Bruxelles et son aéroport dangereux.

Dimanche sur la Grand-Place de Bruxelles (*). Une belle unité architecturale. C'est assez exceptionnel à Bruxelles. La ville, livrée aux promoteurs, a souffert de l'urbanisation sauvage et lui a donné son nom : "bruxellisation". La contemplation du beffroi est rythmée par le survol régulier de gros avions, pas bien haut. Un contraste étonnant et bruyant. Surprenant et inquiétant.Quelle idée de faire survoler le centre ville ?

Dimanche sur la Grand-Place de Bruxelles (*). Une belle unité architecturale. C'est assez exceptionnel à Bruxelles. La ville, livrée aux promoteurs, a souffert de l'urbanisation sauvage et lui a donné son nom : "bruxellisation". La contemplation du beffroi est rythmée par le survol régulier de gros avions, pas bien haut. Un contraste étonnant et bruyant. Surprenant et inquiétant.Quelle idée de faire survoler le centre ville ?

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Les bâtiments sur la Grand Place ont tous été construits à la même époque, la même année, presque.

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L'armée française, selon la stratégie de la "guerre totale" - inventée par Louvois (d'après le guide Michelin) - a rasé Bruxelles à grands coups de canon en 1695. Il s'agit donc d'une reconstruction, d'où l'unité de la Grand Place.

Le touriste apprend que les armées françaises ont ravagé pareillement le Palatinat. Cela écorne la légende républicaine dont certains Hongrois ont mesuré les limites assez récemment.

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Le vacarme des avions qui passent fait écho à celui de la guerre.

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Une curiosité locale. La piste de l'aéroport de Bruxelles est orientée sur le centre ville de la capitale. Les avions décollent en survolant la plus grande agglomération belge. La direction de l'aviation civile belge, après les promoteurs, aurait-elle adopté la doctrine de Louvois ?

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L'insolence de la réflexion vient de la faible altitude des avions en plein effort pour s'arracher du sol. Celui qui rate son décollage sera déçu par les possibilités restreintes qu'offre de la Grand Place pour un atterrissage d'urgence. Il n'y a pas de baie d'Hudson ou quelque chose d'équivalent à Bruxelles.

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C'est un peu dangereux, non ? Oui. Surtout qu'il y a déjà eu des problèmes (*).

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Serait-ce parce qu'il n'est pas possible de faire autrement ?

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Mais si, c'est possible de faire autrement ! Le Belge met beaucoup de passion quand il parle. Ne serait-ce qu'en faisant décoller les avions dans l'autre sens. Ils survoleraient des champs sur des dizaines de kilomêtres.

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Alors ?

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C'est une histoire belge.

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Le guide, sous l'air de la confidence, rajoute que la piste serait même trop courte. Les incohérences des décollages rendent crédible une telle supposition.

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Bruxelles joue à la roulette russe avec des avions. On comprend dans ces conditions que le principe de précaution n'inspire pas la Commission européenne, comme en matière d'OGM.

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Les politiques seront responsables d'un accident trop prévisible pour avoir laissé durer une situation aberrante. Le silence de l'organisation de l'aviation civile internationale est également intrigant. Attend-elle aussi la catastrophe ?

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La contemplation du beffroi dans le vacarme des avions inspire un autre doute.

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Cette ville est censément être la capitale de l'Union européenne. Une direction générale des tansports travaille au sein de la Commission européenne à améliorer la sécurité du transport aérien. Le Parlement y siège trois semaines par mois. Les chef d'Etat et de gouvernement s'y rendent pour le Conseil. Ces gens auront du mal à soutenir n'avoir jamais vu - ni entendu - les avions survoler Bruxelles;

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Les braves gens.

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Rien d'étonnant que le projet européen ait des difficultés à décoller si tout y est géré comme l'aéroport de Zaventem. En dépit du bon sens.

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Finalement, le train, ce n'est pas si mal. Surtout à Bruxelles.

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