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Billet de blog 17 novembre 2015

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N'abandonnons pas nos libertés aux terroristes !

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

N'abandonnons pas nos libertés aux terroristes !


Avant de revenir sur l'usage du terme de guerre, une pensée pour mes proches que j'ai tenté de joindre avec angoisse à minuit passé ce fameux 13 novembre.

Ils vont tous bien et soit étaient déjà chez eux quand « ça » a commencé, soit on été bloqué dans divers bâtiments après que les attentats aient commencé, soit n'était pas dans le quartier.

Heureusement, ca m'a rassuré.
Quelques minutes ...
Puis, j'ai vu tout les visages sur facebook des personnes recherchées par leur proches et j'ai presque défailli en imaginant ces familles qui vont passer 48h à chercher leur proches, celles qui auront eu très peur, celles traumatisées. Et les nombreuses familles blessés et de mort qui seront détruites et anéanties par la perte d'un de leur proche.
Je n'ose imaginer et ca me fait trop mal d'imaginer plus avant ce qu'ils peuvent ressentir.
Et dire que ce sentiments,  d'autres le ressentent depuis des années. Dire que le terrorisme est en plein essor à travers le Moyen-Orient depuis des années. C'est atroce. Dire qu'on n'a pas vraiment lutté contre, c'est tout aussi dur mais c'est la triste vérité : nos guerres ont alimenté le terrorisme.
Justement quand on parle de guerre, certains ont demandé à ce que soit faite la distinction entre un acte de guerre ou de terrorisme et un pays en guerre.

Car une guerre ca se fait à un Etat, donc dire qu'on est en guerre  c'est d'une certaine manière reconnaître que Daech est un Etat, ce que désire aussi Daech.
Les spécialistes discutent eux même de l'opportunité du terme de « guerre »

2 : http://www.arretsurimages.net/articles/2015-11-16/Attaques-de-Paris-faut-il-parler-de-guerre-id8220)

« "La guerre c’est voir chaque jour des gens tomber autour de soi"

"Il faut tout de même relativiser. Ce vendredi 13 novembre, nous assistons à Paris à une série d’attentats terroristes, à des massacres aveugles, aux plus graves événements que la capitale française ait connus depuis la Libération. Mais ce n’est pas la guerre, insiste Faget. La guerre, comme celle que j’ai couverte au Liban, au Tchad, ou beaucoup plus récemment dans l’est de l’Ukraine, c’est vivre dans une peur quotidienne de la mort, avoir sans cesse l’impression d’être en sursis, n’être en sécurité nulle part. C’est voir chaque jour des gens tomber autour de soi, sous les balles et les obus qui pleuvent sur des villes entières, et les cadavres joncher les trottoirs sans que personne n’ose les ramasser. [...] C’est quand on ne peut pas compter sur la police pour assurer sa sécurité, quand des milliers de réfugiés se lancent sur les routes. La médecine de guerre, c’est quand on doit amputer à la hâte un membre qu’on aurait pu sauver dans des circonstances normales."

Rien de tout ça à Paris, puisque que "contrairement à ce qui se produit dans une vraie guerre, la police et les services de secours peuvent ici faire leur travail, établir des périmètres de sécurité, protéger les passants, soigner les blessés, évacuer les morts sans qu’ils restent à l’abandon des jours durant dans la rue. Même au cœur de cette nuit du 13 novembre, la plupart des bistrots et restaurants restent ouverts et, partout ailleurs dans la ville, la situation est normale. Deux jours après le drame, la vie a repris son cours." Pour "parler de guerre", il faudrait par exemple que "de tels attentats se produisent tous les jours pendant des semaines". "C’est sans doute ce que souhaitent ceux qui ont causé cette tragédie. Mais ce n’est heureusement pas le cas", conclut le photographe »

Enfin bref, ça c'est les mots (qui ont leur importance on va le voir).

Mais discuter sur les mots ne change rien à la réalité : les attentats ont été meurtriers, sanglants et autres adjectifs tous plus forts les uns que les autres pour tenter de qualifier ce qu'il est difficile de qualifier dans un pays qui vit en paix (sur son territoire) depuis plusieurs décennies.

Premier bilan : 129 morts et plus de 300 blessés dont 99 en état critique (ainsi on pourrait monter à plus de 200 morts),

Et ceci, comble de l'horreur, en pleine capitale dans des quartiers très fréquentés.

Oui, des civils innocents - aussi innocents que le sont les petits irakiens ou les syriens qui n'ont rien demandé à personne et encore moins qu'on vienne implanter une zone d'expérimentation "d'état terroriste" sur leur territoire - ont été victime de cette atrocité, ce massacre ignoble.
Eux, ils subissent ça depuis des années c'est vrai.

Mais là, c'est nous !

