Maréchal, nous voilà!

«Maréchal, nous voilà!»: un petit film avec Raymond Aubrac et René Chevailler, fils de Résistant fusillé à la Duchère, pour témoigner de l'action sociale de Raymond Aubrac en faveur des enfants de résistants fusillés ou déportés.

A l'Ermitage. © Pascal Convert A l'Ermitage. © Pascal Convert
«Maréchal, nous voilà!»: un petit film avec Raymond Aubrac et René Chevailler, fils de Résistant fusillé à la Duchère, pour témoigner de l'action sociale de Raymond Aubrac en faveur des enfants de résistants fusillés ou déportés.

Durant mes nombreuses heures de discussion avec Raymond Aubrac, nous avons évoqué son action sociale en faveur des enfants de Résistants fusillés ou déportés, alors qu'il était Commissaire de la République de la région de Marseille. Parmi les quatorze maisons d’enfants hors les villes, la réquisition du lieu de villégiature du maréchal Pétain, la villa l’Ermitage, à Villeneuve-Loubet, représentait tout un symbole.

A leur arrivée dans cette villa, les enfants de Jean-Claude Chevailler [1], d’Etienne Toro, de Louis Bonnavent [2], d’Aimé Lhopital [3] –tous les quatre membres du Groupe Franc qui avait participé à l’évasion spectaculaire de Raymond Aubrac, boulevard des Hirondelles et tués début 1944 par la milice française– chantaient à tue-tête «Maréchal nous voilà ! Devant toi, le sauveur de la France…» avant de jouer au trempoline sur le lit du maréchal.

Raymond et Lucie Aubrac, se souvenant du soutien que Jean Zay avait apporté à Célestin Freinet, confièrent à ce dernier la responsabilité pédagogique des centres. Précurseur d’une méthode d’éducation qui place l’autonomie et la responsabilisation de l’enfant au centre de la pédagogie, Freinet reste célèbre aujourd’hui encore pour les journaux imprimés par les enfants eux-mêmes et illustrés de linogravures. 

Marchant dans les traces de leurs aînés, les enfants ont donné à leur petit journal le titre évocateur du Maquis. Et parfois ils se souvenaient d’un père qu’ils ne reverraient plus : « Aujourd’hui 19 février, c’est l’anniversaire de la mort de mon papa et de celui de Robert. Il y a deux ans qu’ils ont été fusillés par les miliciens (…). Signé René (Chevailler)», « Il y a deux ans aujourd’hui que mon papa a été fusillé; j’ai de la peine. Signé Daniel. »

Ce petit film témoigne de cette aventure.  

[1] Jean-Claude Chevailler et Louis Bonnavent ont été fusillés dans les fossés du fort de la Duchère le 19 février 1944. René, Colette, Étienne, Marius, Daniel Chevailler et Robert Bonnavent ont séjourné à l’Ermitage.

[2] Étienne Toro est tué par la milice le 11 février 1944. Deux de ses enfants, Suzanne et Étienne, ont séjourné à l’Ermitage.

[3] Marcel Lhopital (surnommé Ouistiti). Il y avait aussi les deux fils (Pierre et Jacques) de Lucien Sampaix, fusillés au Mont Valérien, Jacky Mollon, le fils de Claudius Mollon, mort en déportation, Jacqueline Guelfuccy, Paulette Guillou, fille d’un marin mort en mer…

Pascal Convert. Raymond Aubrac, Résister, reconstruire, transmettre (Seuil 2011), Raymond Aubrac, les années de guerre (France2, 2011), Raymond Aubrac, reconstruire, décoloniser (France 5, 2012).

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