Le Canard enchaîné relaie un discours néolibéral anti-fonctionnaires ? on lui répond

Le 3 février, l’hebdo satirique a cru bon d’épingler les fonctionnaires de Paris. La satire visait des jours de congés conquis lors des négociations, en relayant des erreurs. Une rectification a été publiée. Mais ce qui étonne, c'est que le Canard s'est fait l’écho d'un discours néolibéral selon lequel les fonctionnaires sont fainéants et leurs acquis illégitimes. Réponse.

Dans son numéro du 3 février, le Canard enchaîné a cru bon d’épingler les « privilèges » des fonctionnaires de Paris. L’objet de la satire ? Des jours de congés obtenus lors des négociations sur les RTT.

Article du 03.02.2021 Article du 03.02.2021

Des réponses ont été apportées, et le 10 février une rectification a été publiée. En effet le décompte des jours était totalement fantaisiste, puisque les « jours du maire » et les « jours de neige » n’existent pas. Ajoutons qu'aucun jour de congé n'est « accordé sans la moindre justification » — en tout cas pas aux agents éloignés de l'entourage des élus.

Mais ce qui étonne, c'est que le Canard enchaîné se fait l’écho des Echos : un autre hebdo qui, lui, relaie un discours néolibéral – et macroniste – selon lequel les fonctionnaires sont fainéants et leurs acquis illégitimes.
Le Canard a-t-il cru voir une injustice flagrante dans l'attribution des nos congés ? Ou bien se fait-il « accompagnateur de projet » pour supprimer la Réduction du temps de travail — comme le préconise le projet de « Loi de transformation de la Fonction publique » ?

Le nombre d'heures que nous travaillons n'est pas « l'un des chiffres les plus faibles de France » : dans de nombreuses collectivités et dans plusieurs ministères de France, les agents ont une base de 25 jours de congés, et des jours de RTT quand ils travaillent plus de 35 heures par semaine, auxquels s'ajoutent quelques jours de repos conquis lors de négociations locales, voire de grèves. C'est même le cas dans certaines grandes entreprises privées où existe un contre-pouvoir. C'est ce qu'on obtient quand on lutte pour conquérir des droits. Si vous défendiez une vision progressiste du travail, vous pourriez sans doute apprécier cela.

Mais notre réalité, c’est aussi les sous-effectif endémiques, la privatisation progressive des services annexes, la précarité qui se généralise avec le recours de plus en plus important aux agents contractuels, et une logique managériale du travail aux conséquences physiques et psychiques toujours plus dramatiques : des situations que le projet de loi sur la Fonction publique risque d’aggraver.

Hormis la sécurité de l'emploi, qui devrait être un acquis pour toutes et tous, nous n'avons pas de privilèges. Et les services aux publics parisiens, dont vos journalistes bénéficient, restent assurés du mieux que possible.

Tacler nos soi-disant privilèges est particulièrement navrant quand l'exigence de services publics se révèle si pressante. C'est aussi indécent, alors que nous sommes sur le pont auprès des publics, malgré une crise sanitaire qui touche particulièrement la population parisienne.

Cher Canard, vous avez perdu une des rares occasions de fermer votre bec.

Des agents de la Direction des Affaires culturelles.

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