Là, nous sommes touchés dans notre chair, dans nos tripes.
Ça nous glace l'échine, nos poils se révulsent, nous avons nos cœurs qui palpitent : ils sont français, de notre famille ou nos amis : de notre sang.
Ça se passe en France à quelques kilomètres ou mètres de chez nous : Nous aurions pu y être !
Ils ne faisaient pas de dessins engagés.
Ils n'avaient aucun avis particulier sur une question précise.
Ils ont été tué pour l'exemple.
Tué car français.
Tué pour tenter de terroriser.
Nous aurions tous pu y être.

Et  la peur qui résulte de cette atrocité est un des objectifs des terroristes.

I) La peur

Oui c'est vrai. Cela aurait pu arriver à n'importe qui, n'importe où, n'importe quand.
Et cela pourrait se reproduire.

Ainsi, vu qu'il n'y a eu aucun choix dans les cibles (les lieux, mais pas les personnes : pas une écoles juive ou catholique, une administration etc….), cela peut arriver à n'importe qui (blanc, noir, jaune, bronzé, vert ou autre).
Bref TOUT le monde pourrait être ciblé indistinctement.

Pour autant, le sentiment de peur est un des objectifs visé par Daech.
Donc il ne faudra pas céder et continuer à vivre comme avant.
Ne serait-ce que pour la mémoire de ceux qui sont morts.


Relever qu'il faut combattre ce sentiment de peur, c'est bien beau mais il y a déjà des conséquences visibles qu'il faut vite  éviter avant qu'on ne sombre dans un état policier et que le peuple se divise.

Pour commencer, une des conséquences de ces attentats sera une amplification du syndrome du « grand méchant monde » ( voir 1) : les informations sont justifiées mais il y a toujours la formulation et la manière de présenter qui sont anxiogènes de manière délibérée (ca augemente l'audimat).
Cette amplification a déjà commencé (je vous dis pas l'angoisse quand je regardais i-TV le soir du 13 novembre en attendant d'avoir des nouvelles de ma famille).
Il ne faut pas négliger l'importance des journaux d'informations dans l'appareil de propagande de l’État.
Comme tout le monde le sait « la propagande est à la démocratie ce que la violence est à la dictature »
Bref, les infos formatent et influencent une grande partie de la population dans leur manière de se représenter la vie extérieur : je vous conseille vivement de regarder le reportage indiqué en (1) qui explique très bien le mécanisme et donne un chiffre parmi d'autres : les personnes qui regardent la télé ont une vision angoissée d'une situation (être seul le soir dans une rue en l’occurrence) à 52% contre 39% pour ceux qui ne regarde que peu la télé .

De cette peur va résulter d'une part un repli communautaire

II) Le repli communautaire :

Avec la peur va se généraliser la défiance. Nous sommes déjà habitué à se méfier de tout bagage abandonné qui sera considéré comme suspect par défaut.
Avec la télévision qui va nous pousser à nous méfier, l'état d'urgence qui va se prolonger (j'y reviens dans le III), la prudence recommandée va se transformer en méfiance.
Méfiance à l'égard de ce qui est suspect et évidemment, nous considérerons suspect ce qu'on ne comprend pas en priorité et pour finir tout ceux qui sont différents de nous car s'ils sont différents c'est qu'ils n'adhèrent pas à nos valeurs évidement. Et s'ils n'adhèrent pas à nos valeurs, ce sont des terroristes potentiels….
Ainsi ce glissement du raisonnement d'une partie de la population française sera accompagné, soyons en sûr, par la Marine, le FN et tout ses relais. Par la droite des LR qui ne voudra pas rester à la traîne (ils feront donc une course au plus sécuritaire). Evidement le PS voudra se présenter en gestionnaire de la crise et donc ouvrira les vannes du tout sécuritaire par anticipation (voir III)
La télévision qui se fera un plaisir d'accompagner toute cette hystérie avec des reportages au climat anxiogène durant les semaines à venir.
Et évidement les réseaux sociaux ne seront pas en reste (et même en pointe car les discours se lachent sur Facebook, le racisme remonte en flèche).
Et la politique de FB est maintenant de ne pas supprimer les messages racistes afin de promouvoir « la contradiction » : « Au moins maintenant, c’est clair : Facebook ne supprime pas, par choix, certains commentaires incitant à la haine, qui lui ont pourtant été signalés. Pourquoi ? Pour favoriser les "contre-discours" (en d'autres termes, pour que les internautes répondent eux-mêmes aux messages problématiques). » (3)

Télévision relai d'un climat de méfiance généralisée basée sur la peur, réseaux sociaux saturé de messages racistes, refus des réfugiés, amalgame entre musulman, arabe, terroriste, réfugiés et étrangers venant d'afrique. 

