Le malentendu Jean-Michel Basquiat

Depuis ce mois d’octobre, la fondation Louis Vuitton expose Jean-Michel Basquiat. L'effervescence qu'il y a régulièrement autour de Basquiat ressemble à un malentendu. Car cet artiste est surtout un produit idéal pour le marché de l'art...

La fondation Louis Vuitton expose deux artistes, Egon Schiele et Jean-Michel Basquiat. Au-delà de l'opportunisme qui consiste à présenter des "stars" à l’œuvre sulfureuse, la visite vaut le déplacement au moins pour Shiele. Basquiat est un artiste surestimé, à la place d'autres méconnus : un bel arbre qui cache une forêt palpitante.

Un "Basquiat" a quelque chose d'évident, d'immédiatement reconnaissable. Mais si je pige bien l'enjeu d'intégrer des figures traditionnelles haïtiennes dans ses œuvres modernes, je ne prête pas d'intérêt à cette oeuvre, ni pour les sentiments qu'il y exprime, ni pour l’usage des symboles politiques ou sexuels, ni pour les couleurs, ni pour la maîtrise du geste. J'ai vu ses oeuvres dans des collections permanentes ou lors d’expositions dédiées, j’ai vu les gens piétiner et s’extasier. J'ai essayé, vraiment. Montages sympa. Détournements malins. De la colère, de la couleur. Mais j'ai le sentiment que le cas Basquiat est une énième supercherie du marché de l'art contemporain. Un goût amer, que ne m'ôte pas la vision de la fée Louis Vuitton se penchant sur la tombe de l'artiste.

SUITE DANS LE BLOG : Une figue dans la vitrine

Mais n’oublions pas que Basquiat était un des 1000 visages de l'explosion culturelle à New York : le graff & le hip-hop, un nouvel art des rues dans les ghettos de New-York et au-delà, un mouvement (multi-)culturel bouillonnant et indomptable, encore complètement méconnu du grand public à l’époque. En extrayant Basquiat de son contexte et l'en exposant depuis des décennies et par les voies les plus mondaines et les plus mercantiles, non seulement on valorise un artiste mineur, mais surtout on passe à côté d'un mouvement, énorme, subversif et populaire... : la culture des rues au début des années 1980, l'art éphémère et l'art brut, la poésie des marges. Cet ensemble occupe une place passionnante... mais en-dehors des galeries, des musées et du marché.

Basquiat est désormais un symbole — qui peut même être utilisé et détourné par Banksy, le maître du happening. Mais c'était juste un artiste de l'éphémère qu'on a tenté d'apprivoiser. SAMe Old shit.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.