Emmanuel Macron, affiche un positionnement « ni droite, ni gauche ». Or son programme pour l’Enseignement supérieur et la Recherche ne comporte aucune ambiguïté : il prolongera et aggravera les politiques néolibérales de ces dix dernières années, en faisant sauter les derniers verrous des cadres nationaux de l’ESR et en mettant en œuvre une politique radicale de « défonctionnarisation ». 

Le programme pour l’Enseignement supérieur et la Recherche d’Emmanuel Macron porte le titre suivant : « Donner aux universités une autonomie réelle ». Le concept d’autonomie doit ici s’apprécier à l’aune de ce que le candidat préconise pour les établissements primaires et secondaires : une autonomie administrative forte, mâtinée de contractualisation, possible prélude à une privatisation de l’enseignement. L’autonomie des universités sera quant à elle élevée au carré, avec des modèles de gouvernance à la carte et un recrutement des présidents par des comités composés de membres extérieurs et internationaux. Exit le rôle des CA et les élections démocratiques. Il en ira de même avec le recrutement des enseignants-chercheurs, effectué en dehors de tout cadre national. Le candidat d’« En Marche » entend bien supprimer le Conseil national des universités (CNU), une proposition qui mettra le feu à l’université et qui suscite déjà une polémique et des réactions indignées, aussi bien des organisations syndicales que de certains présidents d’université.

Concernant le financement des universités, même si Emmanuel Macron entend « sanctuariser » le budget de l’ESR, il ne prévoit d’allouer des moyens supplémentaires à certaines universités que sur la base d’une contractualisation. Seules en bénéficieront les grandes universités de recherche, accentuant ainsi la dérive vers une Université française à deux vitesses : les grands pôles d'excellence et les petites et moyennes universités, transformées en collèges universitaires de premier cycle. Nous ne sommes donc pas étonné que Macron valorise les financements par appels à projets, au détriment des crédits pérennes. Un choix politique en totale continuité avec les réformes de Pécresse-Sarkozy  et Fioraso-Hollande, et bien sûr en totale cohérence avec les orientations européennes en matière de financement de la recherche. La libéralisation des offres de formation est également conçue comme un levier fort de l’autonomie des établissements. Sans que le programme ne l’explicite, nous comprenons que les cadres nationaux qui font la spécificité du service public de l’ESR seront considérablement affaiblis. Chose singulière pour un ancien Ministre de l’Economie, son programme n’est pas du tout chiffré.

Fidèle à la ligne libérale et managériale des réformes de ces dernières années, le programme d’Emmanuel Macron décline l’excellence et l’innovation à tous les niveaux : « l’excellence en matière de formation, d’insertion professionnelle et de mobilité sociale, … l’excellence en matière de recherche fondamentale et d’innovation ». Cette rhétorique creuse de l’excellence et de l’innovation est aussi une caractéristique majeure des politiques destructrices de ces dernières années. Aucune « révolution » en ce domaine, sinon celle du néolibéralisme. Les modèles de l’ESR sont pour Macron « les pôles d’innovation comparable à la « Silicon Valley » ou la « Route 128 » aux Etats-Unis ». Il va même jusqu’à souhaiter « l’encouragement des chercheurs à l’entreprenariat ». L’université Macron est fortement orientée par une stratégie de professionnalisation et de soumission au marché de l’emploi et au secteur privé. Mettre encore davantage la recherche au service des entreprises du CAC 40, tel est l’objectif de Macron.

A noter que les propositions concernant la réussite étudiante sont indigentes : renforcement de l’offre de logements et plages horaires élargies pour l’ouverture des bibliothèques. Il est vrai que les étudiants bénéficieront de la possibilité d’évaluer les cours des enseignants-chercheurs et se verront attribuer des bourses au mérite, point commun avec les programmes de Le Pen et de Fillon. D'une manière plus générale, on observe des ressemblances frappantes entre les propositions pour l'ESR de Macron, Fillon et même Hamon. Une aggravation des politiques antérieures pour les deux premiers, une forte continuité pour le troisième. Alors que Mélenchon propose une rupture profonde avec les politiques néolibérales.

Le candidat du mouvement « En marche ! » poursuivra ainsi, en les aggravant, les logiques délétères des lois LRU et Fioraso. Mais son programme pour l’ESR ne relève pas seulement d’une conception néolibérale et entrepreneuriale de la recherche et de l’enseignement supérieur. L’université Macron est post-démocratique. Elle est « en marche » vers la « défonctionnarisation ».

Pascal Maillard

PS : Pour prolonger utilement cette analyse critique du programme de Macron sur l’ESR, on peut se reporter aux études très solides du Groupe Jean-Pierre Vernant :

http://www.groupejeanpierrevernant.info/#Macron
http://groupejeanpierrevernant.info/#LuttePlaces2
http://groupejeanpierrevernant.info/#LuttePlaces1

Je précise par ailleurs que mon billet constitue la reprise d’un article paru dans la revue Le Snesup qui a consacré un dossier à l’étude comparative des programmes pour l’ESR de 8 candidats à l’élection présidentielle. Le dossier peut être téléchargé en deux parties grâce à ce lien. J'ajoute une vidéo très bien faite, à diffuser largement.

Présidentielle 2017 : Tout savoir (ou presque) sur le parcours de Macron. © Trouble Fait

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Une vidéo terriblement instructive.

Cédric Villani débat avec Emmanuel Macron © xuan YANG