Yannick Jadot ou comment torpiller l'écologie

Pour celles et ceux qui suivent un peu le leader du parti écolo depuis quelques années, il ne fait guère de doute que celui ci présenté comme "de gauche", n'en demeure pas moins un homme politique bien à droite, incapable de concevoir l'écologie autrement que par le capitalisme.

En cette pluvieuse matinée de janvier, il n'y avait pas grand chose à attendre de la venue de Yannick Jadot dans la "première matinale de France" (sic). Et force est de constater que ce fut... le cas. Bien peu aidé il est vrai par les questions de Nicolas Demorand -là encore, sans surprise- le leader écolo a pendant une vingtaine de minutes récité des banalités dont tout le monde était d'accord : la gestion du vaccin a été mauvaise, le traitement des Ouigours c'est pas bien, "la déforestation c'est mal" et la situation des étudiants est dramatique. Soit. 

  M Jadot est fort pour dénoncer les problèmes, aucun doute. De là à les combattre, il y a un pas, que le député européen n'est pas prêt à franchir. C'est que à partir du moment où M Jadot avait déclaré que "l'écologie est compatible avec l'économie de marché" les doutes n'étaient plus permis. Par économie de marché, Karl Polanyi donnait la définition suivante "les prix doivent être libres de se fixer d'eux mêmes". Le débat n'est pas de savoir si nous sommes dans une économie de marché -si l'on en prend la définition, ce n'est pas le cas puisque des acteurs extérieurs interviennent dans l'économie ( Banques centrales, Etats etc..). L'intérêt ici, est de constater que M Jadot est de ceux qui pensent que le "progrès" et "l'innovation" vont permettre la transition écologique, unique façon de changer le système sans le révolutionner, considérant le capitalisme comme un horizon indépassable. 

Il n'y a alors rien de surprenant à l'écouter parler de l'UE. Sur les vaccins "Merci l'Europe, merci l'Europe !" alors que même Sandra Gallina, négociatrice en chef de l'UE pour les vaccins, a reconnu que l'UE avait reçu moins de doses qu'elle le souhaitait lors de la première livraison. Par contre, M Jadot s'est offusqué du rachat par la Chine de pans européens stratégiques comme le port du Pirée et plus récemment le rachat de Kuka, l’un de ses fleurons technologiques allemands par l'Empire du milieu. M Jadot est aussi "scandalisé" par l'accord signé entre la Chine et l'UE. Commercer avec une dictature, tout ça pour quoi ? "uniquement pour de l'argent" (sic) tout ça "pour que Volkswagen aille vendre des bagnoles en Chine, ce n'est pas acceptable, c'est contre les valeurs de l'Europe".

Là encore, cette phrase reflète la fable que l'UE c'est la paix, la prospérité, la démocratie, l'union des peuples et le bonheur madame la marquise. Sauf que "les valeurs de l'UE", M Jadot, ce ne sont pas celle de la démocratie, mais bien celle de l'argent. Vous qui avez cité Jean Monnet, vous devriez savoir que la CECA, c'est avant tout un traité... de libre échange. Donc des échanges, donc du commerce et donc de l'argent. L'objectif final étant la paix -et surtout éviter le "péril rouge"-. Mais le commerce était le moyen d'y parvenir suivant la logique du "doux commerce" de Montesquieu. Alors au début, lorsque la conjoncture internationale des "trente glorieuses" s'y prêtait, ça a marché. Et puis on était 6, tous mal en point. Mais depuis, le radeau prend l'eau de toute part. On ne peut pas consacrer le libre échange vecteur de "paix et de prospérité"  et le fustiger lorsque celui ci ne nous ne nous arrange pas. La Chine joue avec les règles que... L'UE a bien voulut fixer. Et cette dernière récolte ce qu'elle a semé : une politique économique basée sur le libre échange et la concurrence non faussée dont on sait ô combien il entraîne inégalités croissantes, paupérisation des peuples et divisions entre les Etats. Le constat est le suivant : incapable de se protéger et de nous protéger -car là n'était pas le but- l'UE ne cesse d'entrainer des millions de citoyens dans la pauvreté et la division des peuples, avec tout ce que cela sous tend ( xénophobie, racisme etc). Par sûr que vos discours convenus et votre vision idyllique de l'UE arrange les choses...  

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.