Lettre aux élèves : ne soyez pas passif, lisez !

Le débat entre Eric Zemmour et Jean Luc Mélenchon est venu rappeler à ceux qui l'avaient oublié, l'importance de l'Histoire. Et comment celle-ci peut être instrumentalisée à des fins politiques. Notamment lorsqu'elle peut servir et justifier une vision raciste de la société. Cela représente un vrai danger pour la jeunesse et in fine, la démocratie.

Le débat d'hier soir aura eu le mérite de mettre les points sur les "i" et éclaircit un horizon qui paraissait bien sombre. D'abord, il faut saluer le courage politique de Mélenchon d'aller défier Zemmour sur son terrain, c'est à dire sur un chaîne dont la priorité reste de faire le "buzz" et qu'importe si les faits relatés sont avérés ou non du moment qu'ils sont vendeurs. 
Hier soir, un peu comme les supporters de foot peuvent craindre par qui ils seront arbitrés, le choix des journalistes (Maxime Switek et Aurélie Casse) ne laissait pas présager le pire. Ensuite, et c'est tout à l'honneur de la chaîne, les "facts checkeurs" ont plutôt bien fait "le job" même s'il y a eu des couacs

C'est en tout cas dessus que M. Zemmour s'est offusqué, contestant les nombreux chiffres de l'immigration. Cet élément est d'ailleurs intéressant. Intéressant car Zemmour a utilisé la méthode classique de l'extrême droite : lorsqu'il était question du nombre d'immigrés en France, celui-ci avait avancé le chiffre de 2 millions net/an pour la France. "Et encore, je ne compte pas les clandestins" ajouta-t-il. Pourtant, après vérification, ce chiffre serait de 2 millions... au bout de 5 ans selon le démographe Hervé Le Bras. A l'annonce du nom de ce dernier Zemmour, visiblement énervé, affirma que Lebras était avant tout un "idéologue". C'est là un point important et qui justifie les discussions autour de "débattre avec l'extrême droite". C'est que celle-ci veut volontiers utiliser les chiffres lorsque ceux-ci l'arrange. 

Mais l'autre intérêt du débat étant de voir la capacité de Zemmour à apparaître crédible sur d'autres sujets que la sécurité et l'immigration. Et de ce point de vu, il a été encore plus mauvais que prévu. Visiblement, sur l'économie c'est uniquement la faute des.. immigrés si la France est en "faillite". Notamment parce qu'ils frauderaient les prestations sociales. La députée européenne Aurore Lalucq relayait des statistiques d'Alternatives Economiques qui montraient que ce montant est infime. Et quand bien même, "la fraude" ne pourrait pas être assimilable qu'aux seuls immigrés. Il ne fut pas question non plus de hausse du SMIC, de partage des richesses et il n'est plus question non plus de sortir de l'UE et de l'Euro. Il n'est donc pas surprenant que Zemmour soit soutenu par une partie du capital qui n'a que faire des couleurs politiques dès lors que leurs intérêts ne sont pas menacés. A ce titre le Journal Libération montrait que Zemmour "ne manquerait pas d'argent" et que ses soutiens ne sont pas seulement des déçus des LR ou des bouchers, policiers et artisans
Dès lors, il n'est guère surprenant que Zemmour ne parle pas écologie car c'est un thème (1) qu'il ne maitrise pas, (2) qui ne l'intéresse pas et qui (3) n'intéresse pas ses électeurs, qui considèrent celle-ci comme punitive et rétrograde. Sans parler des climatos-sceptiques dont Zemmour semble faire partie puisqu'il a déclaré "qu'apparemment il y aurait une hausse des températures". Doutant donc des travaux du GIEC.

Mais quel rapport avec le titre dans tout ça ? 

Et bien malgré la faiblesse d'une personne comme M. Zemmour, il y a de quoi être inquiet sur la suite des événements. Etant enseignant dans un lycée agricole de Haute-Savoie, je remarque que le discours d'extrême droite s'est banalisé et est devenu normal auprès des lycéens de mon établissement. Sont-ils représentatifs de l'ensemble des lycéens français ? je ne sais pas. Mais sur les thèmes sécuritaires et sociaux c'est assez dramatique. La très grande majorité des élèves sont pour la peine de mort. Les chômeurs sont vus comme "des parasites", "des feignants". Je ne compte plus le nombre d'élèves qui affirment "qu'il y a du boulot" pour tout le monde. Et même en leur montrant les chiffres de Pole emploi et de l'Insee, rien n'y fait, pour eux, visiblement, 1 est supérieur à 5.
Si bien que la rhétorique de l'extrême droite est en passe de l'emporter : même lorsqu'on apporte la preuve sur x sujet, la croyance et l'idiologie l'emportent. 
Mais comment leur en vouloir ? On ne leur apprend plus à penser et à compter. Lire est devenu un gros mot. L'économie n'est pas enseignée alors qu'elle régit nos vies. Et que dire de l'écologie ? 
Les filières professionnelles n'ont que 2h d'Histoire Géographie dans la semaine. Deux heures ! L'éducation nationale en pensant qu'ils n'étaient pas aptes à penser, les a abandonné. Alors comment s'étonner qu'ils cèdent aux chants des sirènes de l'extrême droite. John Meynard Keynes avait déclaré "qu'une idée fausse mais simple avait plus de poids qu'une idée vraie mais complexe". 
En sacrifiant notre jeunesse sur l'autel de l'austérité on sacrifie nos jeunes en tant que futurs citoyens. Et par là même, c'est toute la démocratie qui risque de vaciller. Faisons en sorte qu'il ne soit pas trop tard. En attendant, lisez !

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