Avec les lois qui seront votées, notre attention sera entièrement focalisée sur des islamistes potentiels (voir le reportage en 1 : en cas de danger, notre attention se focalise sur le danger uniquement en excluant le reste).

Dans un tel climat de suspicion, les musulmans auront tendance à se regrouper entre eux pour se protéger de cette ambiance et se soustraire à ce climat de soupçon quotidien (déjà une amie tunisienne m'a demandé de manger avec elle car elle ne se sentait pas bien du fait du regard des autres sur elle).
Le risques, c'est que les différentes populations qui vivaient très bien en harmonie finissent, dans un tel climat de tension, de peur et de suspicion, par se replier en communautés.

Si jamais une telle chose arrivait, il y aurait un fort risque que Daech et les extrémistes trouvent à portée de main un nouveau vivier de personne à recruter qui seraient coupées de la société et se sentiraient rejetés par cette dernière.

Si nous nous mettons à rejeter ou suspecter une partie de la population, cela revient prendre le risque de voir une partie des éléments les plus déstructurés se faire recruter par divers extrémistes qui se feront un plaisir d'accueillir ceux que la République aura rejeté (ou qui auront ce sentiment du fait des mesures prises par notre gouvernement).

Ainsi donc, après la 1ere bataille contre la peur viendra la 2eme bataille contre les discriminations, les soupçons et tout les risques de replis qui vont résulter de ce climat.

Le pire sera l'évolution sécuritaire qui en résulte dès à présent.

III) Une évolution sécuritaire

En effet, les mesures qui sont prises vont toutes dans le même sens : une extension de la durée de l'état d'urgence (et ca ne semble déranger personne?), un durcissement des diverses lois, une modification de la constitution et une évolutions dans le temps de toutes nos lois sur les libertés afin de « s'adapter à la nouvelle menace » qu'est le terrorisme.

Il existe de nombreuses lois qui ne sont pas vraiment appliquer en France.
Si notre renseignement est fautif, c'est (comme l'ont déclaré de nombreux chefs des renseignements) car les moyens informatiques ne remplacement pas les moyens humais sur le terrain et que notre renseignement manque d'effectif humain plus que de moyen.
Des lois sécuritaires ne donneront rien de plus sur le fond comme résultat.

Par contre, nous y perdrons notre âme en sacrifiant notre liberté pour notre sécurité et à l'arrivée, nous n'auront ni l'un ni l'autre (comme cela a été dit pour la guerre).

Si nous modifions notre manière de fonctionner et notre législation.
Si nous sacrifions une parties de nos libertés et modifions notre constitutions en ce sens, les terroristes auront atteint une partie grande partie de leurs objectifs : une forme de reconnaissance de leur activité. Nous aurons ainsi reconnu qu'ils ont pu nous atteindre et ils pourront en plus argumenter sur nos démocraties qui ne respectent plus les libertés fondamentales.

Ainsi, nous leur donnerions de nombreux arguments pour recruter et continuer à commettre des attentats.
Et notre gouvernements n'aura d'autres solutions que de faire des lois encore plus sécuritaires voire promulguer un état d'urgence permanent.

Et si un nouveau attentat éclatait dans les semaines ou mois à venir (durant la prolongation de cet état d'urgence) ?
On passe à la loi martiale sur tout le territoire ?

Quand est-ce qu'on acceptera de mettre sur une table les raisons de ce terrorisme ?
Réagir, anticiper, se venger ou autre, c'est bien, mais désamorcer la menace ne serait-il pas mieux ?
Pour ca, il faudra accepter de prendre ses responsablilités : de nombreux pays ont soutenu, armé et financé des mouvements terroristes.
Ces terroristes se retournent contre ceux qui leurs ont fourni moyens et argents, c'est pas surprenant, depuis plus de 20 ans on sait que ca fini toujours comme ça.
Une nouvelle fois notre gouverment a brulé sa population en jouant avec le feu et c'est nous qui payons doublement la facture avec de surcroît des lois liberticides.
 

ps : les liens d'arrêts sur images sont accessibles uniquement aux abonnés

1 : le syndrome du "grand méchant monde", vidéo de 43mn de décryptage de l'influence de la télévision sur la manière d'appréhender la réalité et l'effet anxiogène de la télévision  https://www.youtube.com/watch?v=8WiiqssAME4

2 :Sur l'usage du terme de guerre, d'acte de guerre ou de terrorisme http://www.arretsurimages.net/articles/2015-11-16/Attaques-de-Paris-faut-il-parler-de-guerre-id8220

3 :Sur le choix assumé de Facebook de ne pas effacé des messages haineux dans le but de provoquer "un contre-débat". Ce faisant les appels à la haine raciale sont ainsi tolérés sur FB  http://www.arretsurimages.net/articles/2015-11-12/Messages-facebook-haineux-anti-migrants-les-publier-pour-les-denoncer-id8202

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