Verts, jaunes, rouges : tous ensemble, Invincibles !

En ignorant les exigences de justice sociale et climatique, en méprisant les plus pauvres, la jeunesse et les fonctionnaires, en refusant le rétablissement de l’ISF, Macron joue le pourrissement et la répression, au risque d’aviver l’insurrection en cours. Retour en images sur la journée du 8 et diffusion du discours de Cyril Dion, d’une autre portée que celui de Macron.

                               À l'ami Olivier, victime de grenades GLI-F4, à tous les blessés, aux mutilés, aux gardés à vue, aux lycéens humiliés, aux opprimés, aux pauvres,  à celles et ceux qui luttent, à bien d'autres encore...

Le gouvernement et les députés de la majorité étaient au bord du précipice. Un président aveugle a décidé en ce 10 décembre, jour anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme, de les précipiter dans le vide. Il aura suffi de 13 minutes d’un discours fait de miettes et de plâtres, enrobé d’une rhétorique successivement martiale et mielleuse, d’empathie feinte et de fausse contrition, pour que le Roi apparaisse nu : un néolibéral autoritaire et perdu, qui entend se soustraire à la convergence des colères avec un paquet de cacahouètes pour le peuple qui souffre, et la promesse de nouvelles et plus fortes répressions pour le peuple qui lutte.

100 euros et l’Ordre républicain. La carotte et le bâton. Une carotte qui n’est elle-même qu’un bâton à assommer davantage les pauvres : toutes les mesures annoncées seront payées par les contribuables, alors même que sont toujours protégés et exemptés de toute contribution les plus riches, les patrons, le CAC 40 et les plus gros pollueurs de la planète. La révolution néolibérale de Macron va poursuivre sa course folle vers la destruction de nos biens communs. Le président décrète « l’état d’urgence économique et social » et chacun aura compris, à bien entendre le début de son discours, que le peuple n’aura droit qu’à l’amplification de « l’état d’urgence sécuritaire », qui est devenu l’instrument ordinaire et quotidien de la répression des mouvements sociaux. Et que dire de son évocation de l'immigration et de la laïcité, sinon qu'elle constitue un appel du pied irresponsable à l'extrême droite? Lamentable!

Pourtant Macron aurait pu et aurait dû, avec un peu de sagesse et de clairvoyance, tirer les leçons de la journée historique du 8 décembre. Des services de renseignement bien informés ou des conseillers un peu avisés auraient pu lui transmettre quelques fiches sur trois faits importants qui ont marqué des milliers de manifestants et qui auraient dû le dissuader de persister dans son aveuglement.

Tout d’abord un fait incontestable, significativement tu par la majorité des médias et des analystes : la répression policière et judiciaire, dont le niveau n’a jamais été aussi élevé, ne constitue plus l'arme de dissuasion massive que le gouvernement en espérait. Alors qu’un matraquage gouvernemental et médiatique hors de toute proportion devait dissuader les manifestants de se rendre à Paris - la capitale étant promise au sang, au feu et au meurtre -, 30 000 citoyennes et citoyens, joyeux ou en colère, ont investi Paris : 20 000 dans la Marche pour le climat et 10 000 dans les différents cortèges et mouvements de Gilets Jaunes. Alors que le ministre de l’Intérieur fanfaronnait en fin de journée sur l’ordre républicain rétabli, la maire de Paris reconnaissait que les dégâts infligés à la capitale étaient supérieurs à ceux du 1er décembre. Echec total à l’ordre républicain. Echec total de la réthorique de la peur, des odieuses pratiques d’humiliation des lycéens, des matraquages et gazages massifs. C’est que, malgré des centaines d’arrestations préventives qui ont fait sortir l’Etat hors du droit, malgré une chasse aux manifestants à coups de blindés et de canons à eau (vidéos 1), malgré des centaines de blessures infligées aux citoyennes et citoyens pacifiques et aux insurgés, le peuple en colère est resté dans Paris et a pris la République, à défaut de la Bastille qui lui fut interdite.

