel par la police, exprimaient des revendications de dignité, de justice sociale, et de liberté, c'est-à-dire la fin de la corruption, incarnée par le clan de la famille de ben Ali, le partage des richesses et du travail, et le retour d'un État de Droit et des libertés publiques contre la dictature, et son cortège d'oppression (répression, emprisonnement, délation, culte de la personnalité).

10 ans après le retour de la démocratie, qu'en est-il? La Tunisie a longtemps incarné l'espoir d'une réussite du printemps arabe: l'idée que les changements opérés permettraient, par le biais d'une transition pacifique, c'est-à-dire d'une insurrection populaire et citoyenne, sans effusion de sang, d'instaurer le progrès social, la liberté d'expression, et le partage des richesses, et d'incarner ainsi une ultime réussite du printemps arabe, sans guerre civile (comme en Syrie), sans chaos comme en Lybie, ni répression systématique des opposants comme en Égypte. Mais 10 ans après, la constat est amère. Certes, le pays du jasmin a obtenu des institutions stables, avec un régime parlementaire et des élections libres. L'étau de la dictature a été desséré et la liberté d'expression semble garanti: media pluralistes, droit de manifester, poids de la société civile, etc. Se trouvaient ainsi conforté les prémices d'un projet humaniste, faisant la part belle au progrès social, confortant ainsi les réformes de Kerredine Pacha, dans la 2e moitié du 19e siècle, en faveur de la liberté d'expression, de l'éducation, et l'instauration de tribunaux civils, ou le combat pour la décolonisation, permettant d'améliorer, après l'instauration de la République en 1957, le droit des femmes, avec l'instauration du Code du Statut Personnel et l'éducation, prémices d'une mobilisation plus importante de la société civile (dès les années 60) pour la défense des Droits contre l'oppression et/ ou l'obscurantisme. Mais, en 2021, la déception est grande: en cause, le marasme économique qui est patent. Depuis quelques années, le dinar tunisien a perdu 40 pour cent de sa valeur, et le pouvoir d'achat moyen des tunisiens a chuté de 30 pour cent. Le chômage des jeunes atteint au taux record de 35 pour cent, contre 16 pour cent de l'ensemble de la population active. Le pays est presque en situation de faillite. La corruption n'a pas disparu, ni dans la société, ni au sein de la classe politique: il y a quelques mois, le ministre de l'environnement a du démissionner du gouvernement, pour avoir autorisé illégalement la réception, en Tunisie, de déchets, en provenance d'Italie, pour y être traité. Le premier ministre, en Septembre dernier, a du quitter son poste, après avoir été mis en cause, dans une affaire de favoritisme, au sein d'un marché public. L'assurance maladie tunisienne est en faillite, du fait de la contrebande de médicaments, et de détournement de fonds publics au sein de la pharmacie centrale de l'État. La jeunesse n'a pas de travail et se désespère: la contrebande d'essence et de gaz, issue de la Lybie, bat son plein, dans le sud de la Tunisie, et constitue un moyen de subsistance dérisoire pour de jeunes déshérités, et laissés pour compte de la Révolution. Le nombre de candidats au départ, dans des bateaux de fortune, vers l'Italie et l'Europe, a explosé ces dernières années.

  Aujourd'hui, la démocratie tunisienne semble en danger. Certains regrettent déjà le régime de Ben Ali: à quoi bon exiger et revendiquer la liberté, si les citoyens ne mangent pas à leur faim, ou ne peuvent pas subvenir à leurs besoins les plus élémentaires, clament-ils? Un comble pour un pays qui avait assisté aux révoltes du bassin minier de Gafsa, en 2008, en marge de l'exploitation des mines de phosphates, au cours de laquelle, les procédures de recrutement et d'embauches de personnel n'avaient pas été respectées. Le régime parlementaire, élu à la proportion-nel, ne favorise pas, pour un certain nombre d'observateurs et/ou de militants des droits de l'Homme, une majorité d'idées claire, et renforce, paradoxalement, la faiblesse de l'État: une forme d'instabilité politique perdure, puisque 10 gouvernement politiques se sont succédés, d'une manière expresse, depuis la révolution de 2011. Le maintien au pouvoir, depuis la début de la Révolution, d'une caste de dirigeants, comme les islamistes d'Ennadha, qui ont participé à toutes les coalitions au pouvoir, depuis 10 ans, sont rendus en partie responsable du marasme écono-mique actuel. L'absence d'une cour Constitutionnelle, dans le pays, participe également de ce sentiment d'inachèvement du processus démocratique, car elle ne permet pas d'encadrer, les lois votées par l'Assemblée des Représentants du Peuple. Du point de vue de la Justice transitionnelle, les tunisiens restent sur leur faim: ils n'ont pas obtenu la condamnation du couple des Ben Ali, qui s'était réfugiés en Arabie Saoudite, et la confiscation de leurs avoirs financiers à l'étranger. Pire encore: deux députés ont été assassinés, en 2013, et les commanditaires de ce crimes, n'ont pas été poursuivis ni inquiétés, ce qui fait soupçonner des complicités au sommet de l'État, pour les protéger.

  La crise du coronavirus n'a évidemment rien arrangé: la Tunisie, qui avait bien résisté, lors de la première vague, en mars et Avril dernier, en instaurant très tôt un confinement de la population, se retrouve maintenant en difficulté, avec près de 5000 décès depuis le début de la pandémie, pour une population totale de 11 millions d'habitants seulement. Les services de réanimation sont débordés dans le pays (parfois saturés à 90 pour cent de patients Covid 19, dans certaines villes), et le système social ne compense pas efficacement du tout le chômage ou les mesures de restriction liées à la pandémie, contrairement à certains pays d'Europe. le pays du Jasmin en est réduit à demander l'aide de l'Algérie, qui va lui fournir provisoirement le vaccin russe Spoutnik 5, à partir du mois de Février, en attendant de pouvoir recevoir des livraisons du vaccin Pfizer/ Biotechn, probablement à la fin du mois de Mars, comme l'avait promis l'Union Européenne, qui s'était engagée à les lui fournir. 

   Comme on le voit, l'inquiétude est de mise....

 

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