Liquidation de l'enseignement artistique

L’art n’est-il qu’un luxe ? Le 17 juin des lycéens auront peut-être à affronter ce sujet de philo. Blanquer a déjà rendu sa copie. C’est court, pratique et sans ambiguïté, c'est la liquidation de l'enseignement artistique au lycée. Un professeur de musique lance un cri d'alarme dans une lettre adressée à la presse. Je m'en fais l'écho, espérant que celui-ci puisse résonner plus fort et plus loin.

Bonjour,

 En tant que professeur de musique au Lycée Renoir à Asnières-sur-Seine et au nom de mes pairs je tiens à vous faire part de la situation alarmante de notre enseignement et a fortiori des enseignements artistiques au lycée.

 A l’aune de l’orientation post-bac et de l’infaisabilité des emplois du temps la soi-disante possibilité de combiner n’importe qu’elle spécialité est une vaste fumisterie. Les pré-requis de la plupart des filières post-bac ne font aucune place aux enseignements artistiques privilégiant plus que jamais les mathématiques entre autres.

La situation n’était déjà pas bien glorieuse du temps des filières L, Es, S où la spécialité artistique ne pouvait être choisie qu’en L… certes, mais avec cette Réforme le « ménage » est déjà entrain d’être fait.

La logique comptable, pragmatique, « de rendement » a déjà sévi en engendrant purement et simplement la fermeture de certaines spécialités. Pour qu’il y ait maintien de spécialité il faudrait que 35 élèves s’y inscrivent. Ce qui n’est le cas d’aucun lycée de l’Académie de Versailles notamment. Certains proviseurs maintiennent vaille que vaille, d’autres ont déjà renoncé. Et quand bien même résisteraient-ils l’abandon d’une spécialité en terminale remet en péril une situation déjà bien fragile.

Même les options facultatives sont en danger. L’épreuve orale disparaît empêchant ainsi des élèves qui n’avaient pas la chance d’être dans un lycée offrant des heures de cours de musique de pouvoir quand même passer l’épreuve (pour info sur quelques 2500 candidats par an dans l’académie de Versailles 1800 candidats libres). Cette épreuve est remplacée par un contrôle continu où la note finale ne pèsera que 0,1 pour cent du bac (quel élève voudra effectuer 3h de cours en plus pour cela ?)

 Au lieu de permettre à un plus grand nombre d’élèves de s’épanouir en acquérant une ouverture culturelle et un véritable épanouissement (qualitatif celui-là) cette Réforme va engendrer (encore une fois) plus d’inégalités. Au Lycée Renoir à Asnières 1 élève sur 2 est issu de CSP défavorisée. En spécialité musique cette année c’est le cas pour 80 pour cent de l’effectif. D’ici deux ans tout cela sera rendu impossible et c’est proprement scandaleux.

 L’enseignement artistique, et plus singulièrement musical, propose un travail de fond visant tout à la fois la connaissance de soi et, partant, l’acceptation de l’Autre. S’y épaulent le développement personnel (l’art est un important facteur de réussite scolaire) et une intégration sociale harmonieuse. Tout projet politique affichant la lutte contre tous les communautarismes et toutes les exclusions et ne s’appuyant pas sur l’éducation par l’art est, à moyen et long terme, un mensonge."

 Je me tiens à votre entière disposition pour répondre à vos questions, pour préciser certains points et vous remercie d’avance de l’écho que vous voudrez bien donner à cette situation dramatique pour alerter l’opinion et écoper quelque peu le navire qui sombre déjà…

 Bien cordialement,

 Frédéric Garcia professeur de musique du Lycée Renoir à Asnières (92)

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