Rentrée citoyenne: suite de l'épisode...

Après la journée du 25 octobre autour des associations de proximité, le ministère de la ville organise le 27 octobre une journée sur les conseils citoyens. Qui n'est encore une fois, dans cette forme et ce contexte, qu'un leurre...

La secrétaire d’Etat chargée de la ville organise le jeudi 27 octobre une nouvelle étape de la rentrée citoyenne à La Villette en réunissant les membres des conseils citoyens mis en place conformément à la loi de programmation pour la ville et la cohésion urbaine, dite loi Lamy.

En juillet 2013 un rapport intitulé Citoyenneté et Pouvoir d’agir dans les quartiers populaires. Cela ne se fera plus sans nous. Pour une réforme radicale de la politique de la ville, co-écrit par Mohamed Mechmache et Marie-Hélène Bacqué a été remis au ministre de la ville François Lamy. Ce rapport travaillé et appuyé par une conférence de citoyens, développait cinq grandes orientations sur le pouvoir d’agir des citoyens et la démocratisation de la politique de la ville.

Plus de trois ans après et ayant vu se succéder cinq ministres ou secrétaires d’Etat à la politique de la ville, où en sommes-nous ?

Nous avions proposé la création d’espaces citoyens autonomes, créés à l’initiative des citoyens et appuyés par la puissance publique, sous formes de tables de quartier, dispositif emprunté aux expériences québécoises. Cette proposition a été transformée en conseils citoyens obligatoires, mais sans que de véritables moyens ne leur soient accordés, et sans que leur autonomie ne soit véritablement imposée. Le bilan reste à faire mais le résultat est aujourd’hui pour le moins mitigé. A quelques exceptions près, certains élus locaux ont résisté à la mise en place d’espaces sortant de leur contrôle direct ; ils ont parfois imposé le tirage au sort pour le conseil citoyen sur les seules listes électorales quand ils n’en ont pas désigné eux-mêmes les membres. Les moyens en formation, fonctionnement ou locaux n’ont pas été mis en œuvre. Dans ces conditions, on observe déjà un fort découragement des membres des conseils citoyens.

Parallèlement, avec l’accord du Ministre de la Ville François Lamy, une expérimentation de tables de quartier est menée par la Fédération des Centres sociaux et la coordination Pas sans nous. Elle montre que les habitants peuvent constituer une vraie force locale de mobilisation et de co-construction. Mais la Secrétaire d’Etat n’a à ce jour ni répondu à la demande de prolongation de ces 12 tables, ni répondu à la demande de financement d’une extension de ce programme.

Quant à la bourse d’expérimentation pour la participation mise en place en 2014, favorisant le développement d’initiatives, elle n’aura duré qu’un an ! Le budget a, dès 2016, été remis à disposition des Préfets, sans plus aucune concertation.

Nous avions aussi proposé la création d’une Fondation pour la solidarité sociale permettant de sortir les associations des rapports clientélistes dans lesquels elles sont bien souvent prisonnières. Le vote de la loi Lamy en 2014 s’est accompagné de la demande d’un rapport sur cette proposition. Confié au Préfet Yannick Blanc, ce rapport a-t-il été rendu ? Est-il rangé dans un tiroir ? Nous avons en vain posé régulièrement la question. C’était pourtant un vote de l’Assemblée nationale.

Nous avions préconisé une représentation habitante dans toutes les instances de la politique de la ville. Si le Conseil National des Villes a créé un quatrième collège d’habitants, l’ANRU reste le domaine réservé des élus et des experts… Les conseils citoyens ont été créés dans leur quasi totalité après la signature des contrats-ville et les maisons du projet sont trop rarement créées. Les conseils citoyens n’ont donc pas eu leur mot à dire sur le contenu des contrats et les instances de pilotage restent encore très fermées à la représentation habitante.

Comment développer la citoyenneté quand la confiance est brisée, quand la politique et les mots des gouvernements qui se sont succédés ne renvoient que mépris social et remise en cause des services publics et des solidarités ? La rentrée citoyenne n’est dans sa forme et dans ce contexte qu’un leurre.

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