Titres de films traduits en anglais : un exercice du pouvoir colonial

En faisant pour le films de cinéma comme pour n’importe quel produit à marketer, les distributeurs de films assument que les titres traduits en français, c'est nul. L'idée qui perdure est que la culture dominante anglo-saxonne est la seule qui vaut.

Asghar Farhadi, après plusieurs films iraniens, fait un film hispanique. Les acteurs parlent espagnol et le titre est Todos lo saben. Titre traduit en français par… Everybody knows.

Fatih Akin réalise un film allemand titré Aus Dem Nicht ("sorti de rien"). Traduit en français par In the fade ("dans le flou").

Ryusuke Hamaguchi réalise une série japonaise, Happî awâ — un titre qui joue sur la prononciation japonaise de Happy hour. Traduit en France par Sense 5.

 Spielberg réalise un film sur l’épisode historique d’un grand quotidien, le Washington Post, et le titre traduit le symbole que représente ce journal : The Post. Titre traduit en français par… Pentagon papers !?

En 2010 déjà, le site Slate, s’interrogeant sur les raisons de ces choix, pointait une logique de marketing. On pourait aussi parler de cette même logique qui règne dans l’ensemble du monde marchand, et que l’ARPP avait déjà dénoncée dans la publicité : Une logique qui pousse Sony à promettre « make believe », Nespresso, filiale du groupe suisse Nestlé, à afficher « What else ? », et les boutiques Apple à s’appeler Apple Store.

En faisant comme pour n’importe quel produit à marketer, les distributeurs de films assument que le cinéma français, les titres à la française, ça sonne mal et c'est ringard, et que l'anglais est plus vendeur. Pour tous les consommateurs-spectateurs, l'idée qui perdure c'est que la culture dominante anglo-saxonne est la seule qui vaut.

L’anglais est la langue du pouvoir en France, comme le français s’est imposé en Afrique de l’ouest et l'espagnol en Amérique du sud, comme le mandarin s’impose jusqu’en Afrique du sud ou le russe en Ukraine. Mais, on ne leur a pas dit, aux distributeurs français, que la grandeur d'Hollywood sur le pauvre cinéma du reste du monde, c'est un mythe ? Si ils voulaient revendiquer leur culture et leur langue, ils laisseraient simplement tomber l’anglais.

Chaque peuple peut se réapproprier sa langue, pour mieux en accepter l’histoire et la richesse culturelle, au lieu de la brader aux pouvoirs ou aux puissances coloniales.


Article complet sur le site : https://unefiguedanslavitrine.blogspot.fr/2018/05/la-betise-des-titres-traduits-en.html

 

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