Open Arms: le calvaire des réfugiés!

Après 19 jours interminables de blocage, l'Open Arms a été autorisé, par la justice italienne, à accoster sur l'ile de Lampedusa, avec à son bord 107 migrants, originaires d'Afrique subsaharienne et de Syrie. Le règlement Dublin 3 de l'Union Européenne est également en question, mettant en évidence l'impasse juridique dans laquelle se trouve l'Europe sur le plan de la politique migratoire!

Mardi 20 Août, l'Open Arms, navire affrété par une ONG espagnole, a été autorisé a accoster à Lampedusa, avec à son bord plus d'une centaine de migrants, originaires pour la plupart de pays d'Afrique subsaharienne et de Syrie. Pourtant, pendant près de 3 semaine, le ministre de l'intérieur italien, Matéo Salvini a voulu s'opposer à cet accostage, et c'est finalement la justice italienne, par la voix de son procureur d'Agrigente, qui a ordonné l'accostage du bateau dans l'île italienne. Comment en est-on arrivé là? Du fait de contradictions politiques évidentes. Le droit de la mer, et le règlement Dublin 3 imposent aux bateaux humanitaires, véhiculant des migrants en provenance d'Afrique (Libye, etc) ou d'Asie, et faisant route vers l'Europe, d'accoster sur le port le plus proche. En pratique, donc les ports les plus proches sont représentés concrètement par les ports de l'île de malte, l'île de Lampedusa, et les îles Cyclades (Grèce). Par ailleurs, ce règlement interdit aux migrants, s'ils sont enregistrés dans un pays de l'UE, et ont fait une demande d'asile dans ce pays, de faire une autre demande d'asile ou de titre de séjour, dans un autre pays de l'Union Européenne, s'ils ont été déboutés de leur demande dans le premier pays d'accueil. Dès lors cette situation ubuesque fait que, depuis 2013, date de la mise en application de ce règlement, l'Italie et la Grèce supportent le poids le plus importants d'accueil de réfugiés, par voie maritime, notamment. Parfois, cyniquement ces pays, n'enregistrent pas les demandes d'asile ou de titre de séjour de ces migrants, dans l'espoir qu'ils passent entre les mailles du filets, et se dirigent ainsi vers un autre pays d'accueil. Ou encore, certains migrants se retrouvent en prison pour séjours irréguliers, dans ces pays, alors qu'ils n'ont même pas pu faire de demande de titre de séjour. Par ailleurs, un accord entre la Turquie et l'Union Européenne stipulait, récemment encore, que pour un réfugié autorisé à rentrer sur le territoire de l'UE, en provenance de la Turquie, celle-ci s'engageait à en reprendre un, refoulé automatiquement et arbitrairement du même territoire de l'UE. Ce qui souligne l'iniquité actuelle des accords européens, en matière de droit d'asile

  En 2015, des pays de l'ouest de l'Europe avait proposé une répartition équilibrée des réfugiés entre tous les pays de l'Union Européenne, selon une méthode de quota proportionnel au poids économique de chaque pays. Mais les pays du groupe de Viesengrad (Hongrie, Pologne, République Tchèque, Slovaquie) avait refusé la proposition. L'Allemagne d'Angela Merkel avait alors proposé, de son propre chef, d'accueillir, sur son territoire, en un peu plus d'une année, un million de réfugiés, pour une bonne part issus de la Syrie. Depuis, en 2017, une coalition populiste est arrivée au pouvoir en Italie. Le ministre de l'intérieur, Matéo Salvini, leader de la Ligue, parti d'extrême droite, a fait de la question migratoire, un chiffon rouge électoral, et il a fait voter un décret, par le sénat italien, interdisant l'accostage sur les côtes italiennes de bateaux de migrants, qu'il intitule cyniquement de "croisières touristiques", et ordonnant la saisie des bateaux humanitaires, affrétés pour l'occasion par des ONG humanitaires, et l'arrestation des personnels navigants, s'ils enfreignent cette interdiction d'accostage. C'est ainsi que le Sea Watch, en Juin dernier, affrété par une ONG allemande s'est vu interdire, pendant 17 jours, l'accès à l'île de Lampedusa, avant que la capitaine du bateau, Carola Rakete, ne force le passage face aux garde côtes italiens. Elle devait être jugée et risquait jusqu'à 10 ans de prison, pour aide à l'immigration irrégulière, selon le code pénal italien. Mais pour le coup, la loi italienne entre en complète contradiction avec le droit européen de la mer, qui oblige les ports les plus proches, à accueillir ces bateaux en détresse.

  Le règlement de Dublin 3 n'est plus applicable. Certes, la France, par légalisme excessif, refuse aux différents bateaux humanitaires, ayant navigué successivement ces derniers mois, en Méditerranée (Aquarius, Sea Watch, Open Arms), d'accoster sur ses côtes (Marseille, Corse), au motif que ces ports d'accostage ne sont pas les plus proches en Méditerranée. Mais l'Espagne, par la voie de son gouvernement, ou de certaines municipalités qui la composent, réagit différemment, et propose régulièrement aux navires humanitaires ses côtes pour leur permettre d'accoster, alors que la distance d'accès est assez éloignée. Par ailleurs les contradictions et les incohérence de la politique migratoire de l'Europe apparaissent au grand jour: si la France refuse de proposer ses côtes pour l'accostage de ces bateaux humanitaires, elle prend néanmoins l'initiative, avec d'autres pays de l'Union Européenne, volontaires pour l'occasion, d'accepter une répartition des réfugiés sur leurs territoires respectifs, et de permettre à ces migrants d'y faire leur première demande d'asile ou de titre de séjour, après l'accueil initial, en Italie, à Malte, ou en Espagne. Le règlement de Dublin ne semble donc plus adapté, d'une part, à la situation actuelle, d'autre part, les politiques migratoires antieuropéennes et nationalistes, voire xénophobes, de certains pays, comme l'Italie, la Hongrie, actuellement, posent un réel problème, et pointent du doigt les failles, insuffisances et incohérences du droit européen, en la matière! Une réforme du droit d'asile et des politiques migratoires est urgente!

 

 

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