Message d’un étudiant immolé par le feu

Un étudiant de 22 ans s’est immolé par le feu ce 8 novembre devant le CROUS de Lyon. Brûlé à 90%, entre la vie et la mort, ce militant de Solidaires étudiant.e.s, a accompli un geste politique qui met le gouvernement face à ses responsabilités : comment une société peut-elle imposer précarité et misère pour autant de jeunes ? Manifestons ce mardi devant tous les CROUS de France !

20% des étudiants vivent en dessous du seuil de pauvreté. La précarité oblige près de la moitié d’entre eux à trouver un emploi afin de financer leurs études. Ces chiffres remontent à 2015, dans une enquête de l’IGAS. Il est à craindre que quatre ans après la situation des étudiants ne se soit encore aggravée. Les enquêtes de l’UNEF comme de la FAGE montrent chaque année des augmentations significatives du coût des études supérieures. Dans toutes les universités les services sociaux sont débordés par les demandes d’aides qu’ils n’ont pas les moyens d’accorder. Les bourses ne sont pas assez nombreuses, leurs montants insuffisants et les chambres d’étudiants font défaut, alors les prix des loyers flambent dans toutes les grandes villes et ne sont accessibles qu’à celles et ceux qui peuvent se faire aider par leur famille ou qui font le choix de s’endetter, ce que le gouvernement favorise pour satisfaire le lobby des banques. Le seul horizon de la jeunesse est-il, comme aux Etats-Unis, les 1600 milliards de dollars de la dette étudiante ?

C’est qu’aujourd’hui un seuil a été franchi, le seuil de l’inadmissible, que l’acte politique d’un étudiant désespéré de Lyon vient de mettre crument devant vos yeux. Aujourd’hui des centaines d’étudiants sont sans domicile, des milliers ne font qu’un repas par jour, des dizaines de milliers altèrent leur chance de réussir les études parce qu’ils sont contraints d’accepter des emplois précaires, mal rémunérés et épuisants. La prostitution des étudiant.e.s se développe. Dans une enquête conduite à Montpellier, 4 % des personnes interrogées déclaraient avoir été en situation de prostitution (63% de femmes et 37 % d’hommes) et 16% des étudiant.e.s disaient pouvoir envisager la prostitution pour financer leurs études (voir ici).

Tout cela, l’étudiant et militant de Solidaires le savait. Il se battait avec ses camarades contre cette misère insupportable. Il l’éprouvait tant qu’il n’a trouvé d’autre issue que de transformer sa désespérance en un acte de lutte, ultime. En lisant le message qu’il nous a laissé et que je reproduis ci-dessous, nous comprenons qu’il a voulu donner à son geste irréparable une dimension politique forte, en conformité avec ses convictions et ses combats. Il désigne ses cibles, il dénonce la survie, il rappelle les revendications de son syndicat, il construit un lien entre la montée du fascisme et le libéralisme et il appelle à continuer la lutte, « pour en finir définitivement avec tout ça ». Nous serons des milliers demain, devant tous les CROUS de France, à lui répondre que nous avons entendu son message, que nous avons compris, que son geste n’aura pas été vain. Parce que, pour lui et tous les autres qui sont broyés par le libéralisme, notre lutte sera sans fin.

Pascal Maillard

PS : Communiqué de Solidaires étudiant.e.s avec la liste des lieux et horaires de rassemblement

Message d’un étudiant immolé par le feu

Bonjour,

Aujourd'hui, je vais commettre l'irréparable, si je vise donc le bâtiment du CROUS à Lyon, ce n'est pas par hasard, je vise un lieu politique, le ministère de l'enseignement supérieur et la recherche et par extension, le gouvernement.
Cette année, faisant une troisième l2, je n'avais pas de bourses, et même quand j'en avais, 450€/mois, est-ce suffisant pour vivre ?

J'ai eu la chance d'avoir des personnes formidables autour de moi, ma famille et mon syndicat, mais doit-on continuer à survivre comme nous le faisons aujourd'hui ?
Et après ces études, combien de temps devrons nous travailler, cotiser, pour une retraite décente ? Pourrons nous cotiser avec un chômage de masse ?

Je reprends donc une revendication de ma fédération de syndicats aujourd'hui, avec le salaire étudiant et d'une manière plus générale, le salaire à vie, pour qu'on ne perde pas notre vie à la gagner.

Passons à 32 heures de travail par semaine, pour ne plus avoir d'incertitudes vis à vis du chômage, qui conduit des centaines de personnes comme moi chaque année à ma situation, et qui meurent dans le silence le plus complet.

Luttons contre la montée du fascisme, qui ne fait que nous diviser et créer du libéralisme qui crée des inégalités.
J'accuse Macron, Hollande, Sarkozy et l'UE de m'avoir tué, en créant des incertitudes que l'avenir de tous-tes, j'accuse aussi le Pen et les éditorialistes d'avoir créé des peurs plus que secondaires.

Mon dernier souhait, c'est aussi que mes camarades continuent de lutter, pour en finir définitivement avec tout ça.

Vive le socialisme, vive l'autogestion, vive la sécu.
Et désolée pour l'épreuve que c'est.

Au revoir

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