L'affaire Benalla, la 5ème république et l'impunité de la violence d'Etat

Tout est ou sera dit à propos de l'affaire Benalla. J'ai voulu parler ici ce que cette histoire révèle sur la violence d'état, constitutive de la 5ème république depuis De Gaulle et ses nervis... Un article publié le jour du rassemblement pour la justice pour Adama Traoré.

(L'article complet est publié sur le blog Une Figue Dans La Vitrine)

D'abord, une fois pour toutes : qu'on ne vienne plus me dire que les heurts, lors des manifs, ne sont pas causés par les forces de l'ordre. Evidemment certains militants, dont les Black blocs, optent pour une violence ciblée pour inverser le rapport de forces entre représentants de l'ordre et manifestants. Mais la tradition du maintien de l'ordre, qui comprend l'intimidation, la violence et la répression, avec l'impunité pour les coupables, est ancienne et évolutive.

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Si les images de l'intervention d'Alexandre Benalla lors de la manif parisienne du 1er mai 2018 sont montées en épingle, c'est pour une raison : cette fois, c'est un proche de Macron qui s'en rend coupable, et pas un flic... La violence des "forces de l'ordre", elle, est aussi banalisée qu'un véhicule de police...

Combien de faits similaires sont passés sous silence ? Dans les fourgons, en garde à vue, dans les hall d'immeubles, dans les centres de rétentions ou les campements clandestins, combien de "bavures", de violences sans réelles enquêtes, de morts chaque année entre les mains des flics ?

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Cette affaire révèle d'abord l'impunité du pouvoir : si les représentant du gouvernement ne bénéficiaient pas d'une telle impunité, les flics ne l'auraient pas admis dans leurs rangs. Il a fallu que la hiérarchie policière ait eu l'ordre de laisser faire, ce que les médias révèlent peu à peu. Après les révélations, le ministre de l'intérieur a été sommé de fermer sa bouche. Macron s'est contenté d'une formule ubuesque sur la "république inaltérable". Sous la critique, il a d'abord "puni" Benalla avec une mise à l'écart de 15 jours (à titre de comparaison : il y a une semaine, deux jeunes qui ont violenté plusieurs policiers ont pris 3 et 4 ans ferme, sans procès sérieux). Puis, devant le choc médiatique, il a commandé une procédure pour le licencier. Benalla, et peut-être Collomb, seront les fusibles de l'histoire. Mais la faiblesse de la réaction de la présidence équivaut à une caution, et tous comptes faits, c'est aussi problématique que les actes mis en cause.


Ensuite cette affaire révèle (ou rappelle) l'existence de nervis au service du pouvoir. Depuis le 1er mai, la présidence était au courant des violences de Benalla, mais celui-ci était resté dans ses fonctions, toujours logé dans une dépendance de l’Élysée. Ce type de personnage n'est pas nouveau dans l'entourage de l'Elysée. Pas de doute, on est en France, le pays de la Françafrique et des assassinats politiques, de la répression d'opposants (quand il n'y a pas trop de caméras à portée de matraques), des Barbouzes et autres mercenaires au service de la puissance française, comme l'a magistralement démontré Survie. Le pays de Foccart, de Pasqua, des clans Chirac, Mitterrand et Sarkozy, le pays du Rainbow Warrior, de l'affaire des diamants, des "biens mal acquis", des scandales EADS, L'oréal, du fric lybien et du financement des partis. Un pays où la corruption étatique a pu exister grâce à des hommes prêts à tout et bien protégés, et grâce à des cellules secrètes qui impliquent d'acheter ou d'éliminer les témoins, d'intimider ou de réprimer les voix discordantes. La 5ème république s'appuie sur l'existence d'hommes de main qui peuvent faire le coup de poing en dehors des contraintes légales, au mépris de toute considération éthique, des libertés et des droits humains, sans craindre l'IGS et la hiérarchie. Le pouvoir est prêt à TOUT pour se maintenir en place.


Même s'ils sont graves, ce ne sont pas les actes de violence du 1er mai qui m'ont "frappé" le plus, c'est ce que révèle une telle affaire — la marge d'action que se permettent nos gouvernements pour écraser l'opposition, au-delà de tout mandat. C'est la raison d'Etat, ce masque constitué d'éléments de langage et de relais médiatiques (comme ce salopard de Charles Beigbeder, homme d'affaires et élu, pour qui il est normal de risquer sa vie lorsqu'on désobéit à un représentant de l'ordre, et que "cela doit redevenir la norme en France !"). La raison d'état permet les pires exactions, avec une propagande pour justifier l'injustifiable.

http://resistons.lautre.net/

https://lundi.am/

http://stoplecontroleaufacies.fr/slcaf/

https://www.streetpress.com/

https://paris-luttes.info/+-violences-policieres-+

http://www.urgence-notre-police-assassine.fr/123663553

https://www.bastamag.net/Interventions-policieres-mortelles-les-autorites-publient-pour-la-premiere-fois

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