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Billet de blog 14 janv. 2022

Un arsenal sanitaire pour en finir avec la pandémie

Dans une tribune initiée par le collectif Rogue ESR, 1 600 universitaires et chercheurs demandent une stratégie cohérente et un arsenal "large et pérenne" contre les épidémies : campagnes de vaccination planétaire avec suspension des brevets, utilisation de masques FFP2 en intérieur, mise en place de normes de ventilation et de purification de l’air, recrutement d’arpenteurs sanitaires.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Le collectif Rogue ESR est à l'initiative d'une tribune qui propose 6 mesures pour endiguer la pandémie et prévenir celles qui ne manqueront pas de se produire. Les signataires estiment que " notre société a besoin d’en finir avec la litanie des demi-mesures et des annonces paternalistes, égrenées sans aucune visibilité ni logique au fil des vagues épidémiques. Renouer avec la joie de vivre et redonner du sens à notre existence commune implique d’apporter une réponse rationnelle et solidaire aux crises qui nous frappent." 

Signature ouverte désormais à tous les citoyens et toutes les citoyennes : https://rogueesr.fr/en_finir_et_prevenir/

Un arsenal sanitaire large pour en finir avec la pandémie et prévenir les suivantes

Le bilan de la pandémie de SARS-CoV-2 est lourd : des centaines de millions de personnes ont été contaminées dans le monde, faisant au moins 5 millions de morts, possiblement le double. Le variant Omicron (B.1.1.529) se propage très rapidement dans les pays dont la politique sanitaire repose exclusivement sur la vaccination et sur des mesures d’atténuation visant à ne pas submerger les hôpitaux. Cette vague épidémique n’est en rien une surprise pour le monde scientifique et nous avions explicitement averti de cette évolution probable. De fait, la circulation large du virus conduit à un réservoir viral produisant mutations et recombinaisons, ce qui favorise l’apparition de variants à la transmissibilité élevée et déjouant l’immunité acquise, y compris l’immunité vaccinale. Il n’est pas certain qu’Omicron soit le dernier variant avant une phase endémique saisonnière semblable à la grippe ou à d’autres coronavirus (OC43, HKU1, 229E, NL63); nous avons les preuves en revanche que SARS-CoV-2 est particulièrement transmissible et que son échappement immunitaire peut être rapide. Parier sur l’atténuation des pathologies infligées par les variants successifs, qui seraient de plus en plus “bénins”, c’est s’abandonner à une temporalité difficilement prévisible.

Plusieurs pays ont mis en œuvre des politiques visant à maintenir de faibles taux de contamination en combinant vaccination, mesures de réduction des risques et investissement dans un arsenal sanitaire large et complémentaire. Ils ont connu moins de dommages sociaux et économiques, moins d’entraves à l’exercice des libertés publiques, moins de mortalité, moins de mise sous pression des personnels soignants. La vaccination générale est indispensable pour réduire les risques de maladie grave et de décès. Mais l’incapacité à contrôler la circulation du virus par ce seul moyen entraîne une saturation des systèmes de santé publique, tandis que les hauts niveaux de circulation virale empêchent de tester, d’isoler, de retracer les contacts. Cet état de fait dégrade la qualité de soins pour l’ensemble des patients. Dans ces conditions, les slogans creux des uns et des autres sur la vaccination, qui opposent des conceptions simplistes et étroitement individualistes de la liberté et de la responsabilité, méconnaissent la réalité de la pandémie et détournent le débat politique et sanitaire des exigences du moment. À l’approche de l’élection présidentielle et dans ce contexte de développement épidémique, il est indispensable de revenir collectivement à l’ensemble des faits scientifiques et des mesures politiques sur lesquels doit s’appuyer une stratégie efficace. 

Après deux ans de pandémie, il convient d’adopter la stratégie qui a fait ses preuves là où elle a été suivie, en se révélant plus efficace, moins favorable à l’apparition de souches mutantes, moins défavorable à l’économie et plus respectueuse de l’exercice des libertés. Cette stratégie se décline en six volets.

  1. Programmer des campagnes de vaccination universelle à l’échelle planétaire, non seulement par la suspension des brevets mais par un transfert des techniques d’encapsulation vers des centres de production régionaux destinés à un approvisionnement massif en vaccins de haute qualité.
  2. Reconnaître enfin, sans équivoque, le consensus atteint en juin 2020 sur la transmission aéroportée de SARS-CoV-2 et en tirer toutes les conséquences pour construire des politiques de prévention de la transmission.
  3. Promouvoir l’utilisation de masques respiratoires de type FFP2 en intérieur ainsi que dans tout environnement à forte transmission. A contrario, il est inutile d’imposer le masque en milieu extérieur en dehors des foules denses.
  4. Mettre en place rapidement des normes de ventilation et de purification de l’air (filtre HEPA, UV-C,…) dans les lieux recevant du public, sur une base rationnelle. Cela demande d’investir massivement dans la rénovation des bâtiments. À long terme, il conviendra de changer les pratiques architecturales en vigueur dans la construction et la rénovation des bâtiments publics, pour y apporter isolation thermique et ventilation.
  5. Mettre en place des processus efficaces de suivi et d’analyse des chaînes de contamination.
  6. Lancer immédiatement un plan de recrutement et de formation d’arpenteurs sanitaires (50 000 emplois), qui accompagneront la mise en place de l’ensemble des mesures sanitaires (tests, aide à l’isolement, prévention). À moyen terme, il s’agira d’exercer une veille active au contact de la population et de participer à la diffusion d’une nouvelle culture scientifique et sanitaire, dans le cadre d’une politique de la santé et du soin fondée sur l’anticipation, à l’échelle des quartiers et des villages.

