Le film Timbuktu du franco mauritanien Abderrhamane Sissako a obtenu un franc succès, lors de la cérémonie des césars, cette année, raflant plusieurs prix. Ce film qui se déroule dans le désert subsaharien dénonce le rôle des djihadistes au Mali, ceux-ci faisant régner un régime de terreur après des populations locales. La dénonciation de l'instauration violente et forcée de la charia par ces djihadistes ne se fait pas à coup d'images chocs et terribles, mais en suggérant le caractère absurde et stupide de cette pratique, qui ne provoque qu'incompréhension et désapprobation de la population locale, opprimée par des tyrans venus d'ailleurs. Le contraste est saisissant entre le comportement pacifique et paisibles des habitants de Tombouctou, tels qu'ils sont montrés dans ce film, et le caractère antidémocratique, autoritaire, tyrannique et absurde, des consignes données par les djihadistes à la population locale, pour l'application pleine et entière de la charia, obsurantiste et incompréhensible: la pratique et l'écoute de la musique devient interdite, il est interdit de fumer des cigarettes, de faire la cuisine sans porter de gants pour les femmes, même par une chaleur étouffante; l'adultère est puni de lapidation, etc. Les femmes font face courageusement et ne se laissent pas intimider, même si elles se plient à contrecoeur aux ordres terribles des djihadistes.
Le drame du film se noue autour du personnage de Kidane, berger touaregh, marié à Satima,et qui a une fille de 12 ans, appelée Toya, qui l'aide à garder des vaches dans le désert. Lorsqu'il tue accidentellement un pêcheur, avec lequel il a un différend, un tribunal djihadiste entre en action, froidement, et de manière deshumanisé: la loi islamique impose le prix du sang, sauf si la famille du défunt pardonne la mort de leur proche. On imagine l'absurdité de la scène,la mère de la victime ne se résolvant pas à pardonner " pour l'instant ", laissant la justice impitoyable s'opérer.
On imagine que c'est une oeuvre de fiction . La beauté des visages et des paysages laisse songeurs. On se prend à rêver que les habitants de tombouctou, "pieux mais tolérants" sont aussi doux dans la réalité que dans le film. Peut-être à tort (?). Magie du film (?) .La sobriété des scènes s'impose, sans complaisance avec la violence. Reste la fable exemplaire du film, pour la tolérance et l'amitié entre les peuples, aux antipodes du fanatisme et de l'obscurantisme incarnée par les djihadistes....