les gilets ou les ambiguités de l'idée de Révolution

Le mouvement des gilets jaunes est manifestement l'un des mouvements sociaux les plus durs que la France a connu depuis de nombreuses années. Il souligne les fractures territoriales et économiques de la société Française, suscitant l'inquiétude des autorités françaises. Face à la contestation, le gouvernement a du réagir en urgence, mais sans changer le cap de sa politique économique.

Le mouvement des gilets jaunes s'est manifesté comme un mouvement d'ampleur de classes populaires de zones périurbaines, rurales ou de provinces, pour faire valoir des revendications sociales concernant la vie chère et le pouvoir d'achat. Il est apparu pour certains comme le combat des nouveaux sans culottes, pour d'autres comme l'expression d'un certain poujadisme ou populisme d'un groupe social ne maîtrisant pas les codes habituels de la revendication sociale ou syndicale. Certains sont allés jusqu'à suggérer  que ce mouvement des gilets jaunes symbolisaient la révolte des ronds points contre les prétoires ou tribunes parisiens. Ce mouvement souligne à l'évidence les fractures territoriales et de la société française, sur les questions sociales et économiques, et les contradictions manifestes engendrées par ces inégalités.

 Les gilets jaunes après s'être organisés rapidement et "spontanément" on envoyé début Décembre un cahier de doléances, ciblant 42 propositions, destinées au président et au gouvernement, obligeant ce dernier à sortir de sa réserve arrogante habituelle. Les questions sociales et écologiques, ainsi que l'aménagement du territoire sont abordées, ainsi que la question de l'immigration, pourtant retiré du projet de concertation proposé par Emmanuel Macron, parce que ce sujet ne concernait pas directement la mobilisation sociale en cours, et les revendications premières mises en avant. Dans un premier temps, les gilets jaunes ont exigé la fin de l'augmentation des taxes sur le carburant, au motif que cela pénalisait les automobilistes souffrant de difficultés sociales par ailleurs, puis dans un deuxième temps, ils ont affirmé leur désir de voir inscrit dans la constitution le principe du référendum d'initiative citoyenne, mais sans préciser le type de garde fous qu'ils souhaitaient pour encadrer cette mesure, afin de contester le manque de démocratie et la manière de gouverner du président Macron. Emmanuel Macron a cédé sur la première proposition, annulant pour l'année 2019 les augmentations de taxe, liées à la taxe carbone, et touchant au carburant et à l'électricité, renonçant ainsi à l'une des promesses des gouvernements de François Hollande de rééquilibrer la fiscalité du gazoile sur celle de l'essence, au nom de la "paix sociale." Dans la foulée, il a proposé, face aux demandes d'augmentation du salaire minimum de la part des gilets jaunes, une hausse de la prime d'activité, une défiscalisation des heures supplémentaires, une taxation des GAFA, mais sans rétablir intégralement l'impôt sur la fortune comme le lui demandaient certaines organisations. En réponse à la demande de plus de démocratie, de la part des gilets jaunes, il a proposé une concertation de trois mois avec les élus locaux, sur 4 thèmes liés à la démocratie, la transition écologique, le social ou la réforme de l'Etat, sans promettre d'engagement particulier sur l'accompagnement social, et sans remettre en cause le cap de sa politique libérale. Face à la violence de la contestation, "Jupiter" a du changer de méthode. Fini les attitudes désinvoltes? On se souvient de ses propos: " si vous voulez trouver du travail, vous n'avez qu'à traverser la rue". Ou face aux compromissions de son conseiller à la sécurité: "qu'ils viennent me chercher". Maladresse de forme, qui peut masquer un problème sur le fond du roi président.

 Au delà de la question de savoir s'il faut encenser la démarche des gilets jaunes (le "ça ira", "ça ira"), ou au contraire le diaboliser (violence manifeste de la contestation, propos ou dérapages "complotistes"), cette mobilisation, dans un pays ou les manifestations sont pourtant récurrentes et les possibilités ou occasion d'exprimer son mécontentement fort nombreuses, souligne de fait la nécessité pour les citoyens de s'organiser, d'échanger, pour transformer positivement la société, sans forcément tout attendre de la verticalité politique ou hiérarchique. Il est par exemple assez édifiant de constater, parallèlement aux manifestations chaotiques des gilets jaunes qui ont rythmé ces dernières semaines, la persistance ou l'émergence de manifestations contre le réchauffement climatique, malgré la morosité ambiante.

 

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