Lettre ouverte des Pas sans Nous à Manuel Valls

Depuis la création de Pas sans Nous en septembre 2014, nous nous sommes positionnés entre autre dans une véritable démarche de co-construction de la politique de la ville. Mais aujourd'hui, nous ne pouvons que constater le désintérêt et le mépris de ce gouvernement face aux quartiers populaires et leurs habitant-e-s. Dès lors, les conditions du dialogue ne sont plus acceptables.

Monsieur le Premier ministre,
Nous nous adressons très solennellement à vous pour vous dire que nous avons décidé de
ne plus nous asseoir à la table des ministres de votre gouvernement.
La Coordination nationale Pas sans Nous regroupe des habitants, des collectifs et des
associations qui interviennent dans les quartiers de la politique de la ville parfois depuis de
très nombreuses années. Elle s’est créée en 2014, suite au rapport de Marie-Hélène Bacqué
et Mohamed Mechmache « Pour une réforme radicale de la politique de la ville. Ça ne se
fera plus sans nous », qui leur avait été confié par François Lamy, alors ministre de la Ville,
dans le cadre de la réforme de la politique de la ville, afin de faire des propositions pour
favoriser la participation des habitants.
Depuis, nous n’avons cessé de proposer, mobiliser, interpeller dans une véritable démarche
de co-construction de la politique de la ville. Partout où cela était possible, nous avons
participé aux conseils citoyens et aux maisons du projet. Nous avons travaillé avec vos
ministres sur les difficultés rencontrées dans les territoires, nous les avons alertés sur les
détournements de la loi ici ou là, nous avons joué le jeu du dialogue et du débat.
Mais nous nous sommes heurtés au désintérêt de votre gouvernement : le sort des quartiers
populaires et de leurs populations n’a pas été, c’est le moins que l’on puisse dire, une priorité
de votre gouvernement. En témoignent les trop fréquents remaniements ministériels
concernant le ministère de la Ville : en quatre ans se sont succédés pas moins de cinq
ministres ou secrétaires d’État.
Suite aux attentats et à l’émotion qu’ils ont suscitée, nous vous avons interpellé sur le non
respect des engagements du candidat Hollande pour le droit de vote des étrangers aux
élections locales ou sur le récépissé lors des contrôles d’identité auquel vous vous êtes
vous-même opposé en tant que ministre de l’Intérieur. Nous avons dénoncé le discours
grandissant de stigmatisation des habitants des quartiers populaires, en particulier ceux de
confession musulmane, notamment dans les mesures du Comité interministériel pour
l’Égalité et la citoyenneté de mars 2016, ou dans les mesures prises au nom de la mixité
sociale. Nous avons dit notre colère face à l’état d’urgence et aux perquisitions arbitraires et
assignations à résidence, et face à votre projet de loi constitutionnelle de déchéance de
nationalité et au débat nauséabond qu’il a suscité. Mais le mal était fait et s’est amplifié avec
les discours très stigmatisant sur les « 100 Molenbeek français ». Nous n’avons cessé de
vous alerter au cours de ces derniers mois sur cette spirale irresponsable de stigmatisation,
d’islamophobie, génératrice de tensions, mais en vain.
Vos prises de position méprisantes, votre course aux politiques de sécurité, n’ont fait que
contribuer à l’aggravation des tensions sociales et à la montée du racisme dans le pays que
subissent en premier lieu les habitants des quartiers populaires.
Aujourd’hui, trop c’est trop et nous avons décidé de ne plus discuter avec votre
gouvernement.
Vous refusez d’entendre la colère grandissante des habitants des quartiers populaires face
aux injustices et aux discriminations qu’ils vivent. Votre silence assourdissant sur la mort
d’Adama Traoré, vos prises de position sur le burkini, vos réactions face aux décisions du
Conseil d’État, ou encore vos derniers propos sur Marianne, sont autant de signes du vrai
visage de votre gouvernement qui rejette plus de huit millions de ses citoyens. Vous réduisez
les habitants des quartiers populaires à la seule question de leur identité et de leur religion,
réelle ou supposée, alors que dans le même temps vous remettiez en cause les protections
des salariés dans le marché du travail et que les inégalités en matière d’école, de logement,
d’emploi ou de santé ne sont plus à l’agenda politique.
Monsieur le Premier ministre, la situation est très grave parce que vous avez brisé la
confiance de toute une génération vis-à-vis de son pays et des valeurs qu’ils y ont apprises
d’égalité et de droits de l’Homme. Par vos propos, vous autorisez et libérez une parole et des
actes racistes. Les exemples ne manquent pas.
L’État français n’est plus aujourd’hui un recours pour tous ceux qui vivent les injustices
économiques et sociales, les discriminations, le racisme.
Nous ne serons pas complices de votre politique. Les conditions du dialogue ne sont plus
acceptables. Aussi, nous ne participerons plus aux différentes instances de travail
auxquelles nous étions associés. Nous cesserons de perdre du temps en rendez-vous avec
les ministres de votre gouvernement et continuerons à concentrer notre mobilisation et notre
énergie avec les habitants des quartiers populaires.
Décision votée à l’unanimité lors du Conseil national de la Coordination Pas sans Nous qui
s’est tenu le 26 août à Toulouse,
Djamel BLANCHARD, Co-président; Nicky TREMBLAY,  Co-présidente; Djamel FERCHICHE, Co-président;  Fatima MOSTEFAOUI, Co-présidente


Copie à : François Hollande, Président de la République
Patrick Kanner, ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports
Hélène Geoffroy, secrétaire d’État à la Ville
Les ministres du gouvernement

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