Discussion dominicale sur le Mali : "Non, je ne suis pas pro-islamiste ! "

« Non, je ne suis pas islamiste ou pro-islamiste, car j’ai un regard critique sur l’intervention de la France au Mali ». C’est ce que j’ai du répondre, dans le cadre d’une discussion dominicale, sur un ton sec pour que les choses soient bien claires à mon interlocuteur,  qui est pourtant très critique sur le système où la pensée unique est globalisée.

« Non, je ne suis pas islamiste ou pro-islamiste, car j’ai un regard critique sur l’intervention de la France au Mali ». C’est ce que j’ai du répondre, dans le cadre d’une discussion dominicale, sur un ton sec pour que les choses soient bien claires à mon interlocuteur,  qui est pourtant très critique sur le système où la pensée unique est globalisée.

 - « Pourquoi n’es-tu pas aussi critique qu’à l’habitude ? »

 - «  Tu veux vraiment que je te le dise. Pour moi, même si l’intervention à d’autres raisons fondamentales, l’important est que les intégristes fanatiques soient arrêtés dans leur progression. Tu t’imagines, des intégristes religieux au pouvoir à Bamako ? Tu as vu les images comme moi, les gens souffrent au nord-mali de leur tyrannie religieuse, se sont des fous furieux au même titre que les inquisiteurs ou les khmers rouges. Je regarde que les conséquences immédiates de cette action, des gens font être libérés de l’oppression religieuse que je vomis.»

 - « Si la raison humanitaire est la vraie raison de l’intervention, pourquoi ne pas l’avoir fait avant ? Pourquoi attendre que le sud du Mali soit réellement menacé pour intervenir ? Cette attente jette le trouble sur leur volonté réelle. Ils sont intervenus car cela sentait le roussi pour les intérêts français dans la région. Si le gouvernement était vraiment, disons « humanistes », pourquoi n’interviennent-ils pas partout où les droits fondamentaux sont bafoués ? Et puis ce qui me dérange le plus, c’est pourquoi la France intervient-elle ? C’est quand même l’ancien colonisateur, l’ancien pouvoir dominant, dont l’influence et les intérêts sont toujours bien d’actualité ! Si une menace pèse sur l’Europe du fait d’un pouvoir religieux fanatique à quelque milliers de kilomètres de chez nous, la menace pèse autant sur l’Espagne, l’Italie…Pourquoi c’est forcément l’ancien-actuel colon qui intervient ? Si intervention, il devait y avoir, elle devait se faire exclusivement sous les drapeaux de l’ONU avec l’appui de l’Union Africaine…»

 - «  Oui, tu n’as pas tort, mais dans la situation de fait, tel qu’elle est aujourd’hui, l’intervention est nécessaire. »

 - «  Peut-être, mais je m’interroge plus sur les causes de cette situation de fait et les conséquences de cette intervention. Comment on en est arrivé là ? Et quelles seront les conséquences sur notre société ?»

 Après quelques moments de réflexion, voilà ce que m’inspire cette conversation, non pas en tant qu’expert en géopolitique-militaire-spécialiste du terrorisme international ou ayant étudié de près le concept de Francàfric, mais en tant que simple observatrice, ayant lu quelques bouquins intéressants.

 D’abord une décision qui fait l’unanimité du PS au FN, d’emblée cela me rebute. Un tel accord avec des formations politiques dont je ne partage aucune valeur. Troublant.

 Puis intervenir pour stopper les avancées d’un réseau d’intégriste que l’on a nous-mêmes contribué à créer, de par la politique étrangère menée avec l’arrogance et le sentiment de supériorité et de domination habituelles des occidentaux. Schizophrénique.

 Et puis si on pense que pour tous les 100 intégristes tués, au moins autant sont recrutés en réaction à cette attaque. Sans fin.

 Et puis viens le temps de THE question : A qui profite le crime ?

 1-      Il faut le reconnaître aux maliennes et maliens, eux-mêmes qui ont le droit de ne pas vivre sous la tyrannie d’intégristes religieux et qui réclament de l’aide. A tous ceux qui vivent oppresser sous les dogmes d’une religion du livre. C’est le seul point positif de cette intervention.

 2-      Mais n’en déplaise à certains, il profite au complexe militaro-industriel dénoncé par le président américain Eisenhower lors de son allocution de départ. Il accentue l’acceptation par les gens d’une société militariste, belligérante. Ce qui justifie les budgets militaires colossaux et surtout leur absence de remise en cause. En période de crise, et de rigueur économique, pourquoi ne pas trancher sérieusement dans le budget défense ? La question n’a même pas été envisagée, par la majorité actuelle ou la majorité précédente.

 Le plan vigi-pirate est rehaussé ? Cela se justifie au vu du risque de représailles quand on mène une politique qui heurte les autres. Mais n’oublions jamais, qu’il sert aussi à restreindre nos libertés individuelles, en premier lieu la libre circulation. Il sert également à ce que l’on s’habitue à voir des hommes armés de mitraillettes partout autour de nous.

 3-      Cela profite également aux grandes entreprises françaises comme Areva ou Total qui ont des intérêts gigantesques dans la région. Pétrole, mineraies d’uranium… Les chantres du néocolonialisme savent faire jouer leur connexion au plus haut sommet de l’Etat pour appuyer cette intervention militaire dans un pays souverain. Que dis-je ? Ils sont au plus haut sommet de l’Etat, ils sont la gouvernance !

 Honnêtement, si l’intervention ne devait seulement profiter qu’aux maliennes et maliens, croyez-vous que la France serait intervenue ?

 Ou même pour aller plus loin, imaginons que l’intervention permette d’éradiquer le terrorisme des intégristes religieux, une bonne foi pour toute. Pensez-vous réellement que cette guerre serait menée ? Avoir un ennemi désigné à toujours était une constante depuis le 20ème siècle. Les juifs, puis les nazis, les japonais, les russes, les chinois, enfin les communistes en général aujourd’hui les fondamentalistes se réclamant de l’Islam (plus précisément les salafistes se ralliant eux même de l’interprétation stricte de l’école d’Hanbal[1]).

Il n’est pas de l’intérêt de la gouvernance du marché de faire cesser la menace islamiste. Il y a trop d’intérêt économique derrière. Une thèse, beaucoup plus crédible que celle de la balle magique et du tireur isolé, prête la raison de l’assassinat de Kennedy à sa volonté de retirer les troupes du Vietnam. Tout le monde sait, que Ben Laden, the big boss du terrorisme islamiste a été soutenu au départ par les américains dans sa lutte contre les soviétiques.

 Pour qu’il y ait une fin, il faut un changement de politique étrangère, pour cela il faut  changement profond de l’ethnocentrisme occidental, et pour cela il faut un changement radical dans la perception de l’autre. Il est urgent de (re)lire Edward Said ! L’orientalisme notamment.

 Pour qu’il y ait une fin, il faut que cesse la spirale de la violence. La violence n’entraîne que la violence. Il est urgent de (re) lire « Lettres contre la guerre » de Tiziano Terzani.


[1] Dans l’Islam sunnite, il y a 4 grandes écoles jurisprudentielles, chargés d’interprétés les règles des sources divines que sont le Coran (paroles révélées d’Allah au prophète) et la Sunna (comportement, paroles et silence de Mahommet lui-même, sa vie étant guidé par allah). Celle dont se réclament les salafistes contemporaine est l’école hanbalite, du juriste Hanbal né en 780 à Bagdad. Il prônait une interprétation stricte des sources primaires, c'est-à-dire une interprétation de la lettre et non de l’esprit du texte. Ils s’opposent aux autres écoles jurisprudentielles qui donnent une plus grande liberté d’interprétation au juge chargé d’appliquer le droit musulman. La doctrine hanbalite est aujorud’hui majoritaire en arabie-Saoudite puisqu’elle a été reprise par Abdel Wahaab et Ben Sahoud, fondateur de la dynastie saoudienne.

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