Iran: le procès de l'attentat manqué de Villepinte.

Le procès de l'attentat manqué, en 2018, à Villepinte, contre l'opposition iranienne, se déroule Vendredi 27 et Lundi 30 Novembre, à Anvers, en Belgique. L'occasion de dénoncer les manoeuvres du régime de la République islamique d'Iran, qui n'hésite pas à utiliser toutes les méthodes possibles d'intimidation, y compris le terrorisme, pour combattre ses adversaires.

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Il y a deux ans, le 30 Juin 2018, lors du meeting annuel organisé par l'opposition iranienne, dans la banlieue de Paris,  le régime iranien a tenté de faire exploser une bombe, au parc des expositions de Villepinte. L'attentat a été déjoué, in extrêmis, par les services secrets, et 4 personnes ont, de suite, été arrêtées et emprisonnées, dont un couple à Bruxelles, et un diplomate iranien, Assodollah Assadi, en poste à l'ambassade d'Iran en Autriche. Le ministère des affaires étrangères français avait dénoncé, à cette occasion, un complot du ministère du Renseignement iranien, et l'opposition iranienne avait exprimé sa volonté de voir "le ministère du renseignement iranien, et le corps des pasdarans sur la liste des organisations terroristes". Malgré tout, le quai d'Orsay, en France, a toujours fait profil bas, dans cette affaire, et après avoir, pendant quelques mois, retardé la nomination d'un nouvel ambassadeur de France, et avoir déconseillé à ses diplomates, pendant la même période, d'effectuer des déplacements en Iran, ne semble ne pas avoir renoncé à maintenir des relations diplomatiques avec la République Islamique d'Iran, et à exprimer son souhait de rester dans l'accord sur le nucléaire iranien de 2015, dit JCPoa. Le procès qui se déroule à Anvers actuellement est le premier depuis plusieurs décennies, clame la Résistance iranienne, qui met en cause le rôle du régime iranien et certains de ces partisans. Si le 3e conseiller de l'ambassade d'Iran en Autriche, Assodollah Assadi, figure principale des prévenus, lors de ce procès, risque 20 ans de prison, selon les réquisitions du procureur qui instruit l'acte d'accusation, les autorités belges sont convaincues que cet acte terroriste, évité de justesse, a été planifié en haut lieu, au sein de l'appareil d'État iranien, même si les commanditaires de cet acte odieux n'ont pas été poursuivis, lors de ce procès. Le président iranien, Hassan Rohani, selon le diplomate français, François Nicoullaud, aurait "manifesté sa colère", lors de l'arrestation de ce commando terroriste, en 2018: mais s'agit-il d'une colère feinte, destinée, sous couvert d'une prise de distance apparente avec les services de Renseignement de son pays et les éléments conservateurs du régime iranien, d'amadouer les représentations diplomatiques européennes dans l'optique de sauver l'accord sur le nucléaire iranien, menacé par le retrait américain, en 2018?

Car si, sur le plan tactique, "la guerre des loups", au sein du régime iranien, marque des divergences de forme, entre les différentes factions du régime iranien, quant à la politique à mener concernant les affaires étrangères, sur le fond, les préoccupations des "réformateurs" et des conservateurs" ne différent guère. La République Islamique d'Iran, toute tendance confondue, manie à l'évidence le chantage et la terreur, avec une égale constance, depuis de nombreuses années. Ainsi, alors que le procès de l'attentat manqué se préparait à Anvers, en Belgique, l'annonce de la condamnation à mort du médecin suédo-iranien, Ahmad Réza Jalali a ému les défenseurs des droits humains: ce dernier est accusé d'espionnage, depuis quelques années, mais les autorités belges soupçonnent leurs homologues iraniens d'exercer une sorte de chantage ou de moyen de pression, pour l'échanger contre d'autres ressortissants iraniens, emprisonnés en occident, et pourquoi pas contre la libération d'Assodolah Assadi, qui risque une lourde condamnation. La République islamique d'Iran n'en est pas à son coup d'essai, dans ce genre de manoeuvres douteuses: récemment, la chercheuse anglo-australienne Kylie Moore Gilbert, récemment condamnée à 5 ans de prison, pour espionnage, par le régime iranien, a été libérée, avant la fin de sa peine, et échangée contre trois prisonniers iraniens emprisonnées en occident. De même, le mari de Fariba Adelkha, Olivier Marchal, condamné et brièvement emprisonné, l'an dernier, pour des motifs farfelus, avait été libéré et échangé contre un ingénieur iranien, détenu aux États Unis. Fariba Adhelka, elle même, cette chercheuse franco iraniennes en sciences sociales, avait été également arrêtée et emprisonnée, en 2019, pour espionnage, accusations jugées totalement "absurdes" par son entourage proche et son comité de soutien. De nombreux observateurs occidentaux et militants des droits de l'Homme, soupçonnaient déjà les autorités iraniennes de vouloir se servir d'elle, cyniquement,  comme monnaie d'échange. mais la manoeuvre ayant semble-t-il échoué, Fariba Adelkha, avait été libérée et placée sous bracelet électronique, en Septembre dernier, à Téhéran, après avoir été emprisonnée, pendant un an, à la terrible prison d'Evine, en pleine pandémie de Covid 19. Nasrin Sotoudeh, elle même, la célèbre avocate et défendeuse des droits Humains, après avoir été emprisonnée, entre 2011 et 2013, pour "atteinte à la sécurité nationale" et "propagande contre le régime", en 2013, et libérée après une mobilisation internationale, en sa faveur, des militants des droits de l'Homme, avait été de nouveau condamnée, en 2019, à une peine incroyablement sévère de 38 ans de prison et 138 coups de fouet, pour "corruption et dépravation", en plus des chefs de "conspiration et propagande contre le régime", pour avoir pris la défense de femmes qui refusaient de porter le voile. D'aucuns soupçonnent, là encore, les autorités iraniennes d'avoir voulu faire un exemple, pour terroriser les militants des Droits Humains, et l'utiliser comme une possible monnaie d'échange contre la libération de partisans du régime iraniens, ayant comploté à l'étranger. Ainsi, même si, après sa grève de la faim, entreprise pour "demander la libération de tous les prisonniers politiques en Iran", Nasrin Sotoudeh a été provisoirement libérée, récemment, pour raison de santé, les initiatives du régime iranien pour emprisonner des opposants ou des observateurs étrangers de la vie politique iranienne, apparaissent comme des manoeuvres, destinées à exercer un chantage inacceptable tant sur la scène internationale, qu'auprès de ses ressortissants. En 2011, une lectrice française, Clotilde Reiss n'avait-elle pas été libérée, après avoir été brièvement incarcérée et jugée, pour un motif fallacieux, et échangée contre un activiste du régime iranien, lourdement condamné en France, et sorti de prison à cette occasion?

 

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