Ces mesures sont le premier pas indispensable vers la constitution d’un arsenal sanitaire large et pérenne, grâce auquel la France sera à même de faire face à d’éventuelles autres pandémies, sans payer le prix humain de SARS-CoV-2. La responsabilité du politique est de sortir des clivages simplistes et de l’attente de la disparition miraculeuse de la crise. Notre société a besoin d’en finir avec la litanie des demi-mesures et des annonces paternalistes, égrenées sans aucune visibilité ni logique au fil des vagues épidémiques. Renouer avec la joie de vivre et redonner du sens à notre existence commune implique d’apporter une réponse rationnelle et solidaire aux crises qui nous frappent. Après bientôt deux ans de pandémie et à l’approche d’échéances électorales importantes, il est difficile de croire qu’un programme politique qui ne s’élèverait pas à la hauteur de ces constats en incluant des propositions sanitaires et scientifiques solides puisse avoir quoi que ce soit à dire sur l’avenir de notre société.

Parmi les plus de 1 600 signataires : 

Samuel Alizon, directeur de recherche en biologie de l’évolution (CNRS) | Bruno Andreotti, professeur de physique (Université Paris 7) | Jean-Luc Autran, professeur de physique (Aix-Marseille Université) | Guillaume Bec, ingénieur de recherche (CNRS) | Thomas Becking, postdoctorant CNRS en biologie, écologie, évolution (Université de Poitiers) | François Boulogne, chercheur en physique (CNRS) | Etienne Candel, ptofesseur de sciences de l’information et de la communication (IUT de Paris Rives de Seine) | Sylvie Citerne Technicienne de laboratoire de recherche (Inrae) | Frédérique Coulée, Professeure de droit (Université Paris-Saclay) | Mariannick Dagois, professeure agrégée honoraire (Université Paris 8) | Anne Duprat, professeure en littérature comparée (Université de Picardie-Jules Verne) | Mélanie Duval, chercheuse en géographie (CNRS) | Hélène Fleurbaey, chercheuse en physique (CNRS) | Olivier Gandrillon, directeur de recherche en biologie des systèmes (CNSRS) | Marie-Dominique Garnier, professeure de littérature anglaise et études de genre (Université Paris 8) | Jacques Haiech, professeur honoraire de biotechnologie (Université de Strasbourg) | Patrick Haillet, professeur de sciences du langage (CY Cergy Paris Université) | Sophie Jallais, maîtresse de conférences en économie (Université Paris I) | Elise Julien, maîtresse de conférences en histoire (Sciences Po Lille & Université de Wuppertal) | Chantal Keller, maîtresse de conférences en informatique (Université Paris-Saclay) | Pascal Maillard, universitaire en littérature française (Université de Strasbourg) | François Marchal, chercheur en paléoanthropologie (CNRS) | Damiano Mazza, directeur de recherche en informatique (CNRS) | Perola Milman, directrice de recherche en physique (CNRS) | Pierre-Yves Modicom, maître de conférences en linguistique (Université Bordeaux-Montaigne) | Nathalie Queyroux, ingénieure de recherche, responsable de ressources documentaires (CNRS) | Valérie Robert, maîtresse de conférences en études germaniques (Sorbonne Nouvelle Paris 3) | Arnaud Saint-Martin, chercheur en sociologie (CNRS) | Laure Saint-Raymond, professeure de mathématiques (Institut des Hautes Études Scientifiques) | Mariette Sibertin-Blanc, maîtresse de conférences en aménagement-urbanisme (Université Toulouse II Jean Jaurès) | Johanna Siméant-Germanos, professeure de science politique (École normale supérieure de Paris) | Anne-Soisig Steunou, chercheuse en microbiologie (I2BC, CNRS) | Geneviève Soucail, astronome (Université Toulouse III Paul Sabatier) | Armelle Talbot, maîtresse de conférences en arts du spectacle (Université de Paris).

Liste complète des signatures et lien pour signer (signature ouverte désormais à tous les citoyens et toutes les citoyennes) : https://rogueesr.fr/en_finir_et_prevenir/

Tribune soutenue également par le Mouvement international d’universitaires et de chercheurs qui porte les mêmes revendications.

Tribune parue le 11 janvier sur le site de Libération.

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