De la guerre sociale au Blitzkrieg contre les libertés

Alors que le « monde d'après » ne laissait guère d'illusions sur le plan économique avec le retour annoncé de l'austérité, les lois liberticides qui viennent d'être votées ont pris tout le monde de court. Non seulement par leur rapidité mais aussi, et surtout, par leur violence à l'encontre d'une partie de la population.

Après quatre ans de simulacre démocratique, la population a compris qu'Emmanuel Macron n'était pas ce que l'on peut appeler "un démocrate". Celui qui « décide seul » selon les mots de ses conseillers, a une vision très verticale du pouvoir, et cela ne l'empêcha pas d'utiliser la force -physique- à l'encontre de ceux qui contestaient -dans la rue- ses décisions. On pense évidemment aux Gilets Jaunes. De là à dire que la France est entrée en dictature, il n’y a qu’un pas qui ne sera pas franchi ici. Mais ce qui vient de se passer à l'Assemblée Nationale au cours de ces derniers jours est sans précédent depuis la mise en place de la cinquième République. 

D'une casse sociale...

Déjà miné moralement, économiquement et socialement après deux ans de crise, Emmanuel Macron et les députés de la majorité viennent, par leurs décisions, aggraver les fractures dont souffre le pays. Pour le Ministre de la santé Olivier Véran, « il en va de notre sécurité collective » que tous les Français soient vaccinés.

Un argument massue mais qui peine à convaincre tant le mot "collectif" a perdu tout son sens durant ce quinquennat.

Cela avait débuté avec la baisse "symbolique" des APL qui touchaient les plus modestes. S'en est suivie l'annonce de la fin des repas à un euro pour les étudiants boursiers. A quoi va venir s'ajouter la réforme du chômage, qui socialement va s'avérer dramatique. Et clou du spectacle, la réforme des retraites est une saignée sans précédents pour les petites retraites. Un comble puisque selon le spécialiste de la question, Mickaël Zemmour, rien ne justifie que l'on allonge l'âge de départ à la retraite. "Dire que le système est en faillite est faux", affirme-t-il.

Derrière toutes ces réformes, Emmanuel Macron vise une partie de la population : les plus modestes. Jeunes comme personnes âgées, actifs et inactifs, les derniers de cordés sont les principales victimes d'une politique néolibérale où vient se greffer un volet autoritaire. 

... à un Blitzkrieg contre les libertés

Avant de développer le propos, il convient de préciser à ceux qui crient "dictature", ce terme n'est pas -encore- approprié. La dictature est un régime politique dans lequel un chef décide seul, où l'opposition est interdite et où la liberté de la presse n'existe pas. On peut évidemment trouver des similitudes et il est juste de le rappeler. Mais l'on a encore en France le droit de manifester, bien que ce droit se dégrade de plus en plus. Les médias -privés- dans leur grande majorité exercent, il est vrai une propagande en faveur du gouvernement qui est constante. Mais il existe encore une presse -indépendante- qui peut exercer une critique du pouvoir en place. Dernier élément, l'opposition n'est pas interdite. Elle est certes inaudible, exception faite de la France Insoumise. Et même si la voix de son leader porte, il peine à être entendu.

Ceci étant dit, on préférera le terme de démocratie illibérale. Un concept développé par Fareed Zakaria. Le politologue américain, en donnait la définition suivante : « C'est un système politique à mi-chemin entre la dictature avérée et la démocratie consolidée ». Si elle s'applique avant tout aux pays en voie de démocratisation, cette définition peut dans une certaine mesure s'appliquer à la France. Cependant, il s'agirait ici d'une régression politique ! Mais pas d'un chemin vers l'inconnu. Zakaria rappelle que « la plupart des pays européens étaient des “autocraties libérales”, c’est-à-dire des régimes autoritaires garantissant de nombreuses libertés civiles ». Mais ces libertés sont soumises à des conditions : à savoir ne pas dépasser le cadre fixé par la loi. Et même si celle-ci peut paraître injuste, voire carrément arbitraire.

C'est le cas lorsque l'on lit dans le journal Libération , qu'un conseiller ministériel explique en off que l’objectif du gouvernement c’est « primauté aux vaccinés et vie de merde pour les non-vaccinés ». Il est important de relayer ces propos parce qu’ils disent tout de ce qui est en train de se passer dans notre pays.

Les lois liberticides qui seront appliquées à partir du 1er aout -sauf retournement de situation par le Conseil Constitutionnel- n’ont jamais été vues dans la Ve République. Elles relèvent aussi bien de choix autoritaires que ridicules. Prenons un exemple : pour aller jouer au tennis, sur un espace de 23,77 m sur 8,23, il faudra un pass sanitaire alors que les personnes en seront exemptées pour prendre le RER ( 40m de long sur 2,5m de large). Mais il faut bien que les gens aillent travailler direz-vous. Alors à ce propos…

Comme le rappelle le juriste François Malaussena sur Twitter, outre l'impact du pass sanitaire sur les loisirs, c'est surtout dans le domaine du travail qu'il est particulièrement brutal. Ainsi, pour les personnes en CDD, « l'employeur peut rompre votre contrat (dans les mêmes conditions qu'un licenciement pour motif personnel justifié par une cause réelle et sérieuse). Dans ce cas, pas de dommages et intérêts ni d'indemnité compensatrice de rupture anticipée. Mais indemnité de 10% du brut (la même que pour la non pérennisation du CDD en CDI) », écrit Malaussena.

En ce qui concerne les CDI, il n'y a pas de licenciement possible. Cependant, vous pouvez voir la suspension de votre contrat de travail, c'est à dire pas de rémunération (!), et l'accumulation les droits (RTT, congés, chômage, retraite, ancienneté), jusqu'à ce que vous ayez votre pass sanitaire. « Mais vous conservez la protection sociale complémentaire (maternité, maladie, accident, prévoyance) », écrit le juriste. 

Et la suite ? 

Face à l'escalade des intox et promesses non tenues ( « le masque ne sert à rien », « le vaccin ne sera pas obligatoire », « les gens ne se contaminent pas au travail »), rien ne permet d'affirmer que le gouvernement n'ira pas plus loin dans la restriction des libertés et des... droits !

Il faut se rappeler qu'après les élections, la solution proposée était d’instituer le vote électronique. Rien n'empêche d'imaginer qu'il sera effectif dès 2022. Pourquoi ? Tout simplement parce-que le discours sera : « dans un soucis d’égalité et de sécurité collective entre les citoyens » ceux qui ne seront pas vaccinés pourront voter, mais à distance. De chez eux. Sauf que, cela implique d’avoir une connexion internet.

Or aujourd’hui, @Francois_Ruffin rappelait que 11 millions de Français étaient dans une précarité informatique. Sans doute les mêmes qui sont dans une précarité tout court. Et les statistiques montrent aussi que les plus réfractaires aux vaccins sont aussi les classes dites "populaires".

Comment leur en vouloir, alors que les mêmes subissent les conséquences des politiques néolibérales depuis 40 ans. Ces mêmes à qui les gouvernements successifs ont demandé de "faire confiance". La confiance est comme la pierre, face aux tempêtes elle s'érode... jusqu'à disparaitre ?

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.