La novlangue néolibérale, langue de la start-up nation

Hier, je publiais ici mon article intitulé : #HackingParis : une opération tech, geek, fric — sur un événement organisée par la ville de Paris, dont l'objectif est de promouvoir le modèle capitaliste des startup. Voici un autre article de janvier, sur la novlangue libérale utilisée dans les campagnes de com' des collectivités territoriales.

Vous avez déjà jeté un oeil aux campagnes de com' des grandes collectivités territoriales ou de l'Etat, des entreprises ou des grandes institutions ? Alors vous avez déjà goûté aux charmes de la novlangue libérale.

Pour rappel, la novlangue est la langue officielle d'Océania, le régime totalitaire décrit dans 1984, le roman visionnaire de Georges Orwell. Le régime d'Océania impose le contrôle et la censure extrême des citoyens. Pour faciliter ces dispositifs, il impose aussi la novlangue, nouvelle langue conçue comme simplification lexicale du langage, mais qui a une fonction très stratégique : rendre 
impossible toute formulation des idées. La novlangue évacue les concepts, le vocabulaire complexe, symbolique ou poétique, ainsi que certains mots qui se rapportent aux sujets censurés. Privés des moyens de pensée critique, habitués à ne réagir qu'à l'affect, les citoyens deviennent les proies idéales de la propagande d'État.

Dans les grandes collectivités comme les grandes entreprises, on a adopté une novlangue néolibérale. C'est la langue de la Start-up nation, système vanté par Macron qui consiste à mettre sur le plan de l'efficience économique tout ce qui concerne le bien commun et la vie en société. Il s'agit d'évacuer les mots trop signifiants, familiers, communs, et de les remplacer par d'autres termes plus bankable, à la fois plus techniques et plus spectaculaires, qui ressemblent idéalement à des #Hashtags. De fait, les mots choisis sont détournés de leur sens, faits d'assemblages de termes familiers, et souvent empruntés à l'anglais. 

Ainsi du rapport Développement durable de la ville de Paris, exercice 2017— publié en décembre 2018. Dans ce document, pourtant orienté vers la transition écologique et dont la logique devrait être celle du bien commun, c'est la novlangue néo-libérale qui règne. Les quelques mots de participation, de concertation, de dialogue et de vivre-ensemble sont réduits à des prétextes pour rassurer les lecteurs sur la volonté démocratique de l'équipe dirigeante.

Je ne cite qu'un des multiples exemples de phrases fabriquées : « DataCity est le 1er programme français d’open-innovation sur la thématique de la ville intelligente ». Le document est blindé de telles formules, et assorti de "chartes", de "défis", de "labels", de prix et trophées, d'appels à projets...

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Le dévoiement du langage, le mauvais usage des mots connus, leur remplacement par des concepts-valise, sont l'arme du libéralisme pour évacuer toute pensée critique. Ne prenons pas ces formules pour acquises. Notre langage est assez riche pour nous comprendre, non ?

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