Le second fait qui doit être souligné, qui est passé tout autant inaperçu et qui devrait inquiéter Macron et son gouvernement un peu plus, c’est qu’un peuple bien plus large que les seuls « Gilets Jaunes » est entré en révolte. J’étais présent dans le cortège « Saint-Lazare » de 10 à 14h, composé au bas mot de 3000 manifestants, nassés pendant trois heures et dont la majorité des participants a été expulsée des grands boulevards vers le nord-est de Paris, dans une charge-poursuite de plusieurs kilomètres (vidéo 2), d’une violence inouïe. Quelle était la composition de ce cortège ? A peine 10% des manifestants portaient un gilet jaune. Une extrême diversité des participants était évidente : le comité Adama, des cheminots, des postiers, des militants LGBT, des étudiants de Tolbiac et d’ailleurs, le Front social, des membres d’ATTAC et de la fondation Copernic qui avaient appelé dans une tribune de Libération à manifester le 8, des enseignants du secondaire et du supérieur, des chercheurs du CNRS, des collectifs de précaires, des représentants de la gauche radicale, des libertaires et anarchistes, des jeunes communistes, des insoumis (discrets), des hamoniens et des militants syndicaux : de nombreux Sud, des CGT, FO et FSU, dont certains n’hésitent plus à s’afficher. Et tout ceux que j’oublie… Pas de black bloc constitué, mais des street médic en nombre. Il est par conséquent évident que les militants associatifs, politiques et syndicaux ont rejoint massivement, dans le cortège Saint-Lazare au moins, le mouvement des Gilets Jaunes. Une convergence objective « jaune-rouge » s’est opérée. Elle ouvre la perspective à un élargissement du mouvement et au maintien, sur une durée longue, d’un haut degré de mobilisation, avec une radicalisation qui sera proportionnelle à la répression policière et judiciaire. Les gilets jaunes sont en passe d’être rejoints par les fameux « corps intermédiaires » que Macron ignore et humilie systématiquement depuis le début de son quinquennat. Ils sont aussi rejoints ou soutenus par des lycéens et des étudiants luttant contre les réformes du lycée, la sélection à l'entrée de l'université et l'augmentation inique des droits d'inscription pour les étudiants étrangers.

Le troisième fait est pour moi le plus important. Un événement majeur a eu lieu le 8 décembre, Place de la République, à Paris : la convergence entre la Marche pour le climat et les « Gilets Jaunes ». Un espoir politique et un moment festif, loin de la rhétorique de la violence et du mépris de Macron et de son gouvernement. Tout s’est passé entre 16 et 17h. La place de la République, presque vide à 15h30, est rejointe par une partie du cortège Saint-Lazare, alors que les « embastillés » entrent joyeusement sur la place, accompagnés par La Fanfare invisible (vidéo 3). Un peuple bigarré éprouve son unité dans quelques slogans simples mais forts : « Tous ensemble, grève générale ! », « Du mouvement, du mouvement social ! », « De l’air, de l’air, ouvrez les frontières ! ». Le tout sous une immense banderole « Zad partout », déployée sur le monument. Arrivent alors les milliers de « Gilets verts » de la Marche pour le climat. Une tribune est installée. On y entendra plusieurs interventions de militants pour le climat et celle d'un gilet jaune. Cyril Dion, écrivain et cinéaste, militant de la cause écologiste, prononce un discours fort (vidéo 4), dans lequel il reconnaît que les gilets jaunes ont montré qu'on a besoin aujourd'hui "d'aller à la confrontation". Il appelle à l’organisation d’un grand mouvement de désobéissance civile. Kalune, le chanteur engagé entonne "On est invincibles" (vidéo 5).

Oui, dès maintenant et plus encore Demain, "Verts, jaunes, rouges : tous ensemble, on est invincibles !"

Pascal Maillard

Convergence gilets verts/gilets jaunes : Discours de Cyril Dion-République-8-12-2018 © Maillard Pascal

 

Kalune chante Invincibles © Maillard Pascal

 

La Fanfare invisible arrive sur le Place de la République - 8 décembre 2018 © Maillard Pascal

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