Le 27 octobre, lieu de débat ? Non ! Car un débat s’organise en plénière sur un fonctionnement qui s’articule en respect des tours de parole et non sur une censure ciblée par des gardes de sécurité du président de la République.
Si j’avais pu m’exprimer le 27 octobre 2016 auprès du public présent, j’aurais tout simplement salué l’énergie des habitant-e-s et acteurs associatifs qui s’engagent au quotidien pour leurs quartiers de manière simple et positive. Tou-te-s souhaitent un meilleur respect, tou-te-s souhaitent banaliser le droit à l’expression, tou-te-s espèrent en l’avenir, un avenir commun.
Mais comment croire à une volonté réelle d’un gouvernement qui, en fin de mandat seulement, essaie de rassembler des conseils citoyens dont la représentativité est remise en question dans certains quartiers ou des conseils citoyens qui sont détournés dans nombre de territoires ?
Mais comment croire à la bonne volonté d’un président de la République qui, en fin de mandat, profite d’une « journée de rentrée citoyenne » pour parler aux quartiers populaires ? Ces derniers mêmes qui auraient voté pour son gouvernement alors que celui-ci les a sans cesse méprisés, sans parler de l’absence d’un changement social programmé qui n’est jamais venu.
Si j’avais pu m’exprimer à cette journée du 27 octobre à Paris, j’aurais dénoncé une gigantesque mascarade !
Car comment ne pas être gêné par les propos d’un ministre de la Ville qui prétend s’offusquer de l’image négative des quartiers populaires véhiculée par les médias alors que lui-même parlait des centaines de Molenbeek en France ?
Car comment ne pas être gêné par un ministère de la Ville qui n’a toujours pas répondu à des appels d’urgence sur les situations dramatiques que vivent certains quartiers populaires, à des appels pertinents de collectifs d’habitant-e-s dénonçant la responsabilité des institutions face à ces mêmes situations ?
« On s’en prend plein la gueule dans nos quartiers populaires ! »
Dans nos cités, les vrai-e-s militant-e-s, engagé-e-s pour le bien commun, ces agitateurs de conscience essentiels aux remises en question de notre société, ces alerteurs sont les premiers à être assignés à l’interdiction d’expression et de participation à des manifestations.
La Coordination Pas Sans Nous, par un communiqué, dénonce la responsabilité institutionnelle dans le mépris social, dans la réduction des services publics, et dans la remise en question des solidarités. C’est ce que j’aurais dit publiquement si j’avais pu m’exprimer…
Cette journée du 27 octobre avait aussi pour objectif de promouvoir les conseils citoyens. Si j’avais pu m’y exprimer publiquement, j’aurais averti l’ensemble des conseillers du malheureux alibi qu’ils risquent de devenir s’ils ne prennent garde des manipulations qui prennent forme dans certains territoires et des conséquences à venir en termes de responsabilités.
Moi aussi, j’ai cru au début à ce nouveau dispositif dit « conseil citoyen » qui dit s’inspirer du rapport de Marie-Hélène Bacqué et Mohamed Mechmache, alors que ce rapport préconisait intelligemment des Tables de quartiers, espaces libres et autonomes. Ces espaces indépendants, je les défends car ils sont force d’émancipation quand ils sont initiés seulement par les habitant-e-s des quartiers.
En dénomination du « conseil citoyen », le gouvernement a choisi l’adjectif « citoyen ». Il en connaît évidement la définition. Celle-ci exclue nombre d’habitant-e-s des quartiers qui ne peuvent voter car ne disposant pas de tous les droits civiques. Et dans beaucoup de quartiers prioritaires, le tirage au sort des conseillers habitants s’est effectué sur les listes électorales. Le droit de vote des étrangers aux municipales était d’ailleurs une promesse de campagne du gouvernement actuel ! Quelle mascarade !
Mais si j’avais pu m’exprimer lors de cette journée du 27 octobre 2016, j’aurais pourtant salué le fait que ce dispositif légal des conseils citoyens a permis de réveiller des consciences et a permis un investissement positif d’habitants dans la vie de leur cité. Mais comment peuvent-ils se faire entendre ? Dans des comités de pilotage des contrats de ville, ils sont réduits à la place de spectateurs au grand dam de la loi du 21 février 2014 et son principe de co-construction de la politique de la ville. Quelle mascarade !
Le contrat de ville,, vous connaissez ? Cette politique publique contractuelle sur des agglomérations qui comportent des quartiers prioritaires dans lesquelles doivent s’impliquer des signataires tels que l’État via les préfectures, les mairies via les regroupements de communes (EPCI), le Conseil départemental, les bailleurs HLM, la CAF, etc. Cette politique publique transversale qui engage notamment des opérations de rénovation urbaine. Mais dans sa mise en œuvre, elle met en concurrence nombre d’associations dans les appels à projet qui répondent aux orientations thématiques du contrat de Ville. Qui décide de ces orientations prioritaires ? Quelle mascarade lorsqu’on s’aperçoit que des services publics profitent aussi de cette manne financière en supplément des financements de droit commun !
Beaucoup d’habitant-e-s dans nombre de quartiers prioritaires n’ont pas été associé-e-s aux décisions qui impacteront leur vie de tous les jours durant des années. Nombre d’entre eux, nationaux ou étrangers, paient leur taxe d’habitation. Mais ils sont très mal informés des politiques et dispositifs indiqués ci avant. D’ailleurs, les services institutionnels ont du mal à adapter des informations accessibles et moins techniques pour les habitants quels qu’ils soient.
Et ce fameux contrat de ville unique ! La loi du 21 février 2014 obligeait à ce que les conseils citoyens participent à son élaboration. Pourtant dans la majorité des cas, ça ne s’est pas fait. Dans quelques territoires, des conseils citoyens n’existent pas alors que le contrat de ville bat son plein. D’autres conseils citoyens n’ont été reconnus qu’après la signature du contrat de ville, comme ce fut le cas à Angers (49) où une signature a été officialisée en la présence de Monsieur Kanner, le ministre de la Ville, présent à cette journée de rentrée citoyenne du 27 octobre.
S’agirait-il pour des institutions tentées de composer avec les pouvoirs locaux,
· de chercher une caution aux politiques déjà décidées du contrat de ville, celles mêmes qui iront peut-être parfois à l’encontre de la volonté des habitant-e-s ?
· de trouver un alibi de ces mêmes politiques par une validation basée sur la présence ou le silence des conseils citoyens aux comités de pilotage ?
· de faire adhérer des représentations d’habitant-e-s, peu admises par l’ensemble des habitant-e-s du quartier, à des politiques publiques qu’elles n’ont aucunement co-construit au mépris de la loi ?
· de pouvoir dénigrer toutes les contestations collectives qui pourraient alors être considérées moins légitimes que l’expression institutionnalisée des conseils citoyens ?
Si on ne dénonce pas tous ensemble les mauvaises applications d’une loi sans décret qui présentait pourtant un intérêt positif, on perd une chance d’améliorer nos propres conditions sociales dans nos quartiers. On perd l’opportunité d’admettre une nouvelle définition informelle de la citoyenneté, définition basée sur une véritable participation à la vie de la cité au sens noble du terme et en toute indépendance.
En tant que militant, à la fin de cette journée de rentrée dite citoyenne du 27 octobre 2016 à Paris, si j’avais pu m’exprimer, j’aurais invité l’ensemble des acteurs présents à être vigilants de ne pas devenir complices d’une histoire dont on ne maîtrise pas les détournements politiques à venir, qu’ils soient locaux ou nationaux.
Pour toutes les raisons décriées, moi, habitant d’un quartier prioritaire, si j’avais pu m’exprimer à l’ensemble du public et au président de la République, lors de la 3ème journée de Rentrée citoyenne, j’aurais simplement évoqué mon ressentiment d’une mascarade !
Blanchard Daniel dit DJamel, co-président de la Coordination nationale Pas sans Nous