Une bonne partie des français, traumatisés par les attentats islamistes, ont les yeux rivés à leurs habituelles fabriques de peur : BMF, TF1, Europe1, le Figaro, et puis Cnews et presque tout le groupe Canal. Aiguillonnés par la droite et par une partie de la dite gauche, ils ont fini par associer "noirs", "arabes", "musulman" ou "jeunes de banlieues" (forcément musulmans) à l'immigration, et direct au terrorisme.
Les hommes politiques, bons stratèges, surfent sur cette vague xénopbobes : de Mélenchon à Zmmour en passant par Macron, Valls et Pecresse, ils nous habituent à des amalgames écœurants, des insultes indignes, nouant un lien aussi infondé qu’artificiel entre terrorisme et immigration.
En bons stratèges, ils ont bien compris qu'il faut flatter la peur des Français à l'égard des étrangers, et que cette peur doit être le principal argument de leurs campagnes.
C'est ainsi que l'immigration + l'islam = LE grand sujet de cette campagne présidentielle.
Cette peur qui grandit depuis des années, elle justifie les annonces pour stopper les entrées sur le territoire, pour stopper le regroupement familial (bravo Valls), et pour développer des dispositifs sécuritaires ultraviolents. Elle justifie les opérations d'assainissement (autre nom pour démantèlement des campements), les destructions de tentes, des biens personnels et des protections des gens qui campent. Elle explique que, puisque les forces de l'ordre peuvent piller des vies humaines, on a cessé de compter les morts de faim, de froid et de maladie dans nos rues. C'est aussi cette peur qui explique qu'on refuse de considérer beaucoup d'enfants étrangers comme des mineurs (au motif que ce qu'ils ont vécu durant leur parcours, aucun enfant n'y aurait survécu). Et on est là, à refouler les migrants avant qu'ils ne puissent demander asile. Au risque de les renvoyer n'importe où, au risque parfois de les tuer. On cautionne des dispositifs meurtriers afin de rendre l'immigration moins séduisante.
Cette peur qui se répand, elle explique qu'on persécute et qu'on détruise des vies en parlant de reconquêtes.
Je dis "on", pour dire "nous", parce que c'est avec nos votes, notre argent, nos services publics qu'on exerce toute cette violence. Et qu'à ce titre nous en sommes collectivement responsables.
Notre argent, oui. Frontex + les opérations policières et militaires + les moyens techniques qui représentent un marché des NTIC bien juteux + les services préfectoraux (qui découragent les demandeurs en perdant leurs documents) + les services de justice qui instruisent et qui jugent (souvent trop vite)... tout ça représente des Milliards d'Euros par an aux Européens. Imaginez comment on pourrait les dépenser au lieu de s'en servir pour contrôler, persécuter et enfermer.
MAIS...
Alors que les candidats à la présidentielle nous assènent à longueur de campagnes qu'il faut "tout mettre en œuvre pour lutter contre l'immigration" (au choix, "massive", ou "non choisie", ou "incontrôlée", ou "islamiste"...), des Français se préparent à une guerre civile.
On sait comme la parole de haine — je veux dire xénophobe et antisémite, sexiste et homophobe — s'est libérée ces dernières années, et on sait comme certains médias orchestrent et propagent cette parole. Or on sait aussi qu'environ 15 millions d'armes circulent dans le pays. Une partie aux mains de chasseurs et de forces de l'ordre... Mais la plus grande partie appartiennent à des civils — on peut adhérer à un club de tir homologué puis facilement bénéficier d'un port d'arme.
Les xénophobes s'organisent. Je ne compte plus le nombre de "révélations" que j'ai lues sur des groupes armés issus des mouvements prônant le suprémacisme blanc, le masculinisme, la civilisation chrétienne, le refus de la démocratie. Ils sont souvent actifs au sein de la police (la police compte 54 % de vote 'extrême-droite à la présidentielle de 2017, et 67 % aux régionales !). Nombre d'entre eux relaient les théories raciales du XVIIe siècle, le vocabulaire de Drumont et de Brasillach, et évoluent parfois dans les mouvances Qanon et survivalistes.
Les adversaires de ces nationalistes sont désignés comme "islamogauchistes", "bougnoules mentaux", "idiots utiles de l'islamisme", "multiculturels", "khmers verts", "féminazies", "terreurs vegan", et pour faire con et court : les "woke".
Comme ils sont désormais nombreux, en France, à vouloir dézinguer du woke et du bougnoule, ils peuvent s'exposer, faire de la pub, échanger leurs infos au grand jour. Ils insultent ouvertement des populations entières et appellent à leur faire du mal. Et on est là comme des ahuris à commenter Hanouna.
En novembre, StreetPress avait révélé comme la fanbase de Zmmour se retrouve en forêt pour tirer sur des caricatures de juifs, de musulmans et de noirs.
Des soutiens de Zemmour tirent sur des caricatures de juifs, de musulmans et de noirs
Peu avant, Zmmour s'amusait à viser des journalistes avec un fusil au salon d'armement...
Aujourd'hui, le groupe antifasciste La Jeune Garde (qui lutte activement contre l'antisémitisme) nous informe que des soutiens de Zmmour pratiquent le tir à l'arme lourde, en s'exerçant à viser le président de la République, les antifas et un "jeune bougnoule mental" :
Des soutiens de Zemmour menacent dans une vidéo des membres de LFI, Macron et les « bougnoules »
On peut continuer à faire l'autruche en les jugeant anecdotique, à les minorer en les comparant aux actes terroristes islamistes qui ont ému la France. Ce serait oublier les déclarations entendues dans de nombreux médias contre l'islam, les Unes du Point et l'auditoire de Valeurs Actuelles ; le racisme anti-asiatique ; la fascination croissante de pas mal de Français pour des dictateurs comme Erdogan, Poutine ou Assad ; les tentatives de réhabiliter Pétain ; la tribune des généraux ; le "QUI ?" qui a germé dans les milieux anti-institutionnels et notamment chez les antivax ; les nombreuses théories complotistes qui s'étendent dans tous les milieux sociaux, et qui vont d'Eurabia au Gouvernement d'occupation sioniste en passant par le lobby LGBT.
Tous ces éléments ne constituent rien d'homogène mais se retrouvent souvent dans les xénophobes et les nationalistes.
Alors il nous faut bien prendre conscience de ce que ça occasionne : les appels à la chasse aux migrants et les "battues" dans les Alpes ; les ratonnades et les persécutions racistes, isolées ou organisées. Les campagnes d'info contre la mondialisation sioniste et la juiverie mondialisée... Toutes ces violences qui transforment la Méditerranée en cimetière, les camps de migrants en zones exposées aux crimes (Cf l'attaque au sabre il y a quelques heures), et nos rues en mouroirs.
J'ai beau accepter d'être républicain, je vois aussi qui s'empare aujourd'hui de ce mot pour perpétuer la violence sociale et raciale. Je préfère donc mettre en avant d'autres valeurs fondatrices — sans drapeau ni modèle politique mais universelles : solidarité, fraternité, entraide et bienveillance.
Il n'y a pas de eux les étrangers et de nous les Français. NOUS c'est EUX aussi. Et donc EUX c'est NOUS.