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Billet de blog 5 mai 2019

Camelia en centre de rétention pour avoir protégé son bébé

Camelia, militante pacifiste espagnole résidant en France depuis 2002, est enceinte. Elle a été interpellée le 1er mai et placée en centre de rétention administrative pour avoir porté sur son ventre un bouclier destiné à protéger son bébé. Rompu à bafouer tous les droits, ce pouvoir ira jusqu'au bout de l'ignominie. Je relaie un communiqué des Femmes Gilets Jaunes.

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"Depuis plusieurs manifestations, Camelia, militante pacifiste espagnole, défilait à Paris en brandissant une pancarte en carton “Fin du monde, fin du mois, même combat” ainsi qu'un bouclier destiné notamment à protéger son ventre, puisqu'elle est enceinte. Peint en violet, le bouclier portait la phrase “Je suis une utopiste pacifique cela ne sert qu'à me protéger je ne vous attaquerai pas”.


Jusqu'alors, cet équipement n'avait jamais posé de problème ; mais le 1er mai, il a servi de prétexte à son interpellation et à son placement en garde à vue. Le bouclier a été qualifié par la police d'arme par destination et les ficelles attachant sa pancarte en carton ont été considérées comme des frondes.


Jeudi soir, elle a été transférée à sa sortie de garde à vue vers le centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot, une décision que les personnels du centre eux-mêmes n'ont pas comprise. La préfecture de Paris demande désormais le prolongement de son maintien en rétention ainsi que son expulsion vers l'Espagne, assortie d'une interdiction du territoire français de deux ans, au motif qu'elle représenterait une menace pour l'ordre public. L'audience devant le juge des libertés et de la détention devant se prononcer sur sa libération aura lieu demain matin.


Camelia est Espagnole, donc ressortissante d'un Etat-membre de l'Union européenne. Elle habite en France depuis 2002 ; enceinte depuis deux mois de son compagnon, lui-même Français, elle occupe un emploi à temps plein en CDI. Aucune interprétation, même la plus extensive, des textes français et européens n'autorise ce placement en rétention et cette menace d'expulsion, alors même qu'elle a été relaxée de l'ensemble des chefs d'accusation portée contre elle.


Les motifs et les conditions d'interpellation et de placement en garde à vue des manifestants sont déjà très largement contestés, de même que les motifs et les conditions de placement et de maintien des personnes en centres de rétention administrative.

Dans le cas de Camelia, ces deux systèmes ont été poussés bien au-delà des limites de l'absurde et de la légalité. Non seulement rien ne peut justifier son maintien en rétention, mais le simple fait qu'une ressortissante espagnole puisse faire l'objet d'une telle mesure et se voir menacée d'expulsion pour avoir participé à une manifestation est particulièrement révoltant. Cette situation témoigne du franchissement d'une nouvelle étape dans l'intensification de la répression aveugle, généralisée et indigne d'un Etat de droit s'opérant actuellement en France.


Nous demandons la remise en liberté immédiate de Camélia, ainsi que l'ouverture d'une enquête sur la gestion de cette affaire, un changement de cap total du traitement des manifestants par les forces de l'ordre, de façon à ce que ce genre de procédures abusives n'arrive plus, et nous attendons également de la part du gouvernement et en particulier du Ministère de l'Intérieur qu'ils prennent leurs responsabilités dans cette affaire et présentent leurs excuses à Camelia.


Texte : Lotte, pour les Femmes Gilets Jaunes"

Mise à jour à 19h40 : Voir les commentaires. Camélia est libérée depuis une petite heure. Mais l'OQTF et l'interdiction de circuler sur le territoire français pendant 24 mois ne sont pas encore levées. La décision émane de la Préfecture de Paris, donc directement sous la responsabilité du Préfet Lallement et du ministre de l'intérieur. Restons mobilisés. Il faut que Camélia obtienne des excuses publiques du Préfet et de Castaner, ainsi que des réparations. Cette affaire scandaleuse rend encore plus légitimes les multiples demandes de démission de Castaner. On peut rejoindre les 3800 signataires de la tribune "Nous accusons" publiée ICI.

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