Interpellation du ministre sur l'Appel à manifestation d'intérêt-association

Monsieur le Ministre,

Le ministère vient de mettre en ligne l’Appel à manifestation d’intérêts – associations. Rien que le titre pourrait faire sourire, mais il n’y a rien d’amusant là-dedans.

Encore une fois et en dépit des signaux d’alarme que Pas sans Nous n’a cessé de vous envoyer, vous vous apprêtez à donner encore plus de moyens à des associations qui ne sont pas présentes dans les quartiers.

Déjà, au nom de leur prétendue efficacité, vous leur demandez d’exercer une sorte de tutelle sur les petites associations des quartiers populaires si ce n’est sur les habitants eux-mêmes. Cet Appel à manifestation d’intérêts - associations ne fait que renforcer cette situation.

Regardons certaines exigences du cahier des charges :

  • compter au moins 5 salariés et présenter un résultat positif sur les trois derniers exercices ;

  • intervenir ou en passe d’intervenir dans au moins deux agglomérations ;

  • présenter un modèle économique indépendant à l'issue de la période de conventionnement ;

  • avoir un impact effectif et mesurable sur les quartiers prioritaires et leurs habitants.

Nous avons compris depuis longtemps la nécessité d’être un minimum structuré pour que des projets aient un impact réel et puissent proposer un changement d’échelle. Mais exiger au moins 5 salariés, cela exclut d’emblée les petites associations qui s’échinent au quotidien dans les quartiers (en zone urbaine comme à la campagne) à construire le vivre-ensemble.

C’est pour cette raison, entre autres, que nous, petites associations de quartiers, nous sommes réunis en coordination, y compris dans les Outremer. Contrairement aux fédérations et autres grosses associations nationales (qui vivent selon nous sur des rentes de situation dans les quartiers), nous avons choisi de nous coordonner et non de nous fédérer. Cette solution est la plus difficile qui puisse y avoir car elle nécessite d’être en dialogue permanent. C’est ce qui fait notre force à Pas sans Nous. Et cela fonctionne.

Les Français s’étonnent du « pognon de dingue » déversé dans les quartiers prioritaires. Nous disons que c’est faux, mais aussi que trop de subventions publiques sont captées par certaines grandes associations nationales qui bénéficient, dans certains territoires, de situations de quasi- monopole. Elles ont la force de frappe qui leur permet de missionner des salariés sur des appels à projets là où, nous, nous ne comptons que sur la force de nos associations présentes dans les territoires.

Le temps de la rupture et du changement de regard sur nos quartiers ne viendra que lorsque les acteurs et actrices associatifs pourront faire entendre leurs voix.

 

Mohamed MECHMACHE, président de Pas sans Nous

4 mars 